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De l’armée à la plantation : sur les traces d’un officier, proche de feu Lansana Conté  

Après avoir passé près d’un demi-siècle aux services de l’armée guinéenne, le colonel Mougnè Donzo, aujourd’hui à la retraite, est devenu le premier planteur de son village, Mouna Soba, relevant de la sous-préfecture de Foumbadou, préfecture de Lola. Sur le haut de ses 83 ans, l’homme qui a été l’un des plus proches collaborateurs de feu général Lansana Conté (ex-aide de camp, ndlr) continue à pratiquer une vieille passion (l’agriculture) pour révolutionner ce secteur qui, malgré son apport considérable à la vie socio-économique du pays, est très souvent considéré en Guinée comme un métier des indigents.

Parcours militaire de l’homme et sa rencontre avec feu Lansana Conté

Je suis rentré dans l’armée en 1962. A l’époque, feu Lansana Conté était sergent-chef au camp de Foumbadou.  Ce sont eux qui ont créé le camp de Foumbadou.

Il y a eu un recrutement en 1962. J’étais gérant d’un comptoir guinéen. A ce moment, le président Ahmed Sékou Touré avait créé des boutiques dans tous les grands villages et secteurs de la Guinée et moi je gérais la boutique de Mouana Soba. Ils sont venus me prendre ici le 27 août 1962 pour l’armée. Arrivé à Kankan, on a fait les trois mois de formation commune de base.

Après la formation commune, on nous a constitués en des groupes parce qu’il fallait des gendarmes, des parachutistes, des artilleurs   pour les amener à l’étranger pour une formation spécialisée. A l’issue de cette répartition, nous sommes partis en Egypte. En terre égyptienne, on nous a constitués en deux groupes. Un groupe pour les commandos et un autre pour le parachutage.

C’est ainsi après la formation, nous sommes rentrés en Guinée. Nous avons été les premiers parachutistes commandos guinéens. Dans ce groupe, il y a eu 11 moniteurs commandos et parachutistes. Nous étions au nombre de 150 personnes. On disait les moniteurs largueurs dont les grands noms étaient Gbagbo Joseph, Namory Kéita et moi. C’est Namory Kéita qui a largué Boiro de l’avion.  Boiro a été tué. C’était lors du complot Kaman Diaby Fodéba Kéïta. De 1962 à 2012, cela fait 50 ans. Mais cela fait très mal à l’oreille qu’un homme fait 50 ans dans l’administration. Nous avons été retraités après 49 ans de services.

Le retour à la terre de ses ancêtres

En quittant le village, les parents vous bénissent en disant: Dieu facilite votre aller et retour, qu’il vous donne la richesse que tu ramèneras au village. Si Dieu t’assiste et que tu y  retournes, tu dois être reconnaissant envers tes parents et Dieu.

J’ai deux grandes concessions à Conakry. Je pouvais y rester comme les autres et j’ai beaucoup d’enfants. Mais en venant au village, je suis venu avec ma petite fille et ma femme. Je suis venu répondre à la bénédiction des villageois. Quand je quittais, j’ai laissé mes parents au champ et quand je me suis retourné, ils étaient toujours au champ.

Quand je suis venu, j’ai commencé à faire une plantation. J’ai débuté par l’hévéaculture. Cela ne convenait pas à la qualité du sol.  Puis, j’ai changé en palmiers à huile. Cela aussi a réussi en partie. Aujourd’hui, j’ai 10 hectares d’anacardes et 4 hectares de palmiers à huile. Présentement, je suis en train de faire la plantation de cacao et je me conforme toujours aux frères du village.

Moi personnellement, mes difficultés sont celles du village. A part ce que le village a, je n’ai pas moi, de difficultés particulières. C’est pourquoi on se bat corps et âme pour être érigé en sous-préfecture. La sous-préfecture veut dire le développement rapide.

Du décès des généraux Kaba 43 Camara et Facinet Touré

Parlant de la perte du général Kaba 43 et du général Facinet Touré, j’ai des remords terribles. Kaba 43 n’était pas un promotionnaire à moi, c’était un ami sincère, chef dévoué dans l’armée. Et Facinet Touré m’a aimé par ma détermination et mon engagement pour la nation. Leur mort est une perte énorme pour la Guinée.

J’ai fait 18 fronts. J’ai commencé par l’Angola en 1975. Mon passage de l’armée à l’agriculture, est une question d’amour. Ma plus grande joie dans la vie, le fait qu’à mon âge,  je garde encore mes aptitudes physiques et mentales. C’est pourquoi je remercie Dieu qui m’a permis de me garder en bonne santé jusqu’à 83 ans. J’ai des amis qui sont alités qui ne peuvent plus sortir de la maison et moi je vais au champ d’abord. Mon plus grand regret, c’est que là où je suis venu pour me reposer normalement après ma mission à travers le monde, manque encore de certaines conditions optimales de vie telle que la pénurie d’eau potable. Voilà mon seul regret aujourd’hui. Dans mon village, il n’y a qu’un seul forage et qui est actuellement en panne.

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