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Historique, fonctionnement, difficultés, défis, la météo de Labé au scanneur avec son directeur (entretien)

En service depuis 1920, la station météorologique de Labé est l’une des plus vieilles et des plus importantes de la République de Guinée. De sa création à nos jours, le bureau régional de la météo de Labé constate, analyse et remonte régulièrement des données à sa maison-mère basée à Conakry. Rénové et équipé récemment de matériel de dernière génération, le service météorologique de Labé reste confronté de nos jours à d’énormes problèmes. Notamment le manque criard de personnel qui est très mal vécu par les agents qui tentent d’assurer la permanence. Pour mieux cerner ces aspects et mieux s’enquérir du fonctionnement de cette antenne locale de la météo, la rédaction régionale de Guinéenews a tendu son micro à Aboubacar Soumah, son directeur régional. Lisez !

Guinéenews : faites-nous un bref historique de la station météo de Labé ?

Aboubacar Soumah : la première station météorologique de Labé a été créée en 1920. C’était au début un poste d’observation pluviométrique qui a été installé à Kouroula. Les premières observations datent de mars 1920. C’est à partir de 1922, monsieur Théophile, adjoint des services civils de l’administration coloniale, a été chargé de faire des observations météorologiques ainsi que de faire la protection des vols comme air France et des avions de l’armée de l’air de la France et des provinces de Dakar, Ouagadougou, Sénégal, Haute-Volta, actuel Burkina Faso …

Guinéenews : quand est-ce que Labé a été véritablement érigée en station météo complète ?

Aboubacar Soumah : la station météorologique de Labé a été érigée en station synoptique principale en 1950. Donc Kouroula, c’était un poste d’observation pluviométrique qui a été transféré ici à Tata en 1950. C’est ainsi que la station a été érigée en station synoptique, c’est-à-dire une station qui travaille 24H sur 24H et absorbe maintenant l’ensemble de tous les éléments météorologiques à savoir la pluviométrie, la température, les couvertures nuageuses, la pression atmosphérique et le vent. Donc, la station a commencé à fonctionner ici en janvier 1951 sous la direction de monsieur Jean-Philippe, un blanc qui a été le premier observateur. On y faisait des observations de surface et des observations en altitude. Le premier observateur guinéen fut monsieur Boiro Mamady qui était un commis expéditionnaire principal de l’administration coloniale. Il a été suivi par monsieur Diao Diallo, ensuite monsieur Konaté Mamadou et monsieur Diallo Thierno Oumar qui fut d’ailleurs le premier guinéen à diriger la station principale.

Guinéenews : comment fonctionnent les services météo ici à Labé ?

Aboubacar Soumah : la méthodologie de travail ici, c’est d’abord les données journalières qui sont observées dans les stations météorologiques du pays. C’est-à-dire sur l’ensemble du pays. Ce sont des données qui sont collectées, corrigées puis archivées au niveau de la direction nationale de la météo. Tout ce que nous faisons est remonté au niveau de la direction nationale de la météo. Celle-ci s’occupe de la correction et de l’archivage au niveau du serveur principal. Donc, on travaille en synchronisation avec toutes les stations de la Guinée et après la direction générale nous ramène les prévisions.

Guinéenews : comment se porte actuellement la station météo de Labé ?

Aboubacar Soumah : de nos jours, elle va très bien. Parce que depuis 1951 à nos jours, nous avons nos bases de données grâce au courage des responsables qui se sont succédé ici comme madame Halimatou Déla Diallo que j’ai succédé.

Guinéenews : je me rappelle, il n’y a pas longtemps, les services météo étaient dans un était de total délabrement du point de vue infrastructurelle et équipements ?

Aboubacar Soumah : effectivement ! Mais mes prédécesseurs se sont beaucoup battus et c’est cela qui a abouti avec l’appui de la direction générale à la rénovation de la station météo de Labé qui a été en même temps équipées de matériel de dernière génération comme ce que vous venez de voir lors de la visite de terrain. Donc, c‘est avec la direction générale qu’on a monté un projet qui a abouti et on a bénéficié d’un projet de renforcement des systèmes d’informations climatiques et d’alertes précoces de résilience et d’adaptation au changement climatique en Guinée que nous appelons SAPE- Guinée. L’objectif de ce don, c’est de réaliser des infrastructures sur les sites de la station météorologique à Labé, Mali Yembering, Koubia, Gaoual, Koundara. Donc, toutes ces préfectures ont bénéficié de ce don.

Guinéenews : qu’est-ce que Labé a pu bénéficier en réalité ?

Aboubacar Soumah : si nous prenons Labé, nous nous avons bénéficié d’un parc d’appareillages de 26 fois 26 mètres. On nous a doté d’une clôture grillagée, la rénovation complète du bâtiment principal de notre station ; le bornage des fouilles de potelets à 100 % avec un espace de 10 mètres sur 10. Au point de vue documentation maintenant, le domaine de la météo a son plan de masse qui a été établi par l’habitat. Il y a aussi des blocs de latrines et tout ce qui va avec. Si on prend le côté équipement, actuellement je peux dire que nous avons des équipements de dernière génération. Parce que nous avons des appareils d’alerte précoce. A travers même nos ordinateurs ou à travers nos téléphones, on peut avoir des informations sur les orages, sur la pluviométrie, la direction et la force du vent… Nous avons notre site et tout le monde peut accéder aux données de Labé par internet. Tout cela grâce au PNUD (programme des nations unies pour le développement) et au FEM (fonds mondial pour l’environnement). Ils nous ont équipés sous la couverture de la direction nationale. Ce matériel a été installé en novembre dernier.

Guinéenews : comment les opérations se passent au niveau de la météo ?

Aboubacar Soumah : ici, à chaque heure, on observe. Le matin, on peut sortir pour aller dans les parcs météorologiques pour observer la température minimale et maximale. Après la force et la direction du vent, les couvertures nuageuses. Ensuite, nous venons dans le bureau pour essayer de faire baisser la pression atmosphérique, c’est-à-dire le poids de l’air. Et c’est après tout cela que nous faisons des calculs qui seront reportés dans un carnet. A chaque heure, nous devons faire des observations. Car, nous avons des carnets d’observation.  A chaque moment, on observe et on analyse. Donc, nous faisons non seulement des observations visuelles mais aussi des observations sensorielles que nous reportons dans les carnets de 1 au 30 ou 31 du mois. C’est ce que nous analysons et que nous appelons bulletin climatologique. Ce bulletin climatologique nous permet de faire l’influence du temps sur les activités.

Guinéenews : en quoi consiste ces activités ?

Aboubacar Soumah : il s’agit de savoir par exemple comment l’agriculture va évoluer, les constats pluviométriques sur la végétation, sur les phénomènes. Il y aussi les activités des eaux et forêts. C’est-à-dire comment les gens des eaux et forêts doivent se planifier. Il y a aussi l’élevage…

Guinéenews : vous êtes donc tout le temps sur place en train d’observer ou d’analyser ?

Aboubacar Soumah : nous travaillons par intermittence. Parce qu’on n’a pas beaucoup de personnel. Si on avait le personnel qu’il faut, on allait travailler même la nuit. Mais actuellement, on travaille jusqu’à minuit pour reprendre le lendemain à 05h45 en prenant les données qui seront balancées à la direction nationale puis au Sénégal pour l’Afrique et en Suisse pour les autres pays. On fait la même chose le soir aussi à partir de 17h45.

Guinéenews : quelle est la pluviométrie enregistrée cette année à Labé ?

Aboubacar Soumah : pour le cas de cette année, le bulletin climatologique de Labé, de janvier jusqu’en octobre, la quantité de pluie tombée depuis le début de l’année est de 1 360, 1 mm. Le nombre de jours de pluie est de 102 mm à Labé. Et nous savons qu’un millimètre de pluie équivaut à un litre d’eau répartie uniformément sur une surface d’un mètre carré. Selon nos constats, cette année nous avons constaté que contrairement à l’année dernière, l’année 2021, le temps a été très agité.

Guinéenews : c’est-à-dire ?

Aboubacar Soumah : c’est, entre autres, l’excès de pluies accompagnés par des orages et des vents violents. Cela a provoqué des inondations, des pertes en vie humaine, des dégâts matériels… Le vent a fait tomber des arbres. Quant à l’orage, il y a eu des dégâts considérables à savoir les pertes en vies humaines et les pertes matérielles. Dans le domaine agricole, nous avons constaté qu’il y a eu une perturbation saisonnière. C’est-à-dire la première grande pluie est tombée ici fin mars. Donc, les paysans et les producteurs ont directement cherché à semer alors qu’il ne devrait pas se lancer. Car, c’était les premières pluies. Quand ils ont semé, il y a eu une rupture qui a provoqué la sécheresse, c’est-à-dire la séquence sèche. Il y a eu deux à trois semaines sans pluie et les semis se sont séchés. Il a fallu le 15 et 16 mai pour l’arrivée des deuxièmes grandes pluies.

Guinéenews : à regarder de près, l’on remarque qu’il y a un déficit de personnel ?

Aboubacar Soumah : nous n’avons pas beaucoup de personnel parce que les gens ne veulent pas faire de la météo. Nous sommes au nombre de 3 alors que dans les conditions normales, nous devons avoir 10 travailleurs ici. A chaque fois qu’on recrute des gens, ils préfèrent quitter la météo pour aller dans d’autres services parce qu’ils pensent que la météo c’est un service qui est pauvre, là où il n’y a pas d’argent, où il n’y a rien. Sinon, le directeur national s’est beaucoup battu en recrutant plus de deux à trois promotions. Mais personne n’est resté.  Les agents qu’on m’avait affectés ne sont jamais venus. Dès qu’ils intègrent la fonction publique, ils cherchent à partir ailleurs.

Guinéenews : face à tous ces défis, quel plaidoyer lancez-vous ?

Aboubacar Soumah : je demande qu’on nous envoie des travailleurs parce que beaucoup ne veulent pas venir. La direction a tout fait mais ils refusent de venir. Ils recrutent des gens mais qui refusent de venir dans les services météos alors que la météo observe l’ensemble des phénomènes qui se passent dans l’atmosphère.

Entretien réalisé par Alaïdhy Sow, Labé pour Guinéenews.org

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