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Audiences criminelles, manque de maison carcérale, le procureur du TPI de Pita à bâtons rompus

Il vous souviendra que depuis maintenant près de deux ans, la préfecture de Pita est dépourvue de maison carcérale. Une maison, saccagée en janvier 2020, en marge des manifestations politiques et sociales. Depuis, les détenus de la préfecture sont à cheval entre les prisons civiles de Labé et Dalaba. C’est dans cette pénible situation que le tribunal de première instance (TPI) de Pita a organisé des audiences criminelles historiques avec des peines très sévères prononcées contre des prévenus dont essentiellement des violeurs. Pour mieux situer l’opinion, Guinéenews a décroché un entretien exclusif avec Algassimou Diallo, le procureur de la république près le tribunal de première instance de Pita. Lisez !

Guinéenews : les audiences criminelles que vous venez d’organiser, c’était la dernière session annuelle?

Procureur : pour l’année 2021 c’est la première session. Et depuis que Pita a été érigée en tribunal de première instance (TPI), en réalité, il y avait eu une première session en 2019. Maintenant quand j’ai pris service, on a organisé notre première session en cette même année. Donc, les audiences précédentes sont de la première session au compte de cette année 2021.

Guinéenews : il y avait combien de dossiers au rôle ?

Procureur : J’avais annoncé neuf (09) dossiers, mais en cours d’audience on a complété le nombre à dix (10) dossiers. Donc, on a examiné 10 dossiers criminels au cours de ces audiences-là.

Guinéenews : qu’en est-il des catégories de dossiers ?

Procureur : il y avait des dossiers de viol en grande partie parce que dans les 10 dossiers y avait 7 qui parlaient de viol. Y avait un dossier d’attentat à la pudeur, un dossier d’association de malfaiteurs, vol à main armée et un dossier d’assassinat.

Guinéenews : C’est quoi la conclusion de ces dossiers ?

Procureur : ces 10 dossiers là en réalité, voilà on va commencer par la plus forte peine. Il vous souviendra qu’au mois de février, toute la presse avait parlé d’une affaire emblématique d’un jeune, Alseny Diallo qui avait violé une petite fille de moins de 4 ans et mort s’en ai suivi. Donc, cet accusé-là a été jugé, il a été condamné à perpétuité avec une période de sûreté de 30 ans. Donc cela été la décision phare de la juridiction compte tenu de l’acte qu’il avait commis. Le code pénal est très sévère sur les cas de viol qui ont entrainé soit l’infirmité ou la mort de la victime. Il a pris la perpétuité avec une période de sûreté de 30 ans. Donc pendant 30 ans il ne peut pas bénéficier d’un aménagement de peine, quelles que soient les circonstances.

Guinéenews : et pour ce qui est des verdicts dans les autres 9 dossiers ?

Procureur : pour les autres dossiers, je vous ai dit qu’il y avait en grande partie des dossiers de viol tout comme pour Alseny qui était impliqué dans un dossier de viol suivi de meurtre. Je vous parlais aussi d’un dossier de vol à main armée où il y avait deux accusés qui ont été condamnés à 10 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de 5 ans chacun. Il y a aussi un dossier d’attentat à la pudeur, qui concernait deux jeunes garçons, des mineurs en réalité. Le mineur en question a été condamné à 3 ans d’emprisonnement dont la période de sûreté est de 2 ans 6 mois. Il y a eu des acquittements également dans 4 dossiers, on a estimé que les faits pour lesquels les accusés étaient poursuivis, ils n’étaient pas soit auteur ou bien que les fait ne leurs était pas imputable. Donc, pour eux le tribunal a prononcé purement et simplement l’acquittement.

Guinéenews : on sait que les audiences criminelles sont généralement faites pour envoyer un message fort à la population ; avez-vous un retour après ces lourdes peines ?

Procureur : oui j’ai eu un retour parce que beaucoup de personnes m’appelaient pour solliciter des audiences foraines. Visiblement c’est la première fois depuis que Pita a été érigée en tribunal de première instance qu’il y a un procès criminel qui aboutit à des décisions. Donc, j’avais demandé à la radio rurale ici de relayer les décisions et de faire un petit commentaire pour que les gens soient imprégnés du fonctionnement de la juridiction et de ce que nous faisons ici. Donc, ce fut fait avec beaucoup de professionnalisme parce que les gens ont compris la portée des audiences criminelles. Donc, ils sont en un mot satisfaits et nous aussi ça constitue un moyen d’éducation pour indiquer aux uns et aux autres, voici ce qu’un agent pénal en cours quand il pose tel acte. Vous avez vu, je viens de vous parler du dossier d’Alseny Diallo qui a été condamné à perpétuité. Donc, c’est un message fort pour dire que puisque c’est l’infraction la plus récurrente ; toute les fois qu’il y aura viol on sera intolérable parce que c’est l’infraction la plus récurrente. Donc, il faut que le parquet soit vent debout pour endiguer ce phénomène là afin que les jeunes puisse comprendre qu’on ne joue pas avec le corps de la femme.

Guinéenews : qu’est ce que vous pouvez nous dire sur la population carcérale de Pita ?

Procureur : pas grand-chose parce que je n’ai pas de maison d’arrêt, tous nos détenus sont à Labé depuis janvier 2020 quasiment. La prison de Pita a été saccagée et les détenus sont à cheval entre Labé et Dalaba. La plus grande partie se trouve à Labé et les autres à Dalaba. Donc, je n’ai pas de maison carcérale ici à Pita.

Guinéenews : comment vivez-vous cette situation ?

Procureur : avec beaucoup de peine, avec beaucoup de peine ; je le confesse. Voyez-vous, on ne peut pas ne pas incarcérer ceux qui enfreignent aux mœurs et aux lois établies. Donc, quand les gens s’obstinent à poser des actes antisociaux, on est dans l’obligation de les priver de leur liberté. Et puisque je n’ai pas de maison carcérale, il faut à tout moment que je prenne parfois mes propres ressources pour qu’ils soient en détention à Labé ou à Dalaba. Donc, je le vis avec beaucoup de difficultés.

Guinéenews : qu’est-ce qui est envisagé à ce jour pour corriger cela ?

Procureur : bon, j’ai fais des rapports depuis le lendemain de l’évasion jusqu’à maintenant. Dans mes rapports de fin d’année, je mets un accent particulier sur le manque de la maison carcérale. Mais je n’ai pas encore eu de retour de ma hiérarchie. Donc, j’espère qu’avec ce changement là, si on a la chance d’avoir un garde des sceaux qui pourrait probablement être plus attentif sur les maisons d’arrêt, je garde l’espoir que dans les jours et mois suivants peut être que j’aurais une maison carcérale aussi.

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