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Décès du Pr Niane : Jeannot Williams, Sansy Kaba, Tino Diakité et JMJ se souviennent du défunt

Le monde culturel guinéen s’est réveillé avec la triste nouvelle du décès du célèbre écrivain doublé d’historien le Pr Djibril Tamsir Niane. Une actualité qui fait réagir les acteurs culturels du pays qui ont connu et côtoyé l’illustre défunt de son vivant.  

« C’est une grande perte pour tout le continent africain, auquel continent il a voué tout son cœur en n’y faisant de très belles pages d’histoire, notamment l’Epopée du Manding et plusieurs autres titres », réagit d’emblée le directeur national de la Culture.

Et Jean Baptiste Williams de poursuivre : « C’est un auteur qui a plusieurs fois publié en plus d’être un grand historien et également un grand éducateur, puisqu’il fut également proviseur du lycée classique de Donka de 1958 à 1960. Nous perdons en lui une grande bibliothèque. Et heureusement qu’il laisse une bibliothèque du côté de la Minière que nous ne cesserons pas de visiter », rassure-t-il.

Toutefois, notre interlocuteur réalise qu’il est difficile de camper le grand homme qu’aura été le Pr Djibril Tamsir Niane. Se déclarant frappé par l’émotion, M. Williams dit revoir encore le défunt au FENAC (Festival National des Arts et de la Culture) de 2016 où il avait dirigé une conférence sur le patrimoine historique guinéen.

« Il avait épaté tout l’auditoire qui était dans la salle de spectacles Taïbou Diallo, à cette occasion. Et la nouvelle génération a vraiment tiré profit de cette page de l’histoire qu’il a eu à nous communiquer à cette occasion. Aussi, c’était un éminent conférencier qui a écumé plusieurs podiums et amphithéâtres des grandes universités du monde, pour léguer son savoir sur l’histoire de l’Afrique aux jeunes générations. Permettez-moi, à cette triste occasion, de renouveler mes condoléances et celles du ministère de la Culture à sa famille biologique », témoigne Jeannot Willy.

Le consultant sportif et homme de culture Thierno Saïdou Diakité évalue le décès en ces termes : « C’est une perte incommensurable pour la Guinée, l’Afrique et le monde culturel, parce que le défunt a été un éminent chercheur et historien qui s’est investi dans la recherche pour reconstituer l’histoire africaine. Heureusement, la Guinée l’a accompagné en rénovant sa bibliothèque qui s’était consumée à un moment donné, beaucoup de documents calcinés à l’époque. Je souhaite que des hommages mérités lui soient rendus en attendant de savoir si les obsèques auront lieu ici ou au Sénégal en cette période de pandémie et de couvre-feu sanitaire. »

Pour le directeur général de la maison d’édition l’Harmattan Guinée, c’est une triste nouvelle qui affecte les professionnels du livre, vu que le Pr Djibril Tamsir Niane a incarné le symbole de la vie littéraire et de la vie éditoriale de la Guinée.

« Il a créé la première maison d’édition privée de notre pays, la SAEC, qu’il dirigeait depuis sa création. Ces quelques années-là, c’est sa fille qui a repris les rênes de cette maison d’édition. Mais le Pr Niane fait partie des 100 intellectuels du 21e siècle. Il a codirigé la rédaction du tome 4 de l’Histoire générale de l’Afrique ; un document exceptionnel. C’est un homme exceptionnel, un homme de qualité », témoigne Sansy Kaba Diakité.

Aux dires de Sansy Kaba, bien avant d’être dans le secteur du livre, le défunt Pr Niane a été enseignant dès le lendemain de son retour de Bordeaux. Par la suite, il deviendra proviseur du lycée classique, puis, doyen de la Faculté des Sciences humaines à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry.

« Nous, nous l’avons connu dans son livre classique Soundiata ou l’Epopée mandingue. Mais il a fait beaucoup d’autres travaux : recherche sur l’empire du Manding. Il a écrit Merry qui est un recueil. Il a fait les contes d’hier et d’aujourd’hui à Présence africaine à Paris. Chez Kartala, il a l’Histoire des Mandingues de l’ouest. Il a fait avec nous l’Histoire de Souwadou. Ensuite, la Charte de Kouroukanfouga avec Selto.  Donc, c’est quelqu’un qui a fait des choses exceptionnelles pour notre pays. Et en ma foi, c’était le plus grand spécialiste du Manding sur le continent. Il mérite un hommage national, des funérailles nationales dus à son rang », soutient Sansy Kaba Diakité.

A l’aube des années 70, l’ancien ministre de l’Information Justin Morel Junior est un des nombreux étudiants du Pr Djibril Tamsir Niane, à l’université de Conakry. « Il était notre conférencier sur la traite négrière. A ce titre, nous l’avions côtoyé étudiants-professeur, mais avant cela, comme tout Guinéen, comme tout Africain, nous avons lu et étudié L’épopée mandingue, l’histoire de Soundiata Keita qu’il a écrite, qui était une thèse de mémoire puis, qui a été éditée. Cela a fait l’objet d’une grande diffusion internationale qui a fait de lui une des références sur l’oralité de l’histoire africaine. Et à ce titre, il est incontournable », reconnait M. Morel.

Au-delà de l’étudiant du Professeur qu’il a été, notre interlocuteur fait partie de ceux qui appréciaient l’homme Cela lui a donné droit à son intimité, à lui rendre visite à la maison et à discuter avec lui. « Et au dur moment de l’incendie de sa bibliothèque, j’ai été de ceux qui étaient à côté de lui et j’ai été très heureux que le gouvernement ait décidé de l’appuyer pour reconstruire cette bibliothèque et même l’agrandir », se félicite-t-il.

A la question de savoir si cette perte est-elle assimilable à une bibliothèque qui brûle, Justin Morel Junior a répondu en ces termes : « L’Homme est toujours une symphonie inachevée. Et à ce titre, il avait beaucoup d’ambitions, de projets. C’était un homme à projet malgré son âge. Il avait toujours des recherches qu’il voulait mener sur notre histoire, sur notre historicité et apporter des éléments palpables. Je sais que l’histoire de Niani lui tenait particulièrement à cœur. Il a été toujours malheureux que la grande exposition dont il rêvait, qui devait traverser la Guinée, n’ait jamais lieu. Et cette exposition devait être la présentation des recherches qu’il avait à l’époque organisées avec des chercheurs et historiens polonais sur le site même de Niani, ancienne capitale du Manding. Je sais qu’il avait une frustration intérieure de ce guinéen qui aurait bien voulu faire beaucoup plus pour son pays, mais à qui toutes les opportunités n’ont pas toujours été malheureusement offertes. Mais toute vie est faite aussi d’insatisfaction, d’accomplissement. Il y a toujours des regrets que chacun assume et que d’autres devraient pouvoir réhabiliter pour avancer ou faire avancer ou faire avancer le pays. Comme par hasard, sa sœur jumelle est décédée hier. Et aujourd’hui, c’est lui qui décède. Donc, ça c’est une gifle du destin. »

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