
À Vienne, la Guinée n’a pas seulement pris part aux travaux du Groupe d’examen de l’application de la Convention des Nations Unies contre la corruption. Elle y a porté un message : celui d’un pays qui entend renforcer progressivement son dispositif anticorruption, améliorer la transparence de la gestion publique et inscrire sa transformation économique dans une exigence accrue de responsabilité et d’intégrité.
Du 31 août au 4 septembre 2026, le Centre international de Vienne accueille la première partie de la reprise de la dix-septième session du Groupe d’examen de l’application de la Convention des Nations Unies contre la corruption. Un rendez-vous international de premier plan consacré notamment à l’évaluation des mécanismes de lutte contre la corruption, à l’échange d’expériences entre États et à l’assistance technique.
Pour représenter la République de Guinée à cette importante rencontre, une délégation de haut niveau de l’Agence nationale de lutte contre la corruption a fait le déplacement. Elle est conduite par Dr Mohamed Bérété, Secrétaire exécutif, accompagné de M. Seydou Nourou Guissé, Conseiller juridique, et de Mme Néné Houdia Barry, Directrice de la Prévention.
Une présence guinéenne qui se veut offensive
Face aux représentants des États membres et aux responsables de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la délégation guinéenne a choisi de défendre une approche fondée sur l’expérience, le partage et la recherche de solutions concrètes.
Dans sa communication, le Secrétaire exécutif de l’Agence a réaffirmé l’attachement de la Guinée à la Convention des Nations Unies contre la corruption ainsi qu’à son mécanisme d’examen. Pour Conakry, ce mécanisme ne doit pas être considéré comme un simple exercice d’évaluation administrative, mais comme un outil permettant aux États d’identifier leurs bonnes pratiques, leurs difficultés et leurs besoins réels en matière d’assistance technique.
Un positionnement qui prend une résonance particulière pour la Guinée, pays engagé depuis plus de deux décennies dans la construction progressive de son architecture institutionnelle anticorruption.
Vingt-six ans de construction institutionnelle
Dans son intervention, la Guinée est revenue sur les principales étapes de cette évolution.
Le pays rappelle avoir posé, en 2000, les premières bases institutionnelles de sa politique anticorruption avec la création du Comité national de lutte contre la corruption. Quatre ans plus tard, le dispositif évoluait vers une agence spécialisée. En 2005, la Guinée signait la Convention des Nations Unies contre la corruption avant de la ratifier en 2013.
En 2017, le pays renforçait son arsenal juridique avec l’adoption de la loi spéciale anticorruption et participait au premier cycle d’examen. En 2018, l’Agence nationale de lutte contre la corruption et Promotion de la bonne gouvernance était consolidée, avec une articulation plus explicite entre lutte contre la corruption et promotion de la bonne gouvernance.
Cette trajectoire a également été marquée par la création ou l’opérationnalisation de plusieurs institutions majeures : l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), ainsi que le renforcement du cadre relatif au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme.
Mais derrière cette architecture institutionnelle se pose désormais une question essentielle : comment transformer les textes et les institutions en résultats tangibles pour les citoyens ?
C’est précisément l’un des enjeux de la nouvelle phase du mécanisme d’examen.
De la réforme des textes à l’efficacité sur le terrain
La deuxième phase du Mécanisme d’examen de l’application doit notamment permettre de mesurer les progrès réalisés depuis les précédentes évaluations, d’identifier les bonnes pratiques, de relever les difficultés persistantes et d’examiner la manière dont les recommandations antérieures ont été concrètement prises en compte.
La démarche ne se limite donc plus à vérifier l’existence de lois ou d’institutions. Elle entend davantage s’intéresser à leur mise en œuvre effective.
Pour la Guinée, cette évolution constitue une opportunité de présenter les réformes engagées, mais aussi de faire entendre ses besoins. Le pays a ainsi plaidé pour une assistance technique mieux adaptée aux réalités et aux capacités de chaque État.
La Convention et son mécanisme d’examen accordent en effet une place importante à l’assistance technique destinée à renforcer les capacités nationales de prévention et de lutte contre la corruption.
Simandou 2040 : la transparence comme condition de la transformation
L’un des passages les plus significatifs du discours guinéen a consisté à inscrire la lutte contre la corruption dans la perspective plus large du programme de développement socio-économique durable et responsable Simandou 2040.
Pour la délégation guinéenne, la transformation économique du pays ne peut être dissociée de la transparence dans la gestion des ressources publiques.
La communication évoque notamment la Loi-Plan 2026-2040 et la Loi-Programme 2026-2030, adoptées en mars 2026, qui accordent une place importante à la gouvernance, à la transparence et au contrôle.
La Guinée met également en avant la digitalisation du cadastre minier à travers DAMANDA, ainsi que TELEMO, présenté comme un outil destiné à sécuriser de manière transparente les procédures de passation des marchés publics.
Le message est clair : les milliards générés par la transformation économique ne pourront véritablement contribuer au développement national que si leur gestion est traçable, contrôlable et soumise à des mécanismes d’intégrité suffisamment robustes.
Une diplomatie anticorruption en construction
Au-delà des sessions officielles, la délégation guinéenne a multiplié les rencontres avec d’autres délégations présentes à Vienne.
Selon les informations communiquées à Guinéenews, ces échanges ont permis d’ouvrir de belles perspectives de coopération et de partenariat dans le domaine de la lutte contre la corruption.
L’objectif est de faire de ces rencontres un levier supplémentaire pour renforcer les capacités nationales, partager les expériences et identifier des mécanismes d’accompagnement adaptés aux réalités guinéennes.
Cette dimension est loin d’être secondaire. Le programme officiel de la session prévoit précisément des échanges entre États sur les stratégies nationales, les difficultés rencontrées, les bonnes pratiques et les suites données aux recommandations issues des précédents examens.
Une intervention qui a retenu l’attention
Dans les couloirs et les différentes rencontres qui ont ponctué cette session, le discours porté par la Guinée aurait été particulièrement apprécié par les délégations rencontrées.
L’accent mis par Conakry sur l’expérience nationale, la nécessité d’une assistance technique adaptée, la prise en compte des réalités propres à chaque État et l’importance d’une implication constructive de la société civile a notamment contribué à donner une tonalité singulière à l’intervention guinéenne.
La délégation a également salué l’évolution du mécanisme d’examen, notamment la possibilité désormais offerte aux pays examinés de présenter les mesures en cours ou celles nécessaires pour répondre aux difficultés identifiées lors des examens précédents.
La Guinée s’est par ailleurs félicitée de l’innovation concernant l’implication de la société civile dans le processus d’auto-évaluation, tout en appelant à ce que cette participation repose sur des faits vérifiables, le dialogue institutionnel et le respect des mécanismes légaux.
Le véritable test commence maintenant
La participation guinéenne à Vienne intervient à un moment où le pays affirme vouloir accélérer sa transformation économique et institutionnelle.
Mais la crédibilité de cette ambition ne se mesurera pas uniquement dans les salles de conférence internationales.
Elle se mesurera surtout à Conakry, dans les administrations, dans les marchés publics, dans la gestion des ressources minières, dans le recouvrement des avoirs issus de la corruption et dans la capacité des institutions à produire des résultats vérifiables.
Le discours prononcé à Vienne fixe donc une ambition. Les prochaines étapes devront permettre d’en mesurer la traduction concrète.
La délégation conduite par Dr Mohamed Bérété a, en tout cas, choisi de défendre une ligne claire : faire de la lutte contre la corruption non pas un simple engagement institutionnel, mais l’un des piliers de la gouvernance et de la transformation économique de la Guinée.
À Vienne, la Guinée a porté sa voix. Reste désormais le plus difficile : faire en sorte que cette voix se traduise durablement dans les actes.
La session du Groupe d’examen de l’application s’achève ce vendredi 4 septembre 2026 à Vienne avec l’adoption du rapport sur les travaux de cette reprise.

