
Nouveau rebondissement dramatique dans l’affaire qui secoue l’appareil judiciaire guinéen. Au lendemain de sa comparution devant la chambre de jugement de la Cour suprême, l’ancien procureur de Dixinn, Algassimou Diallo, ne se trouve plus dans sa cellule de détention. L’alerte a été donnée ce samedi 5 septembre 2026 par son collectif d’avocats à travers un communiqué officiel particulièrement alarmant.
Selon les Conseils de l’ancien magistrat, l’ex-procureur aurait été retiré de son lieu de détention dans des conditions opaques. « Il résulte d’informations concordantes, recueillies ce jour, 5 septembre 2026, que Monsieur Algassimou DIALLO ne se trouve plus dans sa cellule depuis ce matin. Il aurait été extrait de son lieu de détention et conduit vers une destination inconnue. Les autorités judiciaires contactées déclarent n’en rien savoir et les démarches entreprises auprès de l’établissement pénitentiaire sont demeurées sans réponse. Aucun ordre d’extraction n’a été porté à la connaissance de la défense. Ni sa famille ni ses conseils ne savent où il se trouve »,martèle le communiqué.
Cette disparition intervient dans un contexte de fortes tensions procédurales, alors que l’ancien magistrat est poursuivi pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence pour discrimination » et « association de malfaiteurs ».
La défense pointe du doigt la précipitation des juges dans ce dossier et s’étonne de cette extraction impromptue. « Cette disparition survient au terme d’une procédure dont la défense a relevé la rapidité : saisi le 2 septembre 2026 d’observations, de demandes d’actes et d’une expertise de l’enregistrement sonore qui constitue l’unique preuve de l’accusation, le juge d’instruction rejetait le tout dès le lendemain et renvoyait Monsieur DIALLO devant les chambres réunies de la Cour suprême », souligne le collectif.
Revenant sur l’audience de la veille, les conseils de l’ancien procureur rappellent qu’aucun motif de santé ne saurait justifier un transfert médical clandestin : « À l’audience du 4 septembre, où il est apparu en bonne santé et n’a formulé aucune plainte, la demande de renvoi de l’affaire au mois d’octobre, fondée sur les vacances judiciaires des avocats, a été mise en délibéré au mardi 8 septembre 2026. Aucun motif médical ne saurait, en tout état de cause, expliquer une telle sortie de la maison d’arrêt. »
Face à cette situation inédite, les avocats d’Algassimou Diallo tirent la sonnette d’alarme et rappellent l’État guinéen à ses obligations juridiques. « Le Collectif exprime les plus vives inquiétudes pour la vie, la sécurité et l’intégrité physique de son client, détenu placé sous la garde et sous la responsabilité de l’État », indique la déclaration.
Le collectif somme ainsi les autorités d’apporter des réponses immédiates, sous peine d’engager des procédures à l’échelle internationale : « Le Collectif rappelle qu’il incombe aux autorités judiciaires, pénitentiaires et sécuritaires de répondre de toute personne placée sous la garde de l’État et d’assurer sa protection. Il leur demande instamment que le lieu où se trouve Monsieur Algassimou DIALLO soit immédiatement porté à la connaissance de sa famille et de ses conseils, et que ceux-ci puissent le rencontrer sans délai. À défaut, le Collectif saisira les instances nationales et internationales compétentes. »
Pour rappel, Algassimou Diallo avait été suspendu de ses fonctions le 18 août dernier, avant d’être révoqué par le Conseil supérieur de la magistrature le 20 août puis radié des effectifs du corps des magistrats par décret présidentiel le 21 août. Figure emblématique des tribunaux guinéens, il avait notamment conduit le réquisitoire du ministère public lors du procès historique des massacres du 28 septembre 2009.

