
Pour n’Gamet Conté, rencontrée au marché Niger de Conakry, l’interdiction est nécessaire.
« Moi, je suis pour l’interdiction. Regardez nos rues après les pluies, les sachets sont partout, dans les caniveaux, sur les routes et même dans les cours d’eau. On les utilise quelques minutes et après on les jette. À force, ça devient un vrai problème pour toute la population », estime-t-elle.
Derrière cette préoccupation environnementale se cache également une inquiétude liée à la santé. Certains consommateurs redoutent les conséquences de l’accumulation des déchets plastiques, notamment lorsqu’ils sont brûlés ou abandonnés dans l’environnement.
« Ce n’est pas seulement une question de saleté. Quand les sachets bouchent les caniveaux, l’eau stagne et cela peut favoriser certains problèmes sanitaires. Et quand les gens brûlent les déchets plastiques, la fumée qu’on respire nous inquiète aussi », souligne Fodé Sylla.
Mais tous les consommateurs ne voient pas la mesure du même œil.
Mamadou Camara, vendeur dans un marché de la capitale, estime que l’interdiction risque de compliquer le quotidien des petits commerçants.
« Sur le principe, je comprends qu’il faut protéger l’environnement. Mais dans la pratique, le sachet est moins cher et surtout très pratique. Quand un client achète quelques produits, on lui met ça rapidement dans un sachet et il repart. Si on nous impose des alternatives beaucoup plus chères, c’est le commerçant et finalement le consommateur qui vont payer », explique-t-il.
Pour Aminata Bah, le problème n’est pas forcément l’interdiction elle-même, mais son application.
« Je ne suis pas contre, mais je me demande comment cela va fonctionner. Est-ce que les alternatives seront réellement disponibles dans tous les marchés ? Est-ce que tout le monde pourra les acheter ? Si on interdit sans préparer suffisamment les consommateurs et les commerçants, il risque d’y avoir beaucoup de difficultés », estime-t-elle.
Une autre consommatrice, n’Naïssa Touré, mère de famille, se montre plus favorable, mais insiste sur l’accessibilité des solutions de remplacement.
« Je suis favorable à l’interdiction, mais il faut nous donner les moyens de changer nos habitudes. Si demain on interdit les sachets et qu’on ne trouve pas facilement des sacs réutilisables ou d’autres emballages à des prix abordables, ça risque d’être compliqué pour les familles », souligne-t-elle.
Pour Abdoulaye Keita, le changement pourrait également avoir des conséquences sur les petits commerces.
« Il faut penser aux petits commerçants et aux personnes qui achètent au quotidien. Les alternatives doivent être disponibles partout et surtout accessibles. On ne peut pas demander à quelqu’un qui a déjà des difficultés à joindre les deux bouts de payer beaucoup plus cher pour emballer ses achats », estime-t-il.
Mais pour d’autres, le changement des habitudes est justement devenu nécessaire.
« On doit commencer à utiliser les sacs réutilisables, les paniers, les gourdes et les contenants qu’on peut garder longtemps. On ne peut pas continuer à utiliser quelque chose pendant quelques minutes et le laisser dans la nature pendant des années », affirme Moussa Diallo, consommateur.
La question de l’eau fait également partie des préoccupations. Pour Kadiatou Camara, le remplacement des sachets par des bouteilles ou d’autres contenants ne doit toutefois pas faire oublier les règles d’hygiène.
« Si on remplace les sachets d’eau par des bouteilles, il faut aussi veiller à ce que l’eau soit bien conservée et que les bouteilles soient propres. Ce n’est pas seulement le contenant qui compte, il faut aussi regarder les conditions dans lesquelles l’eau est vendue dans les marchés », souligne-t-elle.
Pour certains consommateurs, enfin, l’interdiction ne réglera pas à elle seule le problème de l’insalubrité.
« Même si on supprime les sachets, il faut continuer à sensibiliser les gens. Il y a aussi d’autres déchets qui sont jetés dans les rues. Il faut donc améliorer la gestion des déchets et changer les comportements », estime Fatoumata Soumah.
À moins de 24 heures de l’entrée en vigueur de l’interdiction, les avis des consommateurs apparaissent donc plus nuancés. Si certains voient dans cette mesure une réponse nécessaire à la pollution plastique, d’autres redoutent les difficultés liées au coût, à la disponibilité des alternatives ou à son application dans les marchés.
Entre nécessité environnementale, habitudes de consommation et réalités économiques, l’enjeu sera désormais de savoir comment cette transition sera vécue au quotidien par les consommateurs et les commerçants.

