
Incroyable mais vrai, c’est un hangar de fortune, construit de manière artisanale, qui sert aujourd’hui d’unique école au village de Pounneya. Nous sommes en 2026, en République de Guinée, plus précisément dans le district de Yembering centre, situé à 8 kilomètres du chef-lieu de la sous-préfecture de Yembering, préfecture de Mali. Érigé en 2025, cet abri précaire abrite dans sa seule et unique salle les élèves de 1ère et 2ème années, tous encadrés par un seul enseignant, a appris Guinéenews de sources officielles.
« C’est une réalité, c’est un hangar qui a été construit par la population qui nous sert d’école actuellement. À part ce hangar, il n’y a aucune école dans le village, qui est la toute première école du secteur. Au fait, toutes les écoles sont à des kilomètres et les enfants de 05 ou 06 ans ne peuvent pas rallier ces écoles qui sont, pour les plus proches, à 04 kilomètres. Donc, nous, population, on s’est donné les mains pour que nos enfants étudient. Vous savez, notre génération n’est pas instruite à cause de ce genre de problèmes, parce que nos parents ne sont que des éleveurs et agriculteurs. Donc, on s’est dit qu’il faut éviter de perpétuer cette situation. Il faut que nos enfants brisent cet élan en allant à l’école », explique Barry Mamadou Aliou, président de l’Association des parents d’élèves (APAE) de Pounneya.
Sous le toit précaire de ce hangar, le silence n’est rompu que par la voix d’un unique enseignant et le murmure des leçons répétées en chœur. De nos jours, l’école mobilise 42 enfants.
« Dieu merci, la DSEE (Délégation sous-préfectorale de l’enseignement élémentaire) de Yembering nous a trouvé un enseignant cette année également. Et grâce à ça, les cours ont repris à Pounneya. C’est la 1ère et la 2ème année qui sont réunies dans une même salle de classe, qui est d’ailleurs l’unique salle. On n’a pas pu réaliser un deuxième hangar, donc ils se débrouillent tous dans ce hangar. Le même enseignant dispense les cours aux deux groupes pédagogiques », précise ce parent d’élève.
L’enseignant est payé à 100 % par la communauté locale selon Barry Mamadou Aliou.
« Chacun paie selon le nombre d’élèves qu’il dispose pour faire face aux honoraires de l’enseignant. Ceci est également une situation très pénible, car ce sont des personnes vivant essentiellement de l’agriculture et de l’élevage qui sont ici. Donc, comme vous pouvez l’imaginer, cultiver pour manger et payer les études de son enfant n’est pas une chose aisée. Mais c’est ainsi qu’on se débrouille pour mobiliser le salaire de l’enseignant », soutient le président de l’APAE.
Face à cette précarité, le village lance un appel pressant aux autorités et aux personnes de bonne volonté.
« Nous sollicitons l’aide des organisations et du gouvernement guinéen pour nous aider pour l’éducation de nos enfants. Nous ambitionnons de donner les mêmes chances de scolarisation à nos enfants, mais les moyens manquent beaucoup. Nous voulons vraiment que nos enfants étudient car c’est l’une des conditions essentielles de notre pays : envoyer les enfants à l’école. Voilà pourquoi nous avons créé cette école malgré nos maigres moyens », conclut-il
En se cotisant au franc près sur leurs maigres récoltes et leur élevage, les habitants de Pounneya accomplissent un devoir qui devrait être garanti à chaque enfant guinéen : l’accès à la connaissance. Mais la solidarité communautaire a ses limites face à l’immensité des besoins. Alors que 42 paires d’yeux continuent de scruter le tableau noir sous ce hangar précaire, une question demeure : jusqu’à quand l’avenir de la jeunesse de nos campagnes reposera-t-il uniquement sur les épaules de ceux qui ont déjà si peu ? Il est plus que temps que les autorités et les organisations partenaires entendent cet appel et transforment ce symbole de survie en une véritable école de la République.

