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Guinée – Refonte de l’Etat : l’espoir est-il permis avec le CNRD ?

Pour mettre fin à plus de 11 ans de gâchis et de mauvaise gouvernance du régime Condé où des individus étaient plus forts que  les institutions de la république, le Comité National du Redressement pour le  Développement (CNRD), dirigé par le colonel Mamadi Doumbouya, a pris le pouvoir le 5 septembre 2021. A un moment où l’économie était en phase terminale par l’effet d’un pillage systématique de toutes les ressources, orchestré par des hauts cadres, les amis et les sympathisants du système, une collusion d’Ebola et la COVID-19,  sous le prisme de trafic de tout genre ; la corruption était à son summum et la mal gouvernance était systémique et galopante.  Dès l’aube du 5 septembre,  les premiers discours et actes posés jusque-là, ont rassuré les Guinéens dans un pays traumatisé par la médiocrité et la haine de l’autre ; une spirale de crise aiguë et au moment où le tissu social était presqu’en lambeau et le vivre ensemble qui a toujours réuni les Guinéens devenant contingent pour le bas peuple.

Près de trois mois après ce putsch salvateur, à quoi peut-on s’attendre  dans la mise en place des réformes courageuses, annoncées par la junte, pour mettre le pays sur les rails d’une véritable nation digne d’un pays en développement ?

A ce qu’il parait, les membres du CNRD veulent entrer dans l’histoire. Ce qui devrait passer  nécessairement par la mise en place des institutions fortes, respectueuses des valeurs démocratiques et républicaines et des droits humains. Dans le pipeline du CNRD, une batterie de réformes sont prévues notamment la réconciliation nationale, où selon certaines indiscrétions, le choix serait faite entre une commission de vérité et réconciliation et une commission de réconciliation et justice.

A cela s’ajoute la mise en place d’une commission de contrôle économique et des finances. Celle-ci, devant se consacrer essentiellement à faire la lumière sur les  crimes économiques commis durant la dernière décennie. Des experts en la matière pensent que la mission ne serait pas compliquée pour les inspecteurs commis à cette tâche.  Et qu’ils pourraient éplucher les dossiers relatifs aux crimes économiques,  sans fioriture, tant le pillage s’opérait à ciel ouvert.
Pour assainir les finances publiques, au jour d’aujourd’hui, le CNRD sait exactement ce que payent les régies, les miniers et autres particuliers au trésor public. L’argent ne sort plus par les caisses poreuses de l’Etat du système Alpha Condé via un mécanisme de combine complexe qui permettait à certains commis de détourner l’argent public. Les caisses  sont bien bondées, puisque l’argent y rentre mais n’en sort que s’il y a nécessité, en témoigne la récente déclaration  du  gouverneur de la BCRG (banque centrale de la république de Guinée), affirmant que l’Etat s’est désendetté de 1000 milliards de francs guinéens le résultat d’une discipline imposée par le CNRD à la gestion des deniers publics.

En outre, la nécessité d’auditer impérativement et urgemment les ministères de la Santé, de l’Economie et des finances, du Budget et celui de la Fonction publique s’impose avec acuité. Spécifiquement, au ministère du Budget, il est plus qu’obligatoire d’auditer le service d’informatique où toutes les magouilles seraient orchestrées avec la possibilité  d’effacer des traces de détournement des fonds publics, pour tromper la vigilance des inspecteurs d’Etat.

Mieux,  cela se renforcerait par un impératif d’apurer la dette intérieure, notamment les paiements des factures des gros prestataires de service qui font affaire avec l’Etat avant de les liquider en toute urgence. Le cas des PME (petites moyennes entreprises et PMI (petites et moyennes industries), cheville ouvrière de notre économie, n’est pas moins prioritaire, car  impactée par une gestion peu orthodoxe de la chaîne des dépenses.

Sur le plan des infrastructures, la reconstruction des routes fortement dégradées qui étaient en chantier et qui avait été arrêtée, est relancée avec espoir et efficacité. Les travaux d’entretien des points critiques du réseau routier urbain sont en cours dans la capitale avec son corollaire d’embouteillages et d’excès d’incivisme. Ceci, grâce, dit-on au leadership éclairé du colonel Mamadi Doumbouya, qui a convoqué les entreprises chinoises et l’ambassadeur de la Chine pour mieux comprendre les difficultés liées à l’exécution de ces contrats, avant de les intimer de reprendre les travaux sans délai. Ces derniers ont promis que le délai contractuel sera respecté.

Dans le secteur minier, l’une des sages décisions du CNRD, a été de laisser les activités minières se poursuivre, considérées comme impactant  sur  l’économie guinéenne, en cas de discontinuité. Les contrats déjà ratifiés ne feront  l’objet d’aucune révision  pour éviter d’impacter sur les investissements massifs prévus dans le pays, notamment la réalisation du projet de Simandou (blocs 1 et 2 surtout) et la construction des raffineries en Guinée. Ce qui réjouit la junte militaire, apprend-on c’est qu’elle a désormais une meilleure visibilité sur les entrées d’argent généré par le secteur minier au travers d’un système logiciel leur permettant de suivre les différents mouvements de fonds.

La récupération des biens de l’Etat est un autre chantier important du CNRD, car, il se murmure qu’il est inacceptable qu’aucun grand commis de l’Etat ne se serve de son titre pour s’accaparer d’un patrimoine bâti public. Là, les observateurs s’accordent à dire, quoique saluant la mesure, de l’appliquer avec tact et prudence en tenant compte du contexte et des circonstances atténuantes.

En ce qui concerne l’assainissement du fichier des travailleurs de la fonction publique, après la mise à la retraite des agents de l’armée et de la police (officiers et sous-officiers), d’autre réformes seraient prévues, pour apurer ce fameux fichier dont la plupart sont frappés par l’âge de la retraite, plus de 4000 à 6000 fictifs ou doublons seront extirpés très bientôt. Le nouveau ministre de la fonction publique a déjà donné le ton en demandant la situation des fonctionnaires de chaque département ministériel car à date, le nombre réel se chiffre à plus de 117.000 fonctionnaires. Ce qui pourrait être réduit entre 90.000 à 100.000 afin de créer l’équilibre entre le nombre de fonctionnaires et les salaires programmés. Avec une telle méthode, l’Etat pourrait économiser beaucoup de ressources qui allaient dans les poches de certains agents corrompus du ministère de la fonction publique et celui du budget.

Les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’agriculture constituent entre autres priorités que va se pencher la junte. Pour l’instant, rien ne filtre dans ce sens mais le président de la transition montre déjà son indignation de l’état général de ces secteurs dans lesquels des milliards de nos francs ont été engloutis sans résultats visibles, tangibles et mesurables.

Sur le plan politique, le premier vrai couac sera l’acceptation du chronogramme de la transition que le CNRD a déjà peaufiné mais dont la durée sera déterminée par les acteurs politiques et ceux de la société civile, qui, pour l’instant, ne s’entendent pas sur les choix de leurs représentants devant faire partie du conseil national de la transition (CNT). Bien calés dans leur botte, que vont faire les hommes politiques, pressés qui estiment que la transition ce n’est point pour faire les réformes mais l’organisation des élections crédibles et acceptées par tous ?

Avec de faibles institutions, un fichier électoral corrompu et taillé sur mesure, un recensement non exhaustif et fantaisiste, une justice à deux vitesses et des partis politiques pléthoriques en manque de repère, comment pourra-t-on s’y prendre ?

La question reste posée puisque les vraies réformes institutionnelles, dans un pays où tout est à faire ne peuvent se faire que pendant une transition bien organisée et réussie, dans une période d’exception. Dans la logique du CNRD, les choses se feront manifestement de sorte que le président qui sera élu à l’issue des élections présidentielles,  ne perde  plus de temps sur des questions non essentielles non pertinentes et redondantes. Et qu’il puisse s’atteler  à entreprendre des actions d’un développement réel de la Guinée.

Dans l’entourage du président, la prudence doit être de mise pour éviter de répéter les mêmes erreurs du passé où les chefs de l’Etat qui se sont succédé avaient toujours été pris en otage par leur entourage.

Les Guinéens, dans leur écrasante  majorité qui ont adhéré aux idéaux du CNRD s’attendent à ce qu’il pose les vrais jalons d’un vrai État respectueux des droits humains et des textes de loi régissant une vraie république.

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