
Créée le 8 octobre dernier, la Fédération patronale des professionnels des médias de Guinée (FEPAP-GUI), présidée par Amadou Tham Camara, poursuit ses prises de contact avec les institutions.
Ce vendredi 30 octobre 2026, la nouvelle organisation patronale a présenté son bureau exécutif au président de la Haute Autorité de la Communication (HAC), Boubacar Yacine Diallo.
Cette rencontre a été l’occasion pour les responsables de la fédération d’exposer les difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises de presse, notamment en matière de viabilité économique. En réponse, le président de la HAC a identifié trois principaux axes de collaboration : l’assainissement de la corporation, la gestion de la subvention publique destinée à la presse privée et l’adaptation du cadre juridique aux mutations technologiques.
Conduite par son président, Amadou Tham Camara, la délégation de la FEPAP-GUI comprenait également des représentants de la Confédération générale des entreprises de Guinée (CGE-GUI), partenaire de la nouvelle organisation.
Prenant la parole au nom de cette confédération, dont il est le vice-président, Ismaël Keïta a insisté sur l’importance de bâtir une fédération autonome, durable et dotée d’une gouvernance transparente.
« Notre ambition est que la FEPAP-GUI soit autonome, pérenne et responsable, avec des adhérents nombreux, une gouvernance transparente et des comptes rendus réguliers à ses membres. […] L’accompagnement de la CGE-GUI porte sur l’organisation de la fédération, jamais sur le contenu », a-t-il précisé.
De son côté, Amadou Tham Camara a plaidé pour une reconnaissance pleine et entière des entreprises de presse comme des acteurs économiques à part entière. Il a notamment mis en avant leur contribution à la création d’emplois, à la formation des ressources humaines et aux investissements dans les équipements.
« Notre première préoccupation est de faire reconnaître pleinement les entreprises de presse comme des acteurs économiques à part entière. Elles créent des emplois, elles investissent dans des équipements, forment des ressources humaines et participent à la vitalité de notre économie nationale », a-t-il déclaré.
Le président de la FEPAP-GUI a également dressé un tableau des difficultés structurelles qui fragilisent le secteur : poids des charges fiscales et sociales, accès limité aux financements bancaires, insuffisance des recettes publicitaires et concurrence croissante des grandes plateformes numériques internationales.
Face à ces contraintes, la fédération entend solliciter l’appui de la HAC et de la CGE-GUI pour porter un plaidoyer en faveur d’une fiscalité adaptée, d’un meilleur accès au financement et d’une intégration effective des entreprises de presse dans les dispositifs d’accompagnement du secteur privé.
À l’endroit de l’autorité de régulation, Amadou Tham Camara a particulièrement insisté sur la nécessité de renforcer le dialogue avec les organisations patronales, de revaloriser la subvention publique accordée à la presse privée et de garantir davantage d’équité dans les mécanismes de soutien aux médias.
La fédération souhaite, par ailleurs, encourager les partenariats commerciaux entre les entreprises membres de la CGE-GUI et les médias guinéens, notamment à travers la conclusion de contrats publicitaires annuels.
Pour donner corps à ces différentes propositions, le président de la FEPAP-GUI a suggéré la mise en place d’un cadre permanent de concertation entre les trois organisations.
« Notre proposition est simple : mettre en place un cadre permanent de concertation entre la HAC, la CGE-GUI et la FEPAP-GUI afin de transformer ces préoccupations en réalités concrètes et en actions mesurables », a-t-il proposé.
La HAC identifie trois chantiers prioritaires
En réponse, Boubacar Yacine Diallo a salué la création de la FEPAP-GUI, qu’il considère déjà comme un interlocuteur privilégié de son institution. Il a souligné que cette nouvelle organisation pourrait faciliter les échanges entre la HAC, le patronat et les différentes associations professionnelles des médias.
« Je considère déjà cette équipe comme un interlocuteur privilégié de la Haute Autorité de la Communication, ce qui facilite, entre autres, la communication et les relations entre notre institution et le patronat, derrière chacune des associations, étant entendu que nous avons des chantiers en commun », a-t-il indiqué.
Le premier chantier évoqué concerne l’assainissement de la corporation. Pour le président de la HAC, cette opération doit englober aussi bien les journalistes que les entreprises de presse, deux composantes indissociables du paysage médiatique.
« Le premier chantier consiste à assainir les rangs de la presse, le rang des journalistes mais également le rang des médias. Il n’y a pas de journaliste sans média et il n’y a pas de média sans journaliste, donc on ne peut pas assainir un secteur et ignorer l’autre », a-t-il fait remarquer.
S’agissant de la subvention publique destinée à la presse privée, Boubacar Yacine Diallo a invité les responsables de la nouvelle fédération à faire preuve de responsabilité et d’équité dans sa répartition. Selon lui, cette aide doit prioritairement bénéficier aux entreprises qui remplissent effectivement les conditions requises, en tenant compte de leur réalité professionnelle et de leurs charges.
Le président de la HAC a également déploré la multiplication de médias ne disposant pas d’une véritable organisation entrepreneuriale. Une situation qui, selon lui, appelle un meilleur encadrement juridique de la création et du fonctionnement des entreprises de presse.
Le troisième chantier porte sur l’adaptation du cadre juridique aux mutations technologiques, notamment face à la concurrence des grandes plateformes numériques internationales. Sur cette question, il a plaidé pour une meilleure protection des médias légalement établis et respectueux des dispositions en vigueur.
« Cette fédération, accompagnée de la HAC et du patronat, devrait aider les médias régulièrement installés, qui remplissent les critères et les conditions fixés par la loi, à résister à la concurrence déloyale. Parce que c’est une concurrence déloyale qui s’est établie au détriment de la presse traditionnelle régulièrement installée », a-t-il averti.
Un appel à l’unité et à l’autorégulation
Au-delà de ces trois priorités, Boubacar Yacine Diallo a exhorté les membres de la FEPAP-GUI à préserver leur unité et à privilégier le dialogue dans la défense des intérêts de la profession.
« Si vous réussissez à transcender tous les conflits qui peuvent surgir en votre sein et les conflits qui sont transportés du dehors pour vous faire éclater, vous gagnerez », a conseillé le président de la HAC.
Il a également insisté sur l’importance de renforcer les relations entre les organisations patronales et syndicales. Dans le même esprit, il a appelé à accélérer la mise en place de l’Observatoire de l’autorégulation des médias et à faire avancer le dossier relatif à la convention collective.
Pour lui, l’autorégulation constitue un levier essentiel pour prévenir les manquements professionnels et mieux protéger les acteurs du secteur.
« La meilleure façon de protéger un journaliste et un journal, c’est de faire de l’autorégulation », a-t-il rappelé, invitant les parties concernées à accélérer la mise en place de cet observatoire.
En réaction aux différentes orientations formulées par le président de la HAC, Amadou Tham Camara a réaffirmé la disponibilité de sa fédération à accompagner les efforts d’assainissement et de structuration de la corporation. Il a ainsi exprimé la volonté de la FEPAP-GUI de travailler en étroite collaboration avec l’institution de régulation.
Cette première rencontre entre les deux organisations ouvre ainsi la voie à un cadre de dialogue autour des principaux défis du secteur médiatique guinéen, entre assainissement de la profession, réformes réglementaires et recherche de solutions à la fragilité économique des entreprises de presse.

