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Mutilations génitales féminines à Labé : Quand la tradition contourne la loi et les campagnes de sensibilisation

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La lutte contre l’excision se heurte à un mur de verre où les discours de prévention semblent prêcher dans le désert à Labé. Traquées par les autorités, les matrones traditionnelles et les familles conservatrices ont troqué les grandes fêtes collectives contre une clandestinité maîtrisée, érigeant la discrétion en bouclier pour préserver la coutume. L’excision se déroule désormais dans la plus stricte discrétion, perpétuant ainsi un rite ancestral perçu comme un passage culturel et social obligatoire, a constaté sur place Guinéenews.

A Labé, la capitale de la Moyenne Guinée, le silence qui entoure désormais l’excision est loin d’être le signe de sa disparition. Si les grandes festivités communautaires d’antan se sont tues, la pratique, elle, s’est simplement drapée dans l’ombre, pour mieux perpétuer sa tradition. Face au renforcement de l’arsenal juridique et à la pression constante des acteurs de la société civile, les défenseurs de cette coutume ont préféré adapter leurs stratégies plutôt que d’y renoncer.

Des campagnes d’information qui se heurtent au poids des traditions

Depuis plusieurs décennies, organisations non gouvernementales, services de santé publique et ministères sociaux, soutenus par les bailleurs de fonds internationaux, multiplient les programmes d’information et d’éducation. L’objectif affiché reste invariable : éradiquer définitivement les MGF. Pourtant, sur le terrain, le constat demeure alarmant. Les discours médicaux et juridiques semblent glisser sur une réalité sociale profondément ancrée.

Pour de nombreuses familles, l’excision ne relève pas d’un choix, mais d’une obligation morale et culturelle, transmise de génération en génération. Madame Maladho Barry, ménagère à Labé, résume cette conviction sans détour : « Même si de rares complications surviennent parfois, l’excision reste une étape incontournable. L’ayant subie moi-même, il est évident que mes filles suivront le même chemin. »

Cette perception d’un « passage obligé » est renforcée par une forte pression sociale. Dans l’esprit collectif, le rejet du rite expose la jeune fille au mépris et à l’exclusion. « On ne peut pas évaluer la honte qu’éprouve une fille si ses amies apprennent qu’elle n’a pas été excisée. Ici, nous faisons tout pour préserver la dignité de nos familles », renchérit Madame Barry.

La stratégie de la clandestinité pour braver la loi

Face aux menaces de poursuites judiciaires brandies par l’État, les traditionalistes ont opéré une mutation radicale dans l’organisation de l’acte. Les cérémonies collectives et festives d’autrefois ont laissé place à une pratique clandestine et individualisée. Les parents opèrent désormais dans la plus grande confidentialité, évitant tout rassemblement susceptible de donner l’alerte aux autorités.

Le statut culturel accordé au rite demeure un verrou majeur. Pour Mody Amadou Kaba, un sage, respecté de la sous-préfecture de Popodara, supprimer la coutume est tout simplement inconcevable : « Bannir l’excision reviendrait à interdire le mariage religieux pour ne conserver que la cérémonie civile. C’est inacceptable, car il s’agit de notre identité traditionnelle. »

Un changement de méthode pour mieux dissimuler l’acte

Outre l’individualisation des opérations, les matrones traditionnelles ont ajusté leurs techniques opératoires pour minimiser les indices extérieurs. Une exciseuse opérant sous le couvert de l’anonymat témoigne de cette évolution : « Nous évitons désormais d’élargir la blessure et nous pratiquons l’opération de façon plus moderne. Personne ne s’en rend compte, mais cela suffit à rassurer et réconforter les familles qui le demandent. En quelques jours seulement, la plaie est cicatrisée. »

Ce passage à la clandestinité pose un véritable défi stratégique aux ONG et aux autorités. En devenant invisible, le phénomène échappe aux mécanismes classiques de contrôle et de prévention, démontrant la capacité de résistance des structures sociales traditionnelles, face aux interventions extérieures.

L’évaluation des programmes de lutte contre l’excision dans la région de Labé révèle une fracture béante entre le cadre légal/sanitaire et les réalités socioculturelles de la communauté. Loin d’avoir éradiqué la pratique, les décennies de sensibilisation ont principalement poussé l’excision vers une clandestinité plus stricte et une méthode plus discrète. Face à ce constat « d’échec » des approches classiques, les acteurs institutionnels et sanitaires n’auront d’autre choix que d’inventer de nouveaux leviers de dialogue avec les garants de la tradition s’ils veulent briser définitivement ce mur du silence.

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