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Circulation et accident : quelle place notre société accorde-t-elle à ces deux concepts ?  

La circulation routière et l’accident de la route constituent deux sujets transversaux qui s’imbriquent parfaitement dans tous les aspects de notre vie en société. On les retrouve dans les divers compartiments qui meublent notre quotidien. Ce n’est pas la première fois qu’on en parle. A titre illustratif, il nous revient à l’esprit, l’analyse pertinente et imagée, qu’au temps du CMRN (Comité Militaire de Redressement National), feu Elhadj Ibrahima Sory Diaby, alors secrétaire d’État à la Sécurité, ne manquait pas de faire à chaque réunion du Conseil National de la Prévention Routière Guinéenne (CNPRG) dont il était le président. Cette institution est la première du genre a être créée dans notre pays, par l’ordonnance n327 du 28 décembre 1985.  Plus de trois décennies après, c’est L’AGUISER qui lui succède. Nous citons le président du CNPRG : « au stade actuel de développement de notre pays, pour tout déplacement, nous sommes entièrement tributaires des moyens de locomotion que sont les véhicules. Aujourd’hui, où que nous décidons d’aller, que ce soit au travail, au marché, au lieu de culte, aux affaires, à une quelconque cérémonie d’ordre familial ou social, ou pour tout autre besoin ou nécessité, nous sommes obligés d’utiliser la route. Pour ce faire, nous empruntons toujours un moyen de locomotion. Ça peut être une automobile ou un engin à deux roues. Dès lors que le déplacement est entrepris, nous voici exposé à un risque. L’étendue ou la gravité de celui-ci est proportionnelle à la somme totale de déplacements qu’un nombre déterminé de personnes effectuent, sur une portion de route donnée. »

Elhadj Diaby, s’est toujours soucié de partager sa conviction. Ainsi, rappelait il à juste raison, que « la réussite de chacune de nos activités quotidiennes, est tributaire de l’issue du déplacement que nous effectuons. Si celui-ci se passe bien, alors notre projet est abouti. Par contre, pour peu que les choses se passent mal, qu’il y ait par exemple, un accident pendant le trajet, alors, l’objet de notre déplacement peut être compromis. Il peut même l’être, de façon définitive parfois, surtout en cas de dommage aggravé, comme la mort par exemple. »

Ainsi donc, la réalisation de chacun de nos projets ou activités dépend, dans une large mesure, de la sécurité de notre déplacement. Et c’est là que réside l’importance de la circulation routière, c’est-à-dire l’intérêt qu’il y a à s’assurer qu’elle soit parfaitement sécurisée, à tous points de vue. Rien de ce que nous entreprenons ne peut aboutir, sans ce préalable. Tout accident qui survient compromet la réalisation d’une activité que nous avons planifiée. Mais, en sommes nous tous conscients ? Au regard de ce que nous voyons autour de nous, l’on peut en douter.

L’accident est toujours considéré comme l’affaire des autres ; le fait du hasard ou de la fatalité. Dans l’explication de tout événement qui survient sur la route, c’est toujours le destin qui est évoqué. Et cela fait que, même quand un accident fait des dizaines de morts, l’argument est tout trouvé, pour ‘’justifier’’ sa survenue et permettre d’absorber le choc ressenti. Il en va toujours ainsi, même si les circonstances sont clairement identifiées et qu’elles résultent de la commission d’une infraction imputable au conducteur. On dira toujours que « si c’est arrivé, c’est parce que Dieu l’a voulu ainsi ! »

Cette vision est l’antithèse de celle avancée par les spécialistes. Pour ces derniers, l’accident n’est jamais accidentel. Non plus, il n’est pas l’effet du hasard, du destin ou de la fatalité. Il est plutôt l’aboutissement d’un enchaînement de circonstances. C’est-à-dire, qu’à un moment donné, dans la conduite, l’homme commet une erreur, une faute ou une imprudence, ce qui entraîne l’accident.

Que faisons nous, pour changer cet état de fait ?

En vérité, pas grand-chose, pour ne pas dire, rien !

Nous semblons comme prostrés, voire tétanisés, tous englués dans une forme d’atavisme qui plombe notre volonté ou notre discernement. Cette léthargie nous coûte cher, en dommages corporels et matériels. On a l’impression que nous n’arrivons pas à nous en dépêtrer. Ce qui fait que les accidents n’arrêtent pas de survenir.

S’y ajoute un autre paradoxe auquel nous ne prêtons guère attention. Il s’agit du traitement qui est réservé à chacun des phénomènes que nous décrivons ici. Sans intention aucune, d’établir la moindre comparaison entre eux, commençons par parler des pandémies. On se réjouit à juste titre que les États se mobilisent pour lutter contre elles. Nous en avons eu la preuve, à l’apparition d’Ébola et du Coronavirus, pour ne citer que ces deux cas. Que de moyens investis à ces occasions, pour juguler ces affreuses maladies ! Tant dans la communication et la sensibilisation faites autour, que dans la prévention, la recherche du vaccin et le traitement. Les efforts consentis ont été immenses et largement partagés, à l’échelle planétaire.

Venons en à un tout autre aspect. Lorsque, dans un pays quelconque, pour des raisons diverses (politiques, sociales ou autres), des violences génèrent des morts d’homme ou des arrestations, le tollé est général. Nombreuses sont les institutions à l’échelle locale ou internationale qui donnent de la voix, interpellent, mettent en garde et quelquefois même, engagent des actions de rétorsion de divers ordres. Cela sous-entend forcément des réactions, dont la mise en œuvre nécessite des moyens. Et, on les trouve toujours !

En nous focalisant sur le contexte local, nous dirons que chez nous, il n’est pas rare de voir, lors d’une soirée artistique, d’un match de football ou tout autre événement, un mécène faire preuve de grande générosité en apportant un important appui financier à un artiste ou à un sportif. Il n’y a pas à s’étonner pour autant. Il en va ainsi, à notre époque, soutient- on.

On se souvient également des spectacles géants qui ont été organisés chez nous, ici même à Conakry. Même lorsque pour des raisons diverses, ces événements n’ont pas connu l’affluence attendue,  les organisateurs n’ont pas eu à s’en faire. Une  compensation leur a été allouée. Ils sont largement rentrés dans leurs fonds, avec prime à l’appui. Tous les billets émis leur ont été payés par l’autorité, au plus haut niveau de l’époque. La seule évocation de la liste de ces artistes d’envergure internationale, la logistique, la communication et tout ce qui s’y greffe, laisse imaginer les montants colossaux qu’il a fallu débourser, cash.  Nous ne sommes pas contre. C’est comme ça que ça fonctionne, nous dit-on.  C’est un phénomène de société, auquel on doit s’adapter.

Soit ! Mais, qu’en est-il des accidents ? Comment réagit- on quand ils se produisent ?

Sans intention de comparer pour déprécier, l’on sait que les accidents sont fréquents et souvent graves ; qu’ils font des centaines de morts par an, surtout des jeunes et des milliers de blessés, dont une grande partie devient infirme. Sans compter les pertes économiques et financières résultant des dégâts matériels enregistrés, l’appauvrissement généralisé, ainsi que le retard considérable du pays, etc.

Cela dit, chacun de nous juge le traitement qui est réservé à l’accident. Il ne bénéficie pas du même niveau d’attrait, de préoccupation et de soutien que les autres événements cités ci-dessus. Et cela, comble de paradoxe, malgré qu’à l’échelle de l’urgence et des conséquences qui découlent de chacun d’eux, les accidents soient de loin, les plus graves et les plus urgents à prendre en compte. Hélas, cela tient du fait qu’on les considère comme inévitables et ‘’programmés’’ par Dieu.

Il faut, sans attendre, changer de paradigme et inverser la tendance. Autrement, si les choses restent en l’état, il y a à craindre que nous continuions de subir indéfiniment, l’assaut des accidents, avec toutes les conséquences qui vont avec.

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