
Le procès opposant Ecobank Guinée aux huissiers de justice Me Sory Daouda Camara et Mandjou Sangaré s’est poursuivi ce lundi 12 octobre 2026 devant la chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). À l’audience, le représentant de la banque, Alexandre Koulémou, est revenu sur les circonstances d’une saisie-attribution de créances pratiquée en 2018 et ses conséquences judiciaires et financières pour l’établissement bancaire.
Directeur juridique adjoint d’Ecobank Guinée, Alexandre Koulémou a expliqué que l’affaire remonte à avril 2018. À cette époque, Mandjou Sangaré, alors stagiaire auprès de Me Sory Daouda Camara, s’était présenté dans les locaux de la banque pour lui signifier un procès-verbal de saisie-attribution de créances visant la société Africof.
Selon le représentant de la partie civile, la direction juridique d’Ecobank lui aurait demandé de fournir la preuve que l’ordonnance autorisant la saisie avait été préalablement signifiée au débiteur concerné.
La banque pensait alors que le stagiaire était parti chercher cette pièce. Elle aurait ensuite appris qu’il lui était reproché d’avoir refusé de recevoir le procès-verbal de saisie, a indiqué le témoin.
Cette situation a donné lieu à une procédure judiciaire contre Ecobank devant le tribunal de première instance de Kaloum. C’est au cours de cette procédure que la banque aurait découvert que l’acte avait été signifié par un clerc non assermenté, selon Alexandre Koulémou.
L’affaire a finalement abouti à une condamnation d’Ecobank par la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA) au paiement de deux millions de dollars. Le représentant de la banque a également évoqué un commandement de payer signifié à l’établissement, ainsi que trois saisies-attributions portant sur ses avoirs et ses véhicules.
Autre élément soulevé à la barre : les relations d’affaires entre Ecobank et la société Africof auraient cessé quatre ans avant les faits. Les comptes de cette société auraient déjà été clôturés dans les livres de la banque, a précisé le témoin.
Le parquet réclame deux nouvelles auditions
Après l’audition du représentant de la partie civile, le ministère public a sollicité la comparution de Me Halimé Saad Chalhoub et de Fatoumata Binta Maïga Camara.
Selon le parquet, leurs témoignages pourraient contribuer à éclairer davantage la Cour sur les faits poursuivis. Me Halimé Saad Chalhoub serait à l’origine de la créance réclamée à la société Africof, dont le recouvrement a conduit à la procédure judiciaire en cause.
Quant à Fatoumata Binta Maïga Camara, ancienne directrice juridique d’Ecobank au moment des faits, elle pourrait apporter des précisions sur les circonstances dans lesquelles le procès-verbal de saisie avait été présenté à la banque en avril 2018.
L’avocat de la partie civile ne s’est pas opposé à ces demandes. La défense, en revanche, a exprimé son désaccord, estimant que de nouvelles auditions risquaient de prolonger la détention des deux prévenus.
Après avoir entendu les différentes parties, la chambre de jugement a rejeté la demande de mise en liberté des deux huissiers. Elle a également jugé inopportune la comparution de l’ancienne directrice juridique d’Ecobank, avant de déclarer les débats clos.
Les plaidoiries prévues le 19 octobre
Me Sory Daouda Camara et Mandjou Sangaré sont poursuivis à la suite d’une plainte d’Ecobank Guinée pour des faits présumés d’escroquerie au jugement, de faux en écriture publique et authentique, d’usage de faux, d’usurpation de titre et de fonction, ainsi que de complicité.
À l’issue de l’audience de ce lundi 12 octobre, la Cour a renvoyé l’affaire au 19 octobre 2026 pour les réquisitions du ministère public et les plaidoiries des avocats.
