
Au terme d’une journée d’interrogatoire devant la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), ce vendredi 30 octobre 2026, les avocats de Mandjan Sidibé et ceux de la partie civile ont livré des appréciations divergentes sur les débats.
Alors que la défense estime que son client a apporté des éléments de réponse aux faits qui lui sont reprochés, la partie civile considère que plusieurs questions relatives à la gestion financière de l’Office guinéen de publicité (OGP) restent à éclaircir.
Poursuivi pour des faits présumés de détournement portant sur 78 milliards de francs guinéens, l’ancien directeur général de l’OGP a notamment été interrogé sur sa gestion de la société et sur les conclusions du rapport de l’Inspection générale d’État (IGE), qu’il conteste.
À la sortie de l’audience, son avocat, Me Seydou Traoré, s’est déclaré satisfait du déroulement des débats. Il estime que cette comparution a permis à son client de présenter sa version des faits devant la juridiction.
« Aujourd’hui, nous avons eu l’occasion de nous exprimer librement sur un débat qui a fait tant de bruit dans la cité. Nous avons donné notre part de vérité. Au vu des débats, vous comprendrez que tout ce qui a été dit contre nous n’est pas fondé », a-t-il déclaré.
La défense a particulièrement insisté sur les conditions d’élaboration du rapport de l’IGE. Me Seydou Traoré estime que son client n’a pas été associé à la procédure de vérification pour présenter ses observations.
« Leur rapport doit être contradictoire. Or, Monsieur Mandjan n’a jamais été appelé pour donner sa version des faits », a-t-il soutenu.
L’avocat a également rappelé que l’OGP est une société anonyme régie par les textes de l’OHADA. Il a évoqué la certification des comptes de l’exercice 2022-2023 par un commissaire aux comptes, affirmant que les états financiers concernés avaient été transmis à la Cour des comptes sans qu’aucune irrégularité ne soit relevée, selon les éléments qu’il a présentés.
De son côté, Me Christophe Labilé Kolié, avocat de la partie civile, a mis l’accent sur les questions financières soulevées dans le dossier. Il estime que les explications de l’ancien directeur général doivent permettre de mieux comprendre les mouvements de fonds enregistrés pendant sa gestion.
Il a notamment évoqué les variations de la masse salariale, les marchés publics et les différentes dépenses effectuées au sein de l’OGP.
« Quand on gère, il faut pouvoir rendre compte et, lorsqu’il y a une procédure à suivre, il faut pouvoir la respecter », a déclaré l’avocat.
Me Christophe Labilé Kolié a également soulevé la question de l’utilisation des ressources de la société et des versements éventuellement effectués au profit de l’État guinéen, présenté comme son unique actionnaire.
Selon les chiffres que l’avocat de la partie civile a avancés à l’audience, sur un montant de 108 milliards de francs guinéens évoqué dans le dossier, 52 milliards auraient été consacrés à la masse salariale. Il estime que des précisions supplémentaires sont nécessaires sur les recettes, les dépenses et les paiements effectués durant la période concernée.
Au-delà de ces positions divergentes, les débats ont principalement porté sur la portée du rapport de l’Inspection générale d’État, la gestion financière de l’OGP et les justifications attendues sur les opérations concernées.
La Chambre de jugement de la CRIEF a finalement renvoyé l’affaire au 2 décembre 2026 pour la poursuite des débats.

