
Quelques semaines après la clôture de la 12ᵉ Assemblée générale de la Plateforme des Régulateurs de l’Audiovisuel des pays membres de l’UEMOA et de la Guinée (PRA-UEMOA-Guinée), la coopération entre les institutions de régulation des médias prend déjà une dimension opérationnelle.
Élu par acclamation à la présidence de l’organisation régionale, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC) de Guinée, Boubacar Yacine Diallo, a reçu ce samedi 26 septembre 2026, à Conakry, son vice-président, Ibrahima Manzo Diallo, président de l’Observatoire National de la Communication (ONC) du Niger.
La rencontre s’est tenue dans la salle de conférence de la HAC, en présence des commissaires et cadres des deux institutions de régulation. Cette visite de travail a permis aux deux responsables d’échanger sur les principaux défis auxquels sont confrontés les médias, notamment la désinformation, les dérives numériques et les bouleversements liés à l’intelligence artificielle.

Pour Boubacar Yacine Diallo, cette rencontre doit également permettre de renforcer les relations entre les deux institutions et de mettre l’accent sur la formation des professionnels des médias.
« Je voudrais vous rassurer que la HAC Guinée est tout à fait disposée à œuvrer ensemble pour une presse libre, mais une presse responsable. C’est notre rôle. […]
Cette visite a une double signification : la première, c’est établir des relations bilatérales entre nos deux institutions. Et nous avons décidé, dans ce domaine, de privilégier la formation des journalistes et des techniciens médias pour les préparer à non pas s’opposer aux acteurs des nouveaux médias, mais à trouver leur juste place, en diffusant des informations crédibles, recoupées, et en aidant la presse à faire face aux nouveaux défis technologiques, y compris l’arrivée de l’intelligence artificielle, la diffusion de discours de haine, de la désinformation et des attaques directes à la sécurité, à l’ordre public », a-t-il déclaré.

Le président de la HAC a également annoncé des échanges de professionnels entre les deux pays, notamment à travers des sessions de formation et d’immersion.
« Nous avons le devoir, et nous l’avons dit tous les deux, d’aider nos journalistes à se perfectionner. Donc très rapidement, des journalistes guinéens viendront à Niamey pour apprendre de leur expérience et, par la suite, d’autres du Niger viendront en Guinée pour implémenter leur expérience et prendre de nouvelles expériences ici », a-t-il annoncé.
L’intelligence artificielle et la désinformation au cœur des échanges
Au cours de la rencontre, le vice-président de la PRA-UEMOA et président de l’ONC du Niger, Ibrahima Manzo Diallo, a insisté sur les risques liés à la manipulation des contenus numériques et à l’utilisation de l’intelligence artificielle. « Une image peut être falsifiée. Une voix peut être imitée. Des paroles qu’une personne n’a jamais dites peuvent lui être attribuées et circuler avant toute vérification. Derrière ces manipulations, des réputations peuvent être détruites, des communautés dressées les unes contre les autres et la confiance publique profondément atteinte », a-t-il martelé.
Pour répondre à ces nouveaux défis, la délégation nigérienne a proposé de travailler autour de plusieurs axes, notamment le monitoring et la veille numérique, la lutte contre la désinformation, la formation continue des professionnels des médias et l’encadrement éthique de l’intelligence artificielle. « L’intelligence artificielle, elle peut faciliter la transcription, la recherche documentaire et l’analyse de volumes importants de contenus. Elle peut aussi, il faut le dire, produire des images trompeuses et imiter une voix et rendre plus difficiles la distinction entre un fait et sa fabrication. Je propose que nous travaillions à un référentiel commun sur son utilisation responsable… Le jugement humain doit conserver toute sa place dans l’appréciation des contenus », a souligné le président de l’ONC du Niger.
Liberté de la presse et responsabilitéAA
Les deux responsables ont par ailleurs réaffirmé leur attachement à la liberté de la presse, tout en insistant sur la nécessité d’une régulation fondée sur la responsabilité et l’éthique professionnelle.
« La liberté de la presse fait partie des biens que la régulation a pour mission de protéger. La qualité de notre action se mesurera aussi à la confiance des professionnels et à leur possibilité d’exercer leur métier avec responsabilité et indépendance. Nos peuples ont droit à une information qui respecte leur intelligence et leur dignité », a rappelé Ibrahima Manzo Diallo.
Vers un mémorandum d’entente entre la HAC et l’ONC
À l’issue des échanges, les deux institutions ont convenu de travailler à la finalisation d’un mémorandum d’entente assorti d’un plan d’action opérationnel sur 12 mois.

La mise en place d’un Comité technique conjoint HAC-ONC devrait notamment permettre d’assurer le suivi des activités, avec des sessions d’immersion professionnelle, un diagnostic comparatif des systèmes de monitoring ainsi que l’organisation de formations conjointes à Niamey et à Conakry.
Cette première rencontre bilatérale intervient dans le cadre de la nouvelle mandature de la PRA-UEMOA-Guinée, désormais présidée par la Guinée pour un mandat de deux ans.
La rencontre a été clôturée par la remise officielle des documents au President de I’ONC Niger par le Président de la PRA-UEMOA-GUINÉE.

