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De Dimbokro à Conakry, de Bafing jazz au Tambourinis, Ringo, ce chanteur oublié nous parle de son parcours

Il habite le quartier Kissosso, dans la commune de Matoto. Il est artiste, chanteur, compositeur, il est transfuge du Bafing jazz de Mamou. Il, c’est Mamadouba Bangoura alias ’’Ringo’’, membre du célèbre orchestre ‘’Kèlètigui et ses tambourinis’’.

Fils de feu Kalla et de feue Mamy Soumah, Ringo Bangoura est né en 1948 en Côte d’Ivoire (Dimbokro). Son cursus scolaire qu’il a passé entre la Côte d’Ivoire et la Mission de Conakry, a été très court et s’est limité au niveau primaire.

Vu son âge et le retard que cet état de fait a joué sur son cycle d’études, il sera repris par son beau-frère pour être engagé dans l’apprentissage de la mécanique.

Après 3 ans de formation, en qualité de stagiaire, ‘’Ringo’’ sera recruté au niveau de la Direction des travaux publics de Kindia d’où il sera reversé au compte de la fonction publique.

Affecté plu tard à Mamou et à la Direction de la Brigade des travaux neufs, Mamadouba ‘’Ringo’’ Bangoura est présentement fonctionnaire à la retraite après 30 ans de service.

Dans cette interview qu’il a bien voulu livrer à votre quotidien électronique Guineenews, après s’être présenté brièvement, ‘’Ringo’’ nous explique comment il est venu à la musique, du Bafing jazz à l’orchestre Kèlètigui et plus tard dans le gombo jazz, devenu African groove de Maitre Barry.

Des remords, il en a eu plein dans sa vie et dans le cœur, dit-il. Puisqu’après 26 ans au sein de l’orchestre Kèlètigui et ses tambourinis, il a été toujours considéré, se plaint-il, comme un bénévole qui n’a jamais profité de traitement favorable.

‘’Ringo’’ nous plonge aussi dans ses beaux et mauvais souvenirs, il dévoile son carnet de santé plus ou moins ‘’tacheté’’ et le manque de soutien dont il est victime depuis sa maladie. Il reconnait néanmoins n’avoir pas encore souscrit au contrat d’assurance entre le BGDA et la NSIA-ASSURANCE. Lisez !

Guineenews : du Bafing Jazz de Mamou à l’orchestre Kèlètigui et ses tambourinis en passant par plusieurs autres formations de la capitale, peut-on savoir comment êtes-vous venu à la musique ?

Mamadouba Bangoura ‘’Ringo’’ : c’est à Mamou que j’ai débuté réellement ma carrière musicale et bien entendu que j’avais commencé très tôt à chanter à l’école de la Mission en Côte d’Ivoire. Ma voix plaisait beaucoup à mes instituteurs.

A Mamou, je suis tombé sur un guitariste de l’orchestre du Bafing jazz, du nom de Dioubaté qui m’a épaulé et initié dans la maitrise du répertoire de l’orchestre. Pendant 2 ans, ce guitariste charmé par ma voix et étant mon voisin, m’a contraint à chanter tout le répertoire du Bafing jazz.

C’est avec le départ de Emile Béni Soumah qui devait rejoindre l’orchestre ‘’Balla et ses baladins’’, que je fus recruté aux côtés du regretté Abdoul Karim ‘’Chuck Berry’’ en qualité de deuxième chanteur. Mon test fut réalisé et concluant sous la direction du chef d’orchestre d’alors, du nom de feu Hope Christian qui est Togolais.  

J’ai servi le Bafing Jazz de 1971 à 1979, ce qui fait une somme d’expériences de chanteur orchestre de 8 ans.

Guineenews : une bagatelle d’expériences de chanteur pendant 8 ans au sein du Bafing jazz de Mamou. Pouvez-vous nous expliquer comment avez-vous été enrôlé dans l’effectif du grand ensemble orchestral, ‘’Kèlètigui et ses tambourinis’’ ?

Ringo Bangoura : c’est à travers Chuck Berry que je fus recruté dans ce grand ensemble. L’orchestre Kèlètigui devait effectuer une tournée à Fria dans le cadre des fêtes de fin d’année. Dépossédé de ses chanteurs titulaires, Chuck Berry me présenta au Maestro Kèlètigui qui, certainement avait un œil sur moi, et a sauté sur l’occasion pour colmater cette béante plaie. Car, il n’était pas facile de remplacer Manfila Dabadou, Babadian Kaba ou Ange Miguel. D’ailleurs ce fut l’ultime occasion pour moi d’en profiter pour réaliser ce rêve tant attendu d’être affecté à Conakry. Je me battais déjà avec ma mère pour cette réaffectation au niveau du service des Travaux Publics de Conakry.

Voilà comment j’ai intégré l’orchestre ‘’Kèlètigui et ses tambourinis’’.

Guineenews : après 26 ans en qualité de chanteur au sein de Kèlètigui et ses tambourinis, certes membre de la dernière génération, l’on parle peu ou même pas de vous. Cela suscite-t-il des amertumes, des remords chez vous ?

Mamadouba Bangoura ‘’Ringo’’ : des remords ne finiront jamais de détruire autour des artistes ou sportifs de ce pays. Autant que d’autres en souffrent, sachez que je ressens aussi pleins de chagrins. Certainement à des degrés différents.

Suite au départ de Maitre Kèlètigui pour des soins médicaux en France, les rênes de l’orchestre Kèlètigui et ses tambourinis sont revenus au feu doyen Lènkè Condé (paix à leurs âmes).

Cette grande formation qui a valorisé la musique guinéenne à travers son riche folklore s’est retrouvée un moment dans une situation très difficile. Plusieurs d’entre eux décédés, d’aucuns loin du pays, il fallait logiquement se contenter de nous autres qui ne soyons pas membres fondateurs pour subsister.  Du coup, il faut reconnaitre qu’il y a eu un problème de chanteur qui s’était réellement posé. J’ai tenu ce rôle de lead vocal et d’autres se sont joint à moi pour redorer le blason de cette grande formation. C’est l’occasion pour moi de remercier feu doyen Kèlètigui Traoré qui m’a encouragé à maitriser et interprété tous les grands tubes de cet ensemble.

Je fus très vexé par rapport à mon traitement au niveau de l’orchestre. J’ai toujours été considéré comme étant bénévole. Par respect pour Maitre Kèlètigui au départ et ensuite le doyen Lènkè, je me suis contenté de mon salaire de fonctionnaire.

Pour un respect à l’endroit de tous ces maitres qui m’ont tenu les bras sur le chemin de la réussite, aujourd’hui, mes remords ne font que se fusionner à la pitié. Je suis patient et tolérant.

Guineenews : après Kèlètigui et ses tambourinis, le chanteur Ringo s’est retrouvé dans d’autres formations musicales, telles le gombo jazz qui a pris finalement le nom d’African Groove dirigé par Maitre Mamadou Aliou BARRY. Peut-on savoir la suite de votre parcours ?

Mamadouba Bangoura ‘’Ringo’’ : c’est le bon Dieu qui m’a conduit dans l’orchestre de Maitre Barry. Cet ensemble jouait à l’instrumental et plus tard, feu Doyen Kandet Sylla m’a approché pour enfin intégrer cet ensemble où je suis venu rejoindre Maitre Barry, Bossely Keita, feu Talibè Traoré et autres.

C’est dans un espace de la ville de Kaloum où se produisait cet ensemble et avec l’encouragement de feu Kandet Sylla que je suis venu poser ma voix dans un genre musical hi-life. Du coup, je fus retenu par l’ensemble pour les interprétations et de certaines de mes compositions d’avant.

Pendant près de 8 ans en ce moment, j’ai évolué avec le gombo jazz de Maitre Barry qui a connu assez de mutations au niveau de toutes les sections.

Rizo Bangoura, plus tard, est venu me rejoindre et former un duo qui a émerveillé les mélomanes de la capitale.

Guineenews : un chanteur qui a fait ses preuves, un musicien de renom pour au moins avoir été sociétaire d’une autre génération qui a appartenu à cette grande formation Kèlètigui et ses tambourinis, relatez-nous vos beaux et mauvais souvenirs ?

Mamadouba Bangoura ‘’Ringo’’ : j’ai été trop patient dans la pratique de ce métier de musicien. S’il s’agit aujourd’hui de parler de beaux souvenirs, laissez-moi rendre hommage à Maitre Barry, qui a cru en mes capacités.

Pour autres faits réels, cet homme, enseignant de profession m’a reçu en première année du cycle primaire à l’école du Centre. Quelle heureuse coïncidence et qui, par la suite, m’a repris en tant chanteur dans son orchestre. C’est un très beau souvenir.

Le plus mauvais et qui restera indélébile est bien le décès de ma mère dont, je n’aime pas en parler.

Guineenews : vous n’êtes pas à ce jour ce ‘’Ringo au pistolet d’or’’ de la musique guinéenne d’antan. Votre carnet de santé est ‘’tacheté’’ et ce qui vous éloigne de la scène depuis un bout de temps. Dites-nous ce qui ne va pas ?

Mamadouba Bangoura ‘’Ringo’’ : je l’avoue que je ne suis plus bien portant. Je souffre d’une hypertension artérielle qui a failli m’emporter. Je me suis discipliné et Dieu merci, je gère ma convalescence.

Guineenews : pendant votre maladie, est-ce qu’il y a eu des personnes de bonne volonté qui sont venus à votre secours ?

Mamadouba Bangoura ‘’Ringo’’ : personne n’est venu à mon secours pour me dire si ça va mieux et pendant qu’ils étaient tous au courant. A cette tension artérielle s’est mêlée l’arthrose. Vous remarquez bien ma façon de me déplacer pour vous accueillir sur ce tronçon caillouteux qui mène à mon domicile.

Guineenews : faites-vous partie de ces gloires légendaires qui ont bénéficié de ces 5.000.000 Fg octroyé par le gouvernement guinéen ?

Mamadouba Bangoura ‘’Ringo’’ : je ne suis pas retenu sur la liste. En parler trop souvent, c’est souiller les mémoires de plusieurs devanciers qui n’ont jamais voulu me reconnaitre comme membre à part entière de Kèlètigui et ses Tambourinis. Je ne me réclamerais jamais membre fondateur et il reste entendu au moins que j’ai fait mes preuves à un moment donné et que j’ai rendu service à cet ensemble. Les images sont encore là et vous pouvez vérifier. J’ai été considéré après les rênes de Maitre Kèlètigui comme étant un bénévole au sein de cet ensemble. Pourtant d’aucuns plus récents que moi ont bénéficié de ces 5 000 000 fg.

Guineenews : vous vivez de quoi présentement ou quelles sont sources de revenus ?

Mamadouba Bangoura ‘’Ringo’’ : à part ma maigrelette pension, je vis grâce au soutien de mes enfants et des parts de revenus de mes prestations en compagnie de l’orchestre de Maitre Barry et de mes droits d’auteurs venant du Bureau Guinéens des Droits d’Auteurs (BGDA).

Guineenews : qu’est-ce qui vous fâche présentement et vous vous sentez apparemment abandonné à vous-même ?

 Mamadouba Bangoura ‘’Ringo’’ : que voulez-vous que je fasse à cet instant ‘’T’’. Je suis simple et rien ne me fâche. Le Département me néglige et je ne citerai aucun nom et quelques personnes se reconnaitront pour n’avoir pas voulu m’aider jusqu’au bout. Je ne suis qu’un simple artiste oublié de ce grand ensemble Kèlètigui et ses Tambourinis.

Guineenews : pourtant le Département a mis en place, le contrat d’assurance entre le BGDA et la NSIA-ASSURANCE pour la souscription à la couverture assurance maladie. Aviez-vous payé votre cotisation ?

Mamadouba Bangoura ‘’Ringo’’ : non ! Je ne suis pas affilié et je le reconnais ouvertement. J’espère résoudre ce problème après ma convalescence.

Guineenews : à qui la faute pour ne pas être pris en charge pour les soins ?

Mamadouba Bangoura ‘’Ringo’’ : (hésitations et sans réponses).

Entretien réalisé par Abdoul Ly

 

 

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