
À quatorze jours seulement de la rentrée des classes fixée au 5 octobre prochain, le ciel s’assombrit au-dessus du système éducatif guinéen. Réunis en conférence de presse ce lundi 21 septembre 2026 au siège du SLECG, à Donka, les leaders de l’Intersyndicale de l’Éducation (SLECG, SNE et FSPE) ont dénoncé la violation du protocole d’accord du 3 janvier dernier et menacé de paralyser le secteur pré-universitaire sur l’ensemble du territoire national.
Alors que les autorités ministérielles prônent une « rentrée apaisée », le climat social entre le gouvernement et le corps enseignant est au bord de l’explosion. En cause : le non-respect des engagements pris en début d’année, en particulier la situation critique des enseignants contractuels dits « moyenneurs » et le blocage prolongé des salaires de plusieurs agents.
La pomme de la discorde : le recrutement direct des contractuels « moyenneurs »
Pour les représentants syndicaux, le gouvernement est revenu de manière unilatérale sur les termes de l’accord du 3 janvier 2026. L’article 7 stipulait pourtant clairement que la priorité au prochain engagement serait accordée aux enseignants contractuels communautaires ayant obtenu la moyenne lors des évaluations pratiques, sans repasser par un nouveau concours.
La Secrétaire générale du Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (SLECG), Kadiatou Bah n’a pas caché son amertume face à ce qu’elle qualifie de rupture de confiance : « Aujourd’hui est un grand jour. Ce jour marque l’expression de notre désagrément, de notre déception et de notre surprise face à nos partenaires sociaux. Ils nous ont fait croire et comprendre qu’à la rentrée, les classes reprendraient dans un climat apaisé […]. Mais hélas ! Qu’observons-nous aujourd’hui ? La violation flagrante de notre protocole d’accord signé le 3 janvier 2026 », a-t-elle déploré.
Pointant du doigt une injustice criante dans la répartition par zones géographiques, la syndicaliste rappelle que ces enseignants ont déjà satisfait à toutes les exigences administratives et pédagogiques : « Quand on parle d’un « prochain engagement », il ne s’agit pas d’un nouveau concours ni de la mise en place d’une commission pour statuer sur quiconque. Ces enseignants contractuels communautaires ont déjà franchi toutes les étapes : le recensement, la biométrie et le concours en pratique de classe […]. « Engagement » est différent de « concours », n’est-ce pas ? »
L’ouverture des classes menacée
Elle avertit par ailleurs que sans correction immédiate, la rentrée ne pourra matériellement pas avoir lieu dans plusieurs localités de l’intérieur : « Comment parler d’une rentrée paisible quand nos jeunes qui sont en classe à l’intérieur du pays restent à la maison ? Les écoles seront fermées », a martelé la syndicaliste.
Salaires bloqués et précarité : « L’enseignant guinéen est laissé pour compte »
Outre la question du recrutement, le blocage persistant des salaires de plusieurs enseignants depuis 2024 alimente la colère des syndicats. Une situation jugée inhumaine et injustifiable par Algasimou Barry, secrétaire général de la Fédération Guinéenne des Syndicats de l’Éducation (FSPE).
« Le salaire d’un enseignant est sacré ! On ne bloque pas un salaire pour le simple plaisir de le bloquer […]. Depuis 2024, des enseignants sont bloqués, des pères de famille. Certains ont rendu l’âme, d’autres sont malades aujourd’hui, alités. Il y a même eu des cas de divorce. Où est le social ? » alerte le syndicaliste.
Soulignant le rôle clé de l’éducation dans le développement de la nation, le leader de la FSPE regrette le mépris affiché selon lui envers la corporation : « Aujourd’hui, l’éducation guinéenne est laissée pour compte. L’enseignant guinéen est dans une situation précaire, nous n’avons aucune considération. La réalité, c’est cela ! […] Tant qu’on continuera à piétiner cette éducation, on ne parlera pas de développement. »
Un ultimatum clair : « La grève n’était que suspendue »
L’Intersyndicale de l’Éducation hausse le ton et prévient que la patience des enseignants a atteint ses limites. Si la grève avait été levée à la suite des négociations de décembre et janvier derniers, elle reste le principal levier d’action à la disposition des syndicats pour faire plier l’exécutif.
Algasimou Barry s’est voulu catégorique devant les journalistes et les enseignants mobilisés à Donka : « Nous allons brandir l’arme fatale. Si ce gouvernement ne cherche pas à débloquer la situation qui prévaut dans l’éducation […], c’est non négociable ! Si tous ces problèmes que nous venons de dépeindre ne sont pas satisfaits, la grève n’était que suspendue. Je le répète bien : la grève n’était que suspendue ! »
Appelant à un mot d’ordre d’inactivité plutôt qu’à des manifestations de rue, le syndicaliste conclut en lançant un appel solennel à la base : « Nos grèves sont civilisées. Si l’on n’est pas satisfait, personne ne descend dans la rue. On dit aux enseignants : « Restez à la maison. » […] Camarades enseignantes et enseignants de Guinée, restez mobilisés ! Ne cédez pas à l’intimidation, ne cédez pas à la peur. Restez à l’écoute de l’Intersyndicale de l’Éducation. Nous combattrons jusqu’au bout », a-t-il lancé.
À deux semaines de l’échéance du 5 octobre, la balle est désormais dans le camp du Ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Alphabétisation. Sans geste concret du gouvernement dans les prochains jours, l’année scolaire 2026-2027 pourrait débuter par des salles de classe désertes sur le territoire national.

