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Amadou ‘’Accordéon’’ : le parcours inspirant d’un accordéoniste issu du monde rural

Son nom est Amadou Barry alias ‘’Accordéon’’. Cet artiste, instrumentiste, auteur, chanteur et compositeur est né en 1962 à Dalaba (Mombéya) dans le district de Dougaya. Il est le fils de feu Mohamed et Nènè Koumba Dyouma Kéita. Marié à 3 femmes et est père de 12 enfants, dont 7 garçons et 5 filles.

Amadou ‘’ Accordéon’’ Barry n’a pas connu le chemin de l’école française et plutôt, dès le bas âge, il sera conduit vers l’école coranique et maîtrise parfaitement le coran. A la place d’un quelconque métier, ses grands-parents ont préféré le drainer vers les travaux champêtres, où dit-il, il fut d’une utilité exemplaire et pour ses grands-parents et la famille toute entière car, c’est lui qui labourait, cultivait et surveillait les champs pour empêcher toutes invasion des animaux et autres dévastateurs.

D’un rendez-à un autre avorté, finalement votre site électronique Guinéenews a rencontré Amadou ‘’Accordéon’’ Barry à ENCO-5 dans la commune de Ratoma.

L’artiste s’est livré aux questions de la rubrique ‘’Que sont-ils devenus ? et dans cet entretien Amadou ‘’Accordéon’’ Barry explique, comment il est venu à la musique à base âge en tant qu’élève pour apprendre tout d’abord les castagnettes, après des années aux champs de ses grands-parents. Amadou ‘’Accordéon’’, nous conduit ensuite sur les pistes qui l’ont mené vers l’apprentissage et la maîtrise de son instrument de prédilection.

Devenu maître, il créera son propre groupe composé de 3 éléments et qu’il baptisera le ‘’ Kassagui jazz’’ à l’image du Bembeya jazz, kébendo jazz et autres formations du pays.

Sur le chemin de la conquête d’une notoriété sur le plan de la musique traditionnelle, Amadou ‘’Accordéon’’ nous relate sa toute première plongée dans le monde du showbiz où, il étale ses déboires et réussites.

Du contenu de sa discographie, l’enfant de Dougaya nous projette dans l’avenir et affirme qu’il n’est pas à court d’inspiration, sauf qu’il préfère bien reculer pour mieux sauter, tout en donnant rendez-vous à ses fans pour du lourd, après 5 ans d’absence.

Face aux mélomanes qui affirment qu’il sait mieux chanter que danser, sans complexe, découvrez le point de vue de l’artiste au glorieux passé qui, dans cet entretien, nous parle de ses beaux et mauvais souvenirs et donne son point de vue sur les trois derniers questionnaires qui ferment la rubrique.

Lisez l’interview !

Guinéenews : décrivez-nous, après le rôle de cultivateur joué au sein de la famille, qu’est-ce qui vous a poussé à embrasser la musique ?

Amadou Accordéon Barry : C’est à bas âge que j’ai commencé à me lancer dans l’apprentissage de la musique. Dans les villages voisins, nos aînés (Nyamakala) organisaient des soirées lors desquelles aux sons des tam-tams, les femmes exhibaient des pas de danses. En ce moment c’était sous la forme de spectacle. Progressivement cela est revenu aux bals poussières dans les clôtures aménagées à cet effet où dans les cases abandonnées. L’accordéon, le Tunnè (flute) et les castagnettes viendront se mêler dans les partitions. Personnellement, j’ai débuté avec les castagnettes que l’on fabriquait localement à partir des boîtes vides de lait concentré. Mon oncle du nom de Salamodou Kéita jouait au Tunnè, je jouais aux castagnettes et chantais pendant qu’un de mes amis jouait au tam-tam.

Guinéenews : comment vous avez appris cet instrument dont le nom est collé à votre nom Amadou ‘’Accordéon’’ Barry ?

Amadou Accordéon Barry : Tout a démarré quand je suis arrivé à Séfouré dans Kankalabé. Ce jour, j’ai assisté à une soirée animée par le groupe de Maître Samba Diouldé qui jouait à l’accordéon et qui dit-on, est l’un des précurseurs de cet instrument au Foutah. Un jour, j’ai remplacé son joueur de castagnette ainsi qu’au chœur. De soirée en soirée, j’accompagnais le groupe de Maître Samba Diouldé et finalement je suis parti lui demander d’être son apprenti. Il n’a pas refusé et seulement, il m’a orienté vers un de ses apprentis du nom de Maître Touré, qui revenait de la Sierra Léone et qui avait acheté un accordéon. Je suis resté avec lui pendant 3 ans (1977-1980). C’est après, j’ai acheté aussi un accordéon à 7 livres en Sierra Léone, dans les mains d’un vieux qui jouait pour une église. C’est ainsi que j’ai formé mon propre groupe en plus moi, j’ai recruté 2 autres l’un au tam-tam, l’autre aux castagnettes et moi-même à l’accordéon et au chant. J’ai baptisé mon groupe du nom de ‘’Kassagui jazz’’, qui est le nom d’un grand marigot situé entre Mombeya et Dougaya. J’avoue que c’est à l’image des noms des différents orchestres (Bembeya jazz, Bafing jazz, Kébéndo jazz …) que j’ai octroyé le nom Kassagui jazz à mon groupe. Voilà en bref, comment j’ai appris l’accordéon.

Guinéenews :  peut-on savoir comment est arrivée votre plongée dans le monde du show-biz ?

Amadou Accordéon Barry : c’est suite à une invitation au Libéria en 1986 et de passage à Kissidougou, que j’ai rencontré un certain Commandant Manta Bella Diallo qui faisait des enregistrements et revendait les cassettes de plusieurs artistes traditionnels de la Guinée. Il m’a convaincu de la nécessité d’être produit et finalement, j’ai enregistré 8 titres à partir d’une radio combinée de marque ‘’Contec’’ dans une case ronde. Cette cassette est intitulée ‘’Oumou Singa’’. Je n’ai rien gagné sur cette cassette. Ma deuxième expérience c’est lors d’une de mes tournées en forêt. Comme j’avais un peu d’expérience, j’ai enregistré 8 titres encore traditionnels et je me suis rendu au Libéria pour rencontrer un Indien du nom de Johnny qui fabriquait les cassettes. Une audition fut organisée et il a acheté le produit, qui m’a permis d’acheter une moto Yamaha occasion et deux vélos 700 pour mes musiciens.

Guinéenews : à ce jour on peut savoir combien d’albums avez-vous produit et qui sont sur le marché du disque et quels sont vos projets sur le plan artistique ?

Amadou Accordéon Barry : au total, j’ai 13 albums sur le marché dont 3 traditionnels et 9 tradi-modernes.

Pour mon projet de réalisations d’albums, je ne suis pas pressé. Je suis en chantier et ce n’est pas l’inspiration qui fait défaut. Dans tous les cas, je suis certain, qu’il y a pleins d’artistes qui évoluent dans le domaine du Podha et c’est ainsi que je suis en train de bien reculer pour mieux sauter. Je ne mérite pas une sortie qui soit en dessous de ma valeur déjà connue. Rendez-vous pour 2023 inch’Allah.

Guinéenews : vous faites partie des vedettes de la musique pastorale peule qui ont propulsé ce genre musical. Comment êtes- vous arrivé à imposer ces différents rythmes du Fouta, pendant qu’il y avait une concurrence ?

Amadou Accordéon Barry : quand j’ai commencé à évoluer ici, il n’y avait pas de concurrence. Comme artiste peulh, il y avait moi et Doura Barry et je ne parle pas de cette autre couche féminine. Je faisais concurrence avec d’autres artistes qui ne sont pas du Fouta. En ce moment on parlait de Sékouba Bambino, feu Kerfalla Kanté, feu Mamady ‘’Doudou dada’’, Ibro Diabaté, Oumou Dioubaté, entre autres. Quand ma cassette a marché devant toute cette kyrielle de talentueux artistes, c’est là pendant plusieurs mois que le regretté Aly Badara Diakité m’a surnommé ‘’ le N° 1 du Hit-parade national’’. Je vous rappelle qu’en ce moment je faisais partie de toutes les programmations culturelles.

Guinéenews : assez de mélomanes sont unanimes que vous chantez mieux que vous ne dansiez. Qu’en dites-vous et fournissez-vous de l’effort pour améliorer cet état de fait ?

Amadou Accordéon Barry : je suis entièrement d’accord sur ce fait. Difficilement on rencontre un instrumentiste bon danseur et d’ailleurs il y a aussi des chanteurs derrière le micro qui ne savent pas danser. S’agissant d’un joueur d’accordéon comme mon cas, sachez que je suis retenu par des cordes au dos et par devant le volume de l’instrument qui restreint mes mouvements. Plus aisé et pour exhiber une danse, je ne peux que me tourner sur moi-même. D’ailleurs dans le clip du titre ‘’Dyoma galè’’, les gens se moquent de moi en disant que je ne fais que remuer la tête.

Guinéenews : pour un parcours si élogieux, vous avez certainement de beaux et mauvais souvenirs. Pouvez-vous nous en parler ?

Amadou Accordéon Barry : le plus beau souvenir que je retiens est le moment où j’ai été plébiscité le N° 1 du Hit-parade national pendant des mois et devant tous ces grands artistes.

Pour les mauvais souvenirs, je ne les garde pas et du coup, je n’aime pas en parler.

Guinéenews : pour terminer cette interview, nous allons vous demander qu’est-ce que c’est pour vous la richesse, le succès et la mort ?

Amadou Accordéon Barry : la richesse est tout ce que vous possédez dans l’honnêteté. En bonne santé jusque-là, je vous assure que je suis riche.

Le succès ne m’a pas détruit et en aucun moment de ma vie, je n’ai été extravagant. J’ai géré le succès et je continuerai à le faire.

Je pense à la mort, en sachant que tout le monde est candidat à la mort. Celui qui est mort n’est pas pressé, celui qui n’est pas mort n’a pas refusé et il attend son tour.

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guinéenews

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