
À l’heure où les entreprises de presse guinéennes font face à une fragilisation économique croissante, à la concurrence des géants du numérique et à de multiples contraintes structurelles, l’union apparaît comme une nécessité pour défendre leur avenir. C’est dans cette dynamique qu’est née la Fédération patronale des associations de presse de Guinée (FEPAP-GUI), présidée par Amadou Tham Camara. Dans cet entretien exclusif, il dévoile les ambitions de cette nouvelle faitière, ses batailles prioritaires et ses propositions pour redonner à la presse guinéenne les moyens de sa survie et de son rayonnement. Lisez plutôt !
Guinéenews : Bonjour Monsieur le Président. Récemment, on vous a vu porté à la tête de la Fédération patronale des associations de presse de Guinée. Qu’est-ce qui a prévalu à la mise en place de cette structure ?
Amadou Tham Camara : Je vous remercie. Cette structure répond à un besoin d’union. On dit que c’est l’union qui fait la force. Il y avait beaucoup d’associations faitières, mais il était bon que nous nous unissions pour pouvoir fédérer les énergies, conjuguer les efforts pour un meilleur épanouissement des entreprises de presse en Guinée. Il y a certaines tables, des tables importantes où les décisions importantes se prennent. Malheureusement, il n’y a pas beaucoup de place pour chaque entité. Lorsque vous êtes éparpillés, vous êtes dispersés, et donc vous êtes simplement absents aux bonnes tables où les bonnes décisions se prennent. C’est pourquoi il fallait s’unir pour qu’une seule personne puisse représenter l’ensemble de la corporation là où les bonnes décisions se prennent. C’est donc pour répondre d’abord à ces besoins fondamentaux qu’on a décidé de s’unir pour que nous puissions être représentés partout où c’est nécessaire.
Guinéenews : Qu’est-ce qui pourrait démarquer cette fédération des autres associations pour éviter qu’il y ait toujours un monopole ou que l’aide aux entreprises ne profite qu’à quelques-uns ?
Amadou Tham Camara : Ce qui change d’abord, c’est que, comme je l’ai dit tantôt, il fallait qu’il y ait cette union. Deuxièmement, aujourd’hui, les entreprises de presse sont à la croisée des chemins. Il y a une menace existentielle même, de par le fait que nous subissons beaucoup de concurrence déloyale de la part des plateformes numériques internationales. Nous perdons beaucoup de marchés publicitaires aujourd’hui : toutes les publicités ont tendance à aller sur Facebook, sur Google et autres, au détriment des médias classiques. Les gens aujourd’hui, pour faire la promotion de leur eau minérale, la promotion de la vente immobilière et j’en passe, ont tendance à faire cela sur les réseaux sociaux — ce qu’on appelle les ventes en ligne. Au lieu de venir à Horizon TV pour faire la promotion de leur équipement, les gens préfèrent booster des pages sur les réseaux sociaux. Ce sont des revenus qui nous échappent. Ces revenus s’en vont enrichir des riches qui sont aux États-Unis, au lieu que ça vienne dans les médias classiques ici. Donc, cette fédération a pour vocation de lutter contre cela, entre autres, d’une certaine manière en demandant tout simplement à l’État de taxer ces entreprises-là, ces plateformes numériques étrangères. Ainsi, si vous devez booster votre page pour la vente en ligne à 100 dollars, ce ne sera plus 100 dollars, ça va être 18 dollars, et les 18 dollars vont revenir à la presse guinéenne. Parce qu’entre-temps, ces plateformes nous font de la concurrence déloyale, elles n’ont pas de journalistes ici, elles n’ont pas de représentants ici, elles ne paient pas d’impôts, alors que les entreprises guinéennes font tout ça et en plus de ça, viennent prendre une partie de notre marché publicitaire. Cette fédération a pour vocation de lutter contre tout cela, parce qu’il s’agira de questions transversаles, de problèmes transversaux qui ne touchent pas un seul média, mais qui touchent l’ensemble des entreprises de presse.
Guineenews : Avec quelle marge de manœuvre comptez-vous réussir ce combat ?
Amadou Tham Camara : Ce combat ne sera pas facile, parce que nous devons le faire avec l’État. Pour mettre en place un mécanisme d’imposition ou de taxation de ces plateformes numériques, nous devons travailler en toute intelligence avec l’administration fiscale. Nous sommes déjà entrés en contact avec le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, et les discussions sont en cours pour la mise en place de ce système afin que déjà, à partir de janvier 2027, la taxation commence et que l’État puisse engranger des revenus qui puissent servir la presse guinéenne.
Guineenews : Qu’est-ce que le journaliste guinéen va-t-il gagner dans la mise en place de cette fédération patronale des patrons de presse ?
Amadou Tham Camara : Le journaliste va gagner parce que le journaliste est payé par l’entreprise. Lorsque l’entreprise se porte bien, le journaliste a des incidences sur son salaire, parce que déjà, la convention collective sera signée très bientôt. Et dans la convention collective, il y aura une certaine revalorisation des revenus des journalistes. Cette convention collective doit être signée entre la fédération et le syndicat. C’est-à-dire que la fédération patronale le fait par le biais des syndicats. Donc, déjà, il va y avoir un impact direct sur les journalistes.
Guineenews : Mais en parlant donc de ces revenus, est-ce que la mise en place de cette fédération ne vient pas un peu en retard dans la mesure où il y a déjà de l’argent qui est taxé au niveau de l’importation des radios et des télévisions en Guinée, mais qui va dans d’autres structures comme le BGDA ?
Amadou Tham Camara : Oui, nous sommes venus justement pour pouvoir corriger ces distorsions. C’est pourquoi, parce que nous étions dispersés, il n’y avait aucun moyen de défendre les intérêts communs. C’est pourquoi cette fédération vient justement pour corriger toutes ces anomalies-là. Il n’y a pas que ça, il y a aussi les droits voisins. Les droits voisins, c’est quoi ? Ce sont les contenus journalistiques que nous produisons aujourd’hui qui sont repris par l’intelligence artificielle, par Google, par Alert, et même par Meta. Pendant ce temps, un pays comme la Guinée, où si vous posez n’importe quelle question sur l’intelligence artificielle, sur Open IA, alors ce que la Guinée… elle ne demande pas, elle prend des informations des médias guinéens, et pendant ce temps, ne paie absolument rien. C’est du vol. Appelons un chat par son chat, c’est du vol. Donc, toutes ces questions… pour réparer tout ça, il faut que cette fédération puisse justement mettre en place des mécanismes pour que cela soit réparé. Cela n’a rien à voir avec la taxation des revenus publicitaires. Là, il s’agit des droits voisins, c’est un autre combat que nous allons mener. Donc, on ne pouvait pas le mener, chacun ne pouvait pas le mener de façon éparse, il fallait qu’il y ait cette fédération-là pour pouvoir entamer ce tout autre combat.
Guineenews : Vous réclamez des droits cette fois-ci avec les taxes, mais vous réclamez en même temps la subvention. Les gens ne comprennent pas cette exigence…
Amadou Tham Camara : Vous savez, c’est parce que nous avons facilité la tâche à l’État. Nous avons demandé une revalorisation de la subvention, parce que la subvention est figée à 3 milliards depuis 2009. Depuis le Capitaine Moussa Dadis Camara. Vous savez, avant ça, la subvention aux médias privés était de 400 millions. En 2009, avec l’avènement du Capitaine Dadis, la subvention est passée de 400 millions à 3 milliards. Mais cela fait 18 ans maintenant. Dix-huit ans que c’est à 3 milliards. Le paysage médiatique a complètement changé, il y a eu beaucoup de médias. 1 dollar était à 3 000 francs guinéens en 2009. Aujourd’hui, 1 dollar est presque à 10 000. Mais c’est toujours 3 milliards. Donc, il est bon que cette subvention soit revalorisée pour s’adapter tout simplement en fonction du pouvoir d’achat et à la réalité économique du pays. Parce qu’aujourd’hui, par la force des choses, il s’agit de la deuxième économie de l’Afrique francophone, de l’Afrique de l’Ouest francophone. Donc, il n’est pas normal que la subvention aux médias privés du Sénégal soit à 30 milliards, et qu’à la Guinée, on soit encore à 3 milliards. Mais pourquoi nous demandons ça ? Nous n’avons pas simplement demandé, nous avons demandé que dans un premier temps que ce soit 15 milliards, parce que c’est une année expérimentale. Nous avons indiqué au gouvernement où il faut aller chercher l’argent pour nous payer. Il faut mettre en place la TVA sur les plateformes numériques. Nous attendons au bas mot pour la première année à 40 milliards qui vont entrer pour le gouvernement, rien qu’en taxant Meta, Google, TikTok et autres. Avec ces 40 milliards, il n’y a aucun argument pour que l’État refuse de nous payer au moins 15 milliards dans un premier temps. Après, quand ça marche, nous pourrons revenir à la table des négociations, demander autre chose, demander plus. Mais comme c’est une année décennale, nous avons demandé d’abord 15 milliards et nous avons indiqué où il faut aller chercher ça. C’est aussi simple que ça.
Guineenews : Qu’est-ce que les reporters gagnent dans tout ça ? Est-ce que ces 15 milliards ne vont-ils pas se retrouver dans certaines poches ?
Amadou Tham Camara : Non ! Vous savez, il y aura un travail d’assainissement de la presse. On ne peut pas faire d’omelette sans casser les œufs. Vous savez, aujourd’hui, il y a beaucoup de changements. La presse aussi a beaucoup changé, la presse a fait sa mue par la force des choses. La presse reste le quatrième pouvoir. Il y a eu un changement entre 2021 et aujourd’hui. Donc, aujourd’hui, le paysage médiatique a changé, le fonctionnement a changé, mais également, il y a une certaine prise de conscience. Il faut savoir que l’argent public ne s’utilise pas n’importe comment. Aujourd’hui, vous avez des entités qui veillent au grain. Lorsque l’État vous accorde 15 milliards, il est évident que l’État va s’assurer que les 15 milliards seront utilisés à bon escient. Si c’est mal utilisé, vous pourriez aller à la HAC. Donc, nous allons tout faire pour que les entreprises utilisent ce fonds là où il doit aller. Ceci est de notre responsabilité. On ne va pas donner aux entreprises de presse pour qu’elles aillent utiliser ça autrement, aller dans les constructions de bâtiments. Ça doit aller dans le fonctionnement des organes de presse. Sinon, vous êtes susceptible de répondre à la justice, tout simplement.
À quoi sert la subvention accordée à la presse privée ?
Amadou Tham Camara : La subvention, ce n’est pas pour redistribuer entre les journalistes. C’est pour rentrer dans le fonctionnement. Maintenant… oui, y compris les salaires. Maintenant, il va… c’est parce qu’il n’y a pas que les salaires. Avec la signature de la convention collective, le journaliste, il y a un minimum qui doit être payé, il doit être immatriculé à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale. Donc, la subvention va aider l’entreprise de presse à faire face à ces nouvelles charges-là, assurer ses employés, assurer ses employés. Parce qu’aujourd’hui, dans la presse privée, il faut voir, ce qui se passe lorsque vous voyez des vieux journalistes parfois, ça fait pitié, parce qu’en amont, il y avait eu aucune couverture sociale. Donc, c’est ça le combat. C’est pourquoi cette fédération doit exister pour pouvoir régler tous ces problèmes-là. La subvention va être rehaussée, mais derrière, ce n’est pas… il va y avoir un impact financier direct dans les salaires, certainement. À quelle proportion ? Je ne sais pas, ça c’est la cuisine interne de chaque entreprise de presse. Mais, au-delà de ça, la convention collective va obliger les uns et les autres à faire immatriculer leurs employés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale. Donc ça va être des nouvelles charges. Une partie de ces subventions va donc aider les entreprises pour ces nouvelles charges-là.
Guinéenews : Est-ce que la FEPAPGUI va veiller à la répartition donc de cette subvention ? Il faut rappeler qu’un média qui a des employés, qui a un siège, beaucoup de bureaux, n’a pas la même charge que quelqu’un qui a son site dans un sac et qui se promène dans la rue. Est-ce que vous allez veiller à ce que ça soit de manière plus intelligente, ou ça sera une répartition équitable ?
Amadou Tham Camara : Non ! Il y aura forcément des critères. Je vous donne par exemple l’exemple du Sénégal. Au Sénégal, l’année dernière, en 2025, ils ont eu à peu près 30 milliards. Mais cela a été réparti entre 37 médias qui répondaient aux critères. Les critères sont faits pour ça. On ne peut pas… c’est ce que j’ai dit, il s’agit de l’argent public. Donc, cela doit être utilisé de façon judicieuse, sinon vous serez un justiciable devant la HAC. C’est de cela qu’il s’agit. Donc, on ne peut pas s’amuser à aller chercher une hausse de la subvention et puis donner à des gens qui vont l’utiliser n’importe comment. Non, nous allons chercher en toute responsabilité à faire réussir ça, mais nous allons nous assurer que cela soit utilisé à bon escient.
Guineenews : Mais pour l’instant quand même, un média tel quel est un média, ainsi que le vôtre ?
Amadou Tham Camara : Non, tous ces critères-là vont être définis. Cette fédération, elle est nouvelle. La loi dit que la subvention est répartie d’abord par la HAC, mais en collaboration avec les associations. Donc, on a une faitière aujourd’hui qui est là. Les critères seront débattus, et nous allons définir les meilleurs critères pour que ce soient les véritables entreprises de presse qui bénéficient de la subvention.
Est-ce que vous allez tenir compte de l’évolution technologique ? Parce qu’aujourd’hui, bien que la HAC mène aujourd’hui une lutte farouche contre certaines pages qui se disent web télé, est-ce que vous allez tenir compte de l’arrivée de ces web télé qui de ces web médias ?
Amadou Tham Camara : Vous savez, cette question doit être réglée par la loi. Nous ne pouvons pas donner la subvention à une entité qui n’est pas reconnue par la loi. Lorsque la loi prendra compte de ces entités-là en ce moment, elles seront éligibles pour la subvention, mais tant que la loi ne les reconnait pas comme média, on ne peut pas donner l’argent public à quelque chose qui n’est pas reconnu. Lorsque ces web TV ou web radios seront reconnues, en ce moment, le débat se posera.
Guineenews : Aujourd’hui, il y a une nouvelle assemblée qui est mise en place, et c’est la question forcément de la nouvelle loi sur la presse, et sur peut-être la nouvelle institution qui va réguler les médias en Guinée. Est-ce que la FEPAPGUI entend peser dans le débat, pour vraiment défendre la liberté de la presse ?
Amadou Tham Camara : Je pense qu’il y a une première mouture qui a été faite avec le CNT. Je pense que le ministère de la Communication est en train de retravailler encore sur cette mouture-là. Lorsqu’on sera invité pour pouvoir donner notre avis sur sur toutes ces questions-là, on sera présent. La loi sur la liberté de la presse est une loi qui doit s’adapter à l’environnement actuel, à l’évolution technologique du monde. Donc, nous allons nous assurer que tout marche, surtout dans l’intérêt économique des médias guinéens. Comme je viens de vous le dire, aujourd’hui, nous sommes lésés, parce que ces grandes plateformes numériques utilisent nos contenus sans contrepartie. D’abord, la loi en gestation doit pouvoir tenir compte de ce rôle et prévoir des mécanismes pour leur réparation. Donc, nous veillons à cela et nous ferons en sorte que nos idées, nos propositions soient prises en compte.
Guineenews : Votre mandat s’étend sur combien d’années et quel est le nombre d’associations qui figurent au sein de cette faitière ?
Amadou Tham Camara : C’est un mandat unique de 3 ans, donc non renouvelable. Et les associations présentes dedans, ce sont les sept associations existantes.
Guinéenews : Et le bureau compte combien de membres ?
Amadou Tham Camara : Le bureau compte 11 membres.
Guinéenews : Beaucoup de médias audiovisuels font face à beaucoup de charges, notamment l’ARPT qui oblige ces médias à payer des redevances. Il y a également les impôts qui réclament de temps en temps de l’argent. Le BGDA, récemment, pour une radio, faisaient payer 5 millions, même s’il y a eu des discussions à ce niveau. Est-ce que la FEPAPGUI compte mener des démarches auprès de ces institutions pour au moins aider ces médias à ne pas payer beaucoup plus d’argent que prévu, qu’ils ne gagnent même pas ?
Amadou Tham Camara : Oui, tout cela fait partie des démarches que nous allons mener pour non seulement essayer d’amoindrir cela, parce qu’il doit y avoir une fiscalité adaptée aux entreprises de presse. Parce que d’abord, ces médias sont atypiques dans le service, un service public. En tenant compte de cela, il doit y avoir une fiscalité adaptée à ces médias-là. Au-delà de ça, nous allons entamer des discussions avec la Caisse Nationale de Sécurité Sociale aussi, pour que l’immatriculation soit facilitée. Les entreprises minières ne doivent pas être logées à la même enseigne que les entreprises de presse. Nous n’avons pas les mêmes situations financières. Donc, nous allons demander des aménagements spéciaux pour que les entreprises de presse puissent faciliter, puissent immatriculer leurs employés avec beaucoup plus de souplesse et beaucoup plus de facilités que les entreprises minières par exemple. Nous allons aussi faire des démarches auprès de la compagnie d’électricité nationale qui est EDG pour que le kilowatt-heure des entreprises de presse soit le même que les ménages. Vous savez, le kilowatt-heure pour un ménage et le prix du kilowatt-heure pour une société, c’est pas le même prix. Donc, la négociation va consister à demander à la compagnie d’électricité nationale de pouvoir loger les entreprises de presse qui sont des entreprises atypiques, qui rendent un service public. Donc, voilà les démarches comme ça que la fédération compte mener pour que nous puissions faire face à nos obligations, mais que cela soit fait avec beaucoup plus de facilités parce que nous sommes, comme je viens de le dire, atypiques, nous rendons un service public.
Guinéenews : Vous avez rencontré le président de la Haute Autorité de la Communication qui a demandé à ce que vous soyez unis. Ce message ne vous a-t-il pas pas attiré l’attention en tant que président ?
Amadou Tham Camara : Oui, absolument. Nous avons noté avec grand intérêt ces conseils, parce que d’abord, il s’agit des conseils de sage. Il l’a dit en connaissance de cause, et nous pensons que c’est tombé dans de bonnes oreilles, parce que l’union en fait, ça ne dépend pas d’une seule personne, il faut qu’il y ait des croisements de volontés pour qu’il y ait union. Même si vous êtes sûr que vous voulez l’union, si l’autre partie ne veut pas d’union, ça va être difficile. Mais aujourd’hui, par rapport aux enjeux, je crois que personne n’a intérêt qu’on qu’on se divise. Il y a de belles perspectives, il y a des projets en commun, il y a des problèmes transversaux qui nous assaillent, il y a des défis communs qu’on doit relever, donc je ne vois pas d’intérêt à ce qu’on se désunisse même en ce moment.
Guinéenews : Depuis quelques temps, on annonce la mise en place d’un organe d’autorégulation des médias, ça a été annoncé à plusieurs reprises, jusqu’à présent ça ne voit pas le jour. Est-ce que cette fois-ci avec la FEPAPGUI, on pourrait arriver à cela ?
Amadou Tham Camara : Oui, même hier nous étions sur les travaux pour cela. Je pense que c’est cette instance d’autorégulation se fera là très vite. J’ai très bon espoir que d’ici fin novembre, que cette instance-là sera installée.
Guinéenews : Nous savons tous que les médias vivent des annonces et des publicités. Est-ce que dans votre feuille de route, vous envisagez d’aller vers les grandes entreprises, notamment minières, des structures bancaires, pour avoir des insertions ou des communiqués à passer dans les médias ?
Amadou Tham Camara : Oui, absolument, nous sommes en discussion, nous avons déjà préparé un mémo justement par rapport à ça pour Simandou 2040, parce que malheureusement les médias sont exclus de cela, il faut le dire. Nous avons pris notre bâton de pèlerin, nous sommes en train d’élaborer un plaidoyer pour que les entreprises de presse puissent être intégrées dans cette grande vision. Donc, cela fait partie des choses et cela passe par une place importante pour les régies publicitaires, pour la communication institutionnelle. Donc, tout ça fait partie des choses que nous sommes en train de mettre en œuvre et que nous devons adresser aux bons interlocuteurs.
Guinéenews : Vous avez récemment dit qu’un journaliste même mauvais vaut mieux qu’un blogueur. On l’a vu avec la question de Burkina Faso, ce que les influenceurs, ces internautes nous ont créé comme polémique. Pourquoi vous avez exprimé cela ?
Amadou Tham Camara : Parce qu’au moins un journaliste est dans un cadre légal. Il est dans un cadre légal, il est régi par une loi. Il peut se faire sanctionner, son médium peut être sanctionné. Mais on ne peut pas dire la même chose du blogueur. Il n’est pas formé, il n’est pas dans un cadre légal, il a une existence virtuelle, donc on ne peut pas les comparer. Malheureusement, par la force des choses, on a aujourd’hui tendance à tout confondre, mais il est bon que les autorités même prennent la mesure de la menace existentielle de la presse et qu’ils prennent les bonnes mesures pour corriger cet état de fait-là. C’est de cela qu’il s’agit. Parce qu’un journaliste au moins, il est présent et il est sanctionnable. On ne peut pas dire autant du blogueur.
Guineenews : Votre mot de la fin ?
Amadou Tham Camara : Je voudrais d’abord inviter la presse guinéenne à accepter cette mue, à accepter de travailler en toute responsabilité, en toute indépendance, avec professionnalisme, à aimer le pays, à informer de façon objective après avoir vérifié les informations, après avoir tenu compte du fait que notre pays est un pays très fragile. Et je voudrais exhorter les uns et les autres donc à travailler dans la sérénité, parce que notre pays est un grand pays qui est aujourd’hui une des économies les plus performantes d’Afrique. La presse doit aussi être logée à la bonne enseigne en tant que quatrième pouvoir. Les États doivent prendre compte, le gouvernement doit tenir compte de cet état de fait-là, essayer de donner les moyens les plus adéquats pour que la presse puisse les accompagner, puisse travailler, faire son travail d’information, d’éducation, de sensibilisation de population, et de veille pour les bonnes pratiques de gestion, pour la reddition des comptes. Cela passe donc par beaucoup de complicité entre les gouvernants et la presse guinéenne, beaucoup de compréhension, beaucoup de tolérance, parce que la critique fait partie de la gouvernance. Lorsque vous êtes devant, il arrive parfois que vous soyez critiqué. Mais la critique ne veut pas dire médisance, ne veut pas dire diffamation. Mais la critique, lorsqu’elle est objective, doit servir d’améliorer la gouvernance. Donc, les gouvernants doivent avoir le dos large, d’accepter les critiques qui font partie de la gouvernance. Donc c’est cette invite que j’ai envie de faire aux uns et aux autres pour que notre pays puisse être un grand pays qui a l’ambition de grandir dans tous les sens, au sens économique, mais au sens aussi de la construction de la démocratie.


