
À l’ouverture de la première session de l’année législative, le roi Mohammed VI a appelé à accélérer les réformes, à renforcer la décentralisation et à lancer de nouvelles stratégies dans les secteurs de l’eau, de l’énergie, de l’alimentation et de l’intelligence artificielle. Le souverain a également mis en garde contre les limites du modèle actuel de coopération migratoire avec les partenaires européens.
Le roi Mohammed VI a donné, vendredi, le ton de la nouvelle législature marocaine. Devant les membres du Parlement, en présence du prince héritier Moulay El Hassan, du prince Moulay Rachid et du prince Moulay Ahmed, le souverain a appelé à faire de ce nouveau mandat un tournant décisif pour le développement du Royaume.
Au-delà des réalisations économiques et des ambitions internationales du Maroc, le discours royal met l’accent sur plusieurs priorités : la souveraineté économique, la justice sociale, l’emploi des jeunes, le développement territorial et la refonte de la coopération migratoire.
Le message est sans équivoque : le Maroc dispose d’opportunités qu’il doit saisir sans tarder, mais la poursuite de sa transformation exige désormais davantage de réactivité, de coordination et de résultats concrets.
Accélérer les réformes pour consolider l’ambition économique
Pour Mohammed VI, la nouvelle législature intervient dans une conjoncture exceptionnelle, marquée par des possibilités de développement qu’il serait risqué de laisser passer.
Le souverain souhaite ainsi que le mandat parlementaire et gouvernemental constitue un véritable tournant pour un Maroc qui ambitionne de consolider son statut de puissance économique émergente et de partenaire international fiable.
Cette ambition doit toutefois s’accompagner d’un meilleur équilibre entre croissance économique et justice sociale et territoriale.
Autrement dit, les performances économiques ne sauraient suffire si elles ne se traduisent pas par une amélioration tangible des conditions de vie des citoyens, une réduction des disparités entre les territoires et un accès plus équitable aux opportunités.
Le roi a également rappelé son attachement à la fierté nationale marocaine, qu’il distingue de toute forme de suffisance. Pour lui, cette fierté doit se traduire par un sens accru des responsabilités et par un engagement au service du pays.
Il a notamment mis en avant l’histoire du Royaume, la profondeur de son identité religieuse et culturelle, ainsi que les acquis politiques, diplomatiques, économiques et sociaux enregistrés au fil des années.
Eau, énergie, alimentation et intelligence artificielle : les nouveaux chantiers
Face à l’accélération des mutations géoéconomiques mondiales, le Maroc entend poursuivre ses investissements dans les infrastructures tout en ouvrant une nouvelle phase de transformation stratégique.
Le discours royal identifie plusieurs secteurs prioritaires : la sécurité hydrique, la sécurité énergétique, la sécurité alimentaire, l’émergence industrielle, l’économie numérique et l’intelligence artificielle.
Ces orientations traduisent la volonté de renforcer la capacité du Royaume à anticiper les crises, à réduire ses vulnérabilités et à préserver son autonomie dans des secteurs essentiels.
Le souverain a également insisté sur la nécessité d’accélérer la constitution de réserves stratégiques et de sécuriser l’approvisionnement en produits de première nécessité.
Dans un contexte international où les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les aléas climatiques peuvent fragiliser les économies, la maîtrise de ces enjeux devient un impératif de souveraineté.
Mohammed VI a, dans cette perspective, interpellé le secteur privé, appelé à jouer un rôle plus important dans la transformation économique du pays.
Les entreprises sont notamment invitées à investir davantage, à innover, à développer leurs capacités d’exportation et à créer des emplois. Le secteur privé ne doit donc pas être un simple bénéficiaire des politiques de développement, mais un acteur central de leur mise en œuvre.
La jeunesse au cœur des politiques publiques
Autre priorité du discours royal : la jeunesse. Mohammed VI a demandé que les préoccupations des jeunes soient placées au premier rang des politiques publiques et des priorités des institutions de gouvernance.
Il préconise une approche intégrée associant éducation, qualification professionnelle et insertion économique, afin de garantir une plus grande égalité des chances.
L’objectif est de permettre aux jeunes de progresser socialement, de trouver leur place dans l’économie et de croire davantage dans les institutions ainsi que dans les perspectives offertes par leur pays.
Le souverain lie ainsi l’insertion des jeunes à des enjeux plus larges de confiance institutionnelle, de dignité, de liberté et de stabilité.
Derrière cet appel se dessine une exigence : faire en sorte que la croissance et les investissements se traduisent par des possibilités réelles pour les nouvelles générations, plutôt que de rester des indicateurs macroéconomiques.
Décentralisation : le roi ne veut plus de retards
Sur le terrain institutionnel, Mohammed VI a placé l’action territoriale au centre des défis de la prochaine étape.
Pour lui, le développement ne peut être conduit efficacement sans une meilleure prise en compte des problèmes propres à chaque région, ni sans des solutions adaptées aux réalités locales.
La régionalisation avancée et la déconcentration administrative doivent permettre d’améliorer les services publics, de stimuler l’investissement productif et de rapprocher la décision publique des citoyens.
Mais le souverain déplore les retards et les dysfonctionnements qui continuent d’entraver la mise en œuvre de ces réformes.
Son avertissement est particulièrement ferme concernant la Charte de la déconcentration administrative. Il exige son application pleine et entière, avec le transfert effectif des compétences ainsi que des ressources humaines et financières nécessaires du pouvoir central vers les provinces et les régions.
Il appelle également à lever les obstacles qui limitent le fonctionnement des institutions régionales, notamment par une clarification de leurs compétences et un renforcement de leurs moyens.
L’enjeu est de donner aux régions une véritable capacité de décision et d’exécution, grâce à une meilleure coordination entre l’État et les collectivités territoriales et à des mécanismes de contractualisation adaptés.
Le message adressé aux responsables concernés est clair : les réformes institutionnelles ne peuvent produire leurs effets si les compétences et les moyens restent concentrés au niveau central.
Immigration : Rabat estime que le modèle de coopération a atteint ses limites
Le discours royal a également consacré une place importante à la politique migratoire et aux relations du Maroc avec ses partenaires européens, notamment l’Espagne.
Mohammed VI a défendu le bilan d’une approche marocaine qu’il présente comme équilibrée et ayant produit des résultats concrets. Il estime toutefois que le modèle actuel de coopération migratoire a atteint ses limites, comme le montreraient les crises récurrentes.
Le souverain a particulièrement évoqué les difficultés liées au rapatriement des mineurs et des personnes qui, selon ses termes, usurpent le statut de réfugié. Il a dénoncé l’effet de certaines dispositions légales et de décisions judiciaires qu’il juge éloignées des réalités du terrain.
Selon lui, ces difficultés peuvent favoriser l’action des réseaux criminels impliqués dans les filières migratoires.
Face aux déclarations de certains responsables politiques et médias, le roi a par ailleurs défendu le caractère souverain du partenariat entre le Maroc et ses partenaires.
« Le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire », a-t-il affirmé en substance, rejetant toute tentative de pression, de menace ou de chantage.
Pour donner une nouvelle orientation à cette coopération, le Maroc prévoit de présenter à ses partenaires un document stratégique axé sur le codéveloppement, la compétitivité économique et la stabilité régionale.
Cette démarche vise à dépasser une approche principalement centrée sur le contrôle des flux migratoires, au profit d’une coopération plus large intégrant les intérêts économiques et les enjeux de stabilité des pays concernés.
Aux parlementaires, une obligation de résultats
En clôturant son discours, Mohammed VI a rappelé aux élus que leur mandat ne se limite pas à l’exercice d’une fonction institutionnelle.
Il l’a présenté comme un engagement politique et un contrat moral les liant aux citoyens, mais aussi comme une responsabilité devant Dieu et l’histoire.
Le souverain les a ainsi exhortés à être à la hauteur de la confiance qui leur a été accordée.
Au terme de cette intervention, une même exigence traverse les différents chantiers évoqués : transformer les ambitions en actions concrètes.
Qu’il s’agisse de la souveraineté économique, de l’emploi des jeunes, de la décentralisation ou de la coopération migratoire, la nouvelle législature est appelée à accélérer le rythme des réformes et à produire des résultats mesurables.
Reste désormais à traduire ces orientations en politiques publiques efficaces, capables de répondre aux attentes des citoyens et de consolider durablement la place du Maroc sur la scène régionale et internationale.
