
À moins de deux semaines de la rentrée scolaire, le bras de fer se durcit entre le gouvernement et l’Intersyndicale de l’éducation. Alors que les syndicats menacent de perturber la reprise des cours, l’Exécutif affiche sa fermeté et entend appliquer à la lettre le protocole d’accord signé le 3 janvier 2026.
La rentrée scolaire 2026-2027 s’annonce sous haute tension. À quelques jours de l’ouverture officielle des classes, prévue le 5 octobre, l’Intersyndicale de l’éducation, regroupant notamment le SLECG, le SNE et la FSPE, brandit de nouveau la menace d’une grève si le gouvernement ne revient pas sur ses dispositions concernant le recrutement des enseignants contractuels communautaires.
Au cœur du désaccord : l’interprétation de l’article 7 du protocole d’accord signé le 3 janvier 2026 entre le gouvernement et les organisations syndicales de l’éducation.
Pour les syndicats, les enseignants contractuels communautaires ayant obtenu la moyenne lors des évaluations pratiques de classe devraient être recrutés sans avoir à passer par un nouveau concours. Ils considèrent donc que l’organisation d’un nouveau concours constitue une remise en cause des engagements pris par l’État.
Le gouvernement, lui, rejette cette lecture.
« Le protocole parle de priorité, pas d’intégration automatique »
Selon des sources proches du dossier, il n’est nullement question, dans le protocole, d’une intégration automatique des enseignants concernés dans la Fonction publique.
La formulation retenue dans l’article 7 prévoit que la situation des contractuels ayant participé aux évaluations pratiques soit examinée « en priorité lors du prochain engagement ». Pour les contractuels de Conakry, le texte les invite par ailleurs à se préparer aux prochains concours, pour lesquels ils doivent bénéficier d’une priorité lors de l’enregistrement.
Autrement dit, selon la lecture défendue par les autorités, priorité ne signifie pas dispense de concours.
C’est précisément sur cette distinction que repose aujourd’hui la position du gouvernement.
L’Exécutif refuse de modifier les règles du recrutement public
Alors que l’Intersyndicale dénonce ce qu’elle considère comme une violation du protocole d’accord, le gouvernement entend maintenir le processus de recrutement engagé.
Le ministère chargé de la Fonction publique a annoncé le recrutement de nouveaux enseignants, avec une première phase ouverte depuis le 21 septembre et qui doit se poursuivre jusqu’au 13 novembre 2026.
Pour l’Exécutif, le principe est clair : l’État peut accorder une priorité aux contractuels concernés, conformément au protocole, mais ne saurait pour autant supprimer les procédures de recrutement prévues par les textes.
Une source gouvernementale proche du dossier résume cette position avec fermeté : « Le concours aura bel et bien lieu. À ce jour, l’ensemble des points des protocoles d’accord est scrupuleusement respecté, et les chantiers restants poursuivent leur cours normal. Il en va de la responsabilité de l’État et de la rigueur administrative. »
Le gouvernement parle de pression, les syndicats de violation d’accord
Du côté de l’Intersyndicale, le ton est tout aussi ferme. Les responsables syndicaux estiment que le gouvernement revient sur un engagement qui devait permettre aux contractuels ayant déjà fait leurs preuves sur le terrain d’accéder à l’emploi public.
Le 21 septembre, les syndicats ont publiquement menacé de reprendre la grève si leurs revendications n’étaient pas satisfaites. Ils affirment notamment que les contractuels concernés ont déjà franchi plusieurs étapes, dont le recensement, la biométrie et l’évaluation pratique de classe.
Mais pour des sources proches de l’Exécutif, cette interprétation ne correspond pas au contenu du protocole. Elles considèrent que l’exigence d’un recrutement direct, sans concours, revient à demander au gouvernement d’aller au-delà de ce qui a été signé.
Dans cette lecture, la menace de grève à quelques jours de la rentrée est perçue dans les milieux gouvernementaux comme une pression syndicale destinée à obtenir une interprétation extensive de l’accord.
Un gouvernement qui veut éviter un précédent
Au-delà du seul dossier des enseignants contractuels, l’enjeu est également institutionnel.
Accepter aujourd’hui une intégration directe sans concours, alors que le protocole ne prévoit pas explicitement une telle dispense, pourrait créer un précédent dans la gestion des recrutements publics.
Le gouvernement semble donc avoir choisi de ne pas céder sur ce principe.
Cette position ne signifie toutefois pas que l’Exécutif ferme la porte au dialogue. Depuis la signature du protocole, des mécanismes de suivi ont été mis en place, notamment une commission chargée d’examiner la situation des enseignants contractuels non retenus. En février, le ministère de la Fonction publique avait demandé aux organisations syndicales de désigner leurs représentants au sein de cette commission.
Le désaccord actuel porte donc moins sur l’existence d’un engagement envers les contractuels que sur la nature exacte de cet engagement et ses modalités d’application.
Le compte à rebours est lancé
À quelques jours de la rentrée, chacun campe désormais sur sa position.
Les syndicats brandissent la menace d’une paralysie de l’école si le gouvernement ne revient pas sur le concours. Le gouvernement, lui, affirme qu’il n’entend ni renier le protocole du 3 janvier ni contourner les règles de recrutement dans la Fonction publique.
Une chose est désormais certaine : l’Exécutif ne semble pas disposé à reculer sous la pression.
Le dialogue reste officiellement ouvert, mais le rapport de force est engagé.
D’un côté, les syndicats veulent faire reconnaître leur lecture de l’article 7. De l’autre, le gouvernement entend faire respecter ce qu’il considère comme la lettre du protocole et maintenir le concours.
À moins de deux semaines de la rentrée, le véritable test sera désormais de savoir si les deux parties parviendront à trouver un compromis sans que les salles de classe ne deviennent le terrain d’un nouveau bras de fer social.

