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Que sont-ils devenus ? : 27 ans après le drame, les parents de Yaguine Koïta et Fodé Tounkara reviennent sur un drame qui continue de hanter la conscience nationale guinéenne

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Vingt-sept ans après la tragique découverte des corps de Yaguine Koita et Fodé Tounkara dans le train d’atterrissage d’un vol Sabena à destination de Bruxelles, leurs familles brisent le silence. Entre sentiment d’abandon de l’État, promesses non tenues, zones d’ombre judiciaires autour d’un éventuel dédommagement et persistance de l’immigration clandestine, le père de Yaguine et le grand frère de Fodé reviennent sur un drame qui continue de hanter la conscience nationale guinéenne.

Guinéenews : Nous vous recevons pour parler après 27 ans, de cette tragique disparition des adolescents Yaguine Koita et Fodé Tounkara, dont vous êtes respectivement le père et le grand frère. Que ressentez-vous aujourd’hui, après que tout ce temps s’est écoulé ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Pour se dire la vérité, c’est que l’affaire de Yaguiné et Fodé a été oubliée, en principe non seulement par les autorités guinéennes, mais aussi le peuple de Guinée, ou les fans, pour lesquels les évènements passent vite. On ne parle plus de ces enfants, et pourtant l’immigration clandestine est toujours là, elle est toujours vivante.

Sékou Tounkara (Grand frère de Fodé Tounkara) : Je partage le même sentiment de désolation, dans la mesure où le gouvernement nous a abandonnés ainsi que le peuple de Guinée.

Guinéenews : Avant ce drame, aviez-vous soupçonné un jour, quelconque envie de la part de ces jeunes d’opter pour l’aventure ? 

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Personnellement du côté de Yaguine, je dirais non, bien que sa mère vivait en France, il n’a jamais exprimé quoi que ce soit, comme aventure, pour venir rejoindre sa maman ou venir un jour en Europe. Je ne l’ai jamais soupçonné.

Sékou Tounkara (Grand frère de Fodé Tounkara) : Je ne pouvais pas croire qu’un jour, mon frère allait prendre une telle décision.

Guinéenews : Ces adolescents parlent dans leur correspondance de non-respect des droits de l’enfant. Dites-nous, sur le plan familial, ces jeunes n’ont pas été victimes d’attitudes de frustrations ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : De mon côté non ! Ils étaient au nombre de quatre (4) ici, bien choyés. Du côté de ma famille, ils n’ont jamais été bafoués dans leur droit.

Sékou Tounkara (Grand frère de Fodé Tounkara) : Malgré que nous sommes issus d’une pauvre famille, nous n’avions jamais été maltraités.

Guinéenews : A date, à part les différentes raisons énumérées dans leur lettre (Leur lettre reste l’unique témoignage direct expliquant leur geste face au manque d’avenir et à la pauvreté.) autres déductions pour leur départ n’ont pas été découvertes ? 

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : C’est une réalité que nous vivons en Afrique, et en Guinée. Ce qui est d’ailleurs marquant dans cette situation, après leur mort, les autorités guinéennes ont reniés leurs nationalités, Tounkara et Koita, nous ne sommes pas Guinéens, ce sont des Maliens. Il a fallu l’intervention de la communauté guinéenne, et après avoir découvert leurs cartes d’identités scolaires (Collège Yimbaya et Franco-Arabe), pour se soulever afin de reconnaitre leurs origines guinéennes.

Guinéenews : Le contenu aussi réfléchi de la lettre retrouvée dans leurs affaires, ne pousse-t-il pas à croire, que ces jeunes adolescents immatures, avaient des contacts à l’ombre avant de poser cet acte ? Qu’en pensez-vous ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Cela est bien vrai, car, je pense que ce sont des faits, qui ont été bien planifiés. Après avoir eu des contacts, ils se sont dit « qu’il va falloir écrire une lettre pour essayer de stigmatiser notre départ, notre sacrifice… » Dans leur lettre, ils ont mentionné ce passage.

Guinéenews : Vous pensez qu’il n ya pas eu de complicités dans l’organisation de leur départ ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Il y a eu des complicités à partir de chez moi-même. Des locataires qui étaient chez moi, ont organisé leur départ. Il y a un monsieur qui travaillait dans un restaurant chez moi, et qui était manutentionnaire à Sabena à l’aéroport international de Conakry Gbessia d’alors.

Sékou Tounkara (Grand frère de Fodé Tounkara) : C’est un certain nommé monsieur Bangaly Camara.

Guinéenews : Y’a-t-il eu des poursuites à l’endroit de ces présumés complices ?

Sékou Tounkara (Grand frère de Fodé Tounkara) : Nous avions appris, qu’il a été condamné à cinq reprises et relâché autant de fois.

Guinéenews : Ces complices sont-ils encore en vie ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Non le nommé Bangaly Camara est décédé. Comme je vous l’ai dit tantôt, Yaguine avait laissé une lettre pour moi et dans laquelle, il a signalé le cas de son complice. Il a dit dans sa lettre : « il y a quelqu’un qui nous aide à partir, moyennant 100 dollars par personne ». Il a laissé cette lettre pour moi, et je n’ai pas compris sur place, que c’était ce nommé Bangaly, et c’est après les enquêtes que la police judiciaire l’a arrêté.

Guinéenews : Comment aviez-vous été informé du départ de Yaguine et Fodé ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : En principe, je mange ensemble avec mes enfants à 19 heures, sa sœur était déjà décédée, et son frère était chez sa grand-mère, et c’était au moment des vacances.

Ce jeudi, Yaguine m’a demandé le transport, pour aller voir sa grand-mère. Je lui ai dit d’attendre, et que je trouverai son transport.

A 19 heures, comme je ne lui avais pas donné le transport, j’ai cru qu’il n’est pas parti. Je l’ai appelé pour manger, et je ne l’ai pas vu, ni revu jusqu’aujourd’hui.

C’est le vendredi matin, que je suis allé chez sa grand-mère, et je fus accueilli par son petit frère. A la question de savoir, si Yaguine n’est pas venu ici, sa réponse fut négative, et c’est sa grand-mère qui répondit : « Yaguine est parti joindre sa maman ». Peut-être, elle le savait déjà, et moi je ne le savais pas.

Sékou Tounkara (Grand frère de Fodé Tounkara) : Pour la famille Tounkara, vous savez l’histoire de Yaguine et Fodé est une histoire d’amitié inséparable.

Ils ont pris le départ ensemble, Ils ne fréquentaient pas la même école, mais ils étaient inséparables dans le quartier.

Chaque jour et toutes les nuits, je partage le lit avec Fodé. Quand, j’ai constaté son absence, en compagnie de ma mère, nous avions cherché partout Fodé dans le quartier, ainsi que chez le papa Koita. Nos recherches furent vaines, et personnellement, c’est à travers la télévision TV5, que j’ai compris la situation.

J’ai été alerté par une connaissance, qui a reconnu la photo de Fodé. C’est ainsi que j’ai découvert Fodé, puisqu’il portait un de mes tee-shirts, que j’ai bien reconnu.

Guinéenews : Comment vous aviez découvert la lettre que Yaguine vous a laissée ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : C’est le samedi matin très tôt, que son frère cadet est venu, et il a fouillé dans les affaires de Yaguine, dans son placard juste au bord de l’étagère, il a vu cette lettre.

C’est ainsi qu’il a pris la lettre pour aller me joindre chez mon ami. J’ai lu la lettre, et je m’excuse chaque fois que je parle de cette lettre, les larmes me viennent aux yeux.

Guinéenews : Durant 27 ans, à part les noms Fodé et Yaguiné attribués au collège de Yimbaya, où ils étudiaient, y’a-t-il eu d’autres démarches entreprises par l’Etat pour honorer leurs mémoires ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Non ! Les seules démarches ont été effectuées par le Premier ministre d’alors (1999, Sidya Touré), qui a envoyé 500.000 GNF par le canal d’une de mes cousines, du nom de Mama Kassory (paix à son âme), et le ministère de l’enseignement qui a contribué à la hauteur de 75.000 GNF par famille.

Donc au total, nous avons reçus 575.000 FG par famille pour les obsèques.

Ce qui nous a peinés aussi, les deux familles avaient sollicité l’inhumation de nos enfants à Yimbaya. Mais à l’époque (1999), les infrastructures routières laissaient à désirer, et vous sentez la pauvreté dans cette localité.

Autres peines furent encore, les déclarations de notre radio nationale, qui ont traité nos enfants de monoparentaux, et quoi d’autres. Il a même été affirmé que cette lettre, a été l’œuvre des opposants et remise aux enfants. C’est suite à cette déclaration, que cette lettre fut acheminée, je ne sais si c’est à Dakar, ou Abidjan pour confirmer, si c’est l’écriture de Yaguine ou de Fodé.

Guinéenews : Des organisations non gouvernementales, ou autres structures détachées, se sont-elles intéressées à ce drame ? 

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Il y a eu la communauté Sainte Judéo, qui s’est beaucoup intéressée à la situation, il y a eu aussi Paolo Bianconi (ambassadeur de l’UNICEF) en Italie, qui nous a aidéS à mettre en place la fondation YAGUINE et FODE, dont il était le sponsor.

Guinéenews : Dites-nous, est-ce que les deux familles ont été dédommagées suite à ce drame ?

Sékou Tounkara (Grand frère de Fodé Tounkara) : Aucune de nos familles n’a été dédommagée, et malgré tous les efforts fournis dans ce sens.

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Il y a eu des propositions. L’Etat s’est intéressé, en ouvrant une enquête, dirigée par la police judiciaire pour savoir comment les enfants ont quitté.

C’est feu Thermite Mara, qui a été chargé de l’enquête, j’ai ici des documents, que je pourrai bien fournir concernant ces enquêtes.

Parmi ces documents, je détiens la procuration faite par la mère de Yaguine, qui vit en France, et exigée par Thermite Mara, et qui me délègue comme représentant face à la justice.

Il y a aussi la plainte, qu’on m’a dit de formuler contre SABENA, et que j’ai signée.

Ces enquêtes ont été menées pendant près de 2 mois, et finalisées en Guinée. Seulement, il faut souligner, que les policiers qui ont mené cette enquête, jusqu’au bout, et qui ont arrêté les complices, ont étés exclus, pour être remplacéS par un juge, et un autre policier complice, avec lesquels, ils sont partis en Belgique.

C’est après 2 semaines, que cette mission est revenue de la Belgique. Je l’ai su, puisque le jour du retour de Thermite Mara, j’étais à l’aéroport pour accompagner un journaliste japonais, qui était venu pour le même drame.

J’ai été informé de son retour par son épouse, et son chauffeur.

Avant cela, pendant les enquêtes, Thermite me recevait tous les jours ouvrables. Comme son retour a coïncidé à un dimanche, j’ai jugé utile d’attendre en début de semaine, et certainement en croyant, qu’il allait me faire signe. Ce qui n’a pas été fait.

Guinéenews : Dites-nous, est-ce que les deux familles ont été dédommagées suite à ce drame ?

Sékou Tounkara (Grand frère de Fodé Tounkara) : Aucune de nos familles n’a été dédommagée, et malgré tous les efforts fournis dans ce sens.

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Il ya eu des propositions. L’Etat s’est intéressé, en ouvrant une enquête, dirigée par la police judiciaire pour savoir comment les enfants ont quittés.

C’est feu Thermite Mara, qui a été chargé de l’enquête, j’ai ici des documents, que je pourrai bien fournir concernant ces enquêtes.

Parmi ces documents, je détiens la procuration faite par la mère de Yaguine, qui vit en France, et exigée par Thermite Mara, et qui me délègue comme représentant face à la justice.

Il y a aussi la plainte, qu’on m’a dit de formuler contre SABENA, et que j’ai signée.

Ces enquêtes ont été menées pendant près de 2 mois, et finalisées en Guinée. Seulement, il faut souligner, que les policiers qui ont menés cette enquête, jusqu’au bout, et qui ont arrêtés les complices, ont étés exclus, pour être remplacé par un juge, et un autre policier complice, avec lesquels, ils sont partis en Belgique.

C’est après 2 semaines, que cette mission est revenue de la Belgique. Je l’ai su, puisque le jour du retour de Thermite Mara, j’étais à l’aéroport pour accompagner un journaliste japonais, qui était venu pour le même drame.

J’ai été informé de son retour par son épouse, et son chauffeur.

Avant cela, pendant les enquêtes, Thermite me recevait tous les jours ouvrables. Comme son retour a coïncidé à un dimanche, j’ai jugé utile d’attendre en début de semaine, et certainement en croyant, qu’il allait me faire signe. Ce qui n’a pas été fait…….

Les jours suivants le retour de Thermite Mara de la Belgique, je suis venu à la DPJ, il m’a reçu difficilement, et dans son bureau, j’ai attendu près de 4 minutes arrêté, avant qu’il ne me donne de la place, et ce n’était pas habituel. Il m’avait toujours reçu avec toute la courtoisie. Ensuite il enchaina ceci : « Monsieur Koita, les enquêtes n’ont pas été fructueuses. La compagnie est prête à prendre en charge, toutes les deux familles, si c’est le cas du vol du 28 août, parce qu’un de leur avion a passé la nuit à Conakry par faute de carburant. Peut-être c’est pendant ce temps, que les enfants ont profité de ce moment-là. La compagnie dit ne pas pouvoir vous prendre en charge, si c’est pour le cas du vol du 2 août 1999…».

C’est ainsi que je lui ai dit, que ce n’est pas le problème d’argent qui me préoccupait, et c’est pour la mémoire des enfants. Quel que soit le problème, j’ai toujours gardé ma tête sur les épaules. Mon enfant m’a quitté le jeudi 2 aout 1999, et je n’oublierai jamais cette date.

Après ma réponse suite à son compte rendu de mission, il a enchainé ceci : « Vous pouvez partir, la justice va vous convoquer après, et vous allez en déduire avec eux  ».

Depuis ce jour, officiellement et judiciairement personne n’en a plus parlé jusqu’à présent.

Il est bon à souligner, bien avant cela, Thermite m’avait reçu avec la maman de Yaguine lors des enquêtes. Il nous a dit : « …cette affaire doit vous rapporter gros, et SABENA doit vous dédommager ».

Personnellement et consciencieusement, je me disais que mon enfant est clandestin dans cette affaire, et c’est nous même, qui devrons avoir des problèmes avec SABENA. Maintenant dire que SABENA devait nous dédommager, je n’avais jamais pensé à cela.

Ensuite, Thermite nous a dit : « N’allez pas de mains mortes ». Ce jour-là, j’ai fait la proposition de dédommagement d’un montant de 50 000 dollars par famille.

Nous étions dans le bureau d’un certain Thiam, qui était à l’époque Directeur national de la DPJ, et Thermite était son adjoint. Monsieur Thiam a ordonné à Thermite, d’aller avec nous pour faire les papiers. J’ai fait la plainte contre SABENA, et madame a fait la procuration, qui me mandatait, pour lui représenter devant la justice. (Toutes ces preuves d’écrits sont disponibles).

C’est après quelques temps, que Thermite a demandé à aller poursuivre les enquêtes rogatoires internationales en Belgique.

Guinéenews : Aucune de vos deux familles n’a perçu cette proposition faite de 50 000 dollars ?

Sékou Tounkara (Frère de Fodé Tounkara) : je confirme que nous n’avions rien reçu de cette proposition de 50 000 dollars.

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : En tous cas de mon côté, la famille n’a rien reçu. Certainement que SABENA a été menacé, et la compagnie a dû s’acquitter, ils sont revenus et se sont tus là-dessus, et puisque la suite des événements font douter.

Le doute s’est encore approfondi, quand par le canal d’un de mes cousins, nous sommes venus rencontrés l’ex-ministre de la justice Maitre Christian SOW, qui était l’avocat de SABENA. Je suis resté dans la salle d’attente, et quand il est ressorti du bureau de maitre Christian Sow, il m’a dit ceci : « Maitre Christian Sow, me dit de vous demander (les deux familles) qu’est-ce que les familles de Yaguine et de Fodé veulent encore ? ».

Guinéenews : Qu’est-ce que cette phrase a sous-entendu pour vous ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : En analyse, cela veut dire qu’il y’a eu déjà quelque chose de fait, sinon, à quoi bon de nous poser cette question.

Il y a eu des témoignages, une de mes tantes qui était gouvernante à la villa Syli de Bellevue, avait confirmée à notre marâtre : « Vos familles ne seront plus pauvres, puisqu’il y a des dispositions de dédommagements qui sont en cours… ». Nous avions toujours exigé à honorer la mémoire de nos enfants.

Guinéenews : Le drame a inspiré le cinéma, notamment le film guinéen Un matin bonne heure de Gahité Fofana et le film italien Il sole dentro. Quelles furent les relations entre vos deux familles et ces différents cinéastes ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Pour le film guinéen ‘’Un matin bonne heure à Conakry’’, je n’ai jamais rencontré le réalisateur de ce film, et je ne le connais pas. J’ai entendu parler du film, qui parle de mon enfant, je n’ai jamais vu le film, ni connu le réalisateur.

Quant au film ‘’Il sole dentro’’, j’ai la lettre que le réalisateur nous a adressée, vous pouvez l’avoir. Il nous a invités la maman de Fodé et moi jusqu’en Italie, nous avions même participé à quelques séquences du tournage du film.

Sékou Tounkara (Frère de Fodé Tounkara) : Je confirme aussi, que notre famille n’a jamais connu le réalisateur du nom de Gahité Fofana. Par contre, effectivement notre maman est allée en Italie avec le père Koita, sur invitation du réalisateur du film ‘’ll sole dentro’’.

Guinéenews : Quelles sont les relations qui ont existé depuis entre vous, et les ministères qui se sont succédés, et qui devraient s’intéresser au problème de Yaguine et Fodé ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : A cette époque, le ministère des affaires sociales était dirigé par Hadja Mariama Aribot. En collaboration avec ce ministère, la fondation ‘’ Lansana Conté pour la paix’’, qui avait comme secrétaire exécutif le jeune Bailo Diallo, avait organisé une cérémonie, à laquelle nous avions été conviés, puisqu’une partie de cet évènement rendait hommage à Yaguine et Fodé. Au début, nous avions catégoriquement refusé l’invitation, et c’est par après, que madame Hadja Mariama Aribot ait intervenue, que nous avions levé le pied. Ce jour, beaucoup de promesses ont été tenues, notamment la réalisation d’une stèle à l’aéroport de Conakry-Gbessia, portant le portait de Yaguine et Fodé. Toutes ces promesses sont restées dans leurs tiroirs.

Guinéenews : Pour immortaliser vos enfants, vous aviez créé la fondation ‘’Yaguine et Fodé’’. Qu’est-ce qui n’a réellement pas marché ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Après l’émotion internationale initiale, les promesses d’aides matérielles et financières des institutions publiques et des bailleurs ne se sont pas concrétisées dans la durée.

Nos familles frappées par le deuil, et non formées à la gestion d’organisations non gouvernementales, ont manqué d’accompagnement pour structurer et faire fonctionner la fondation.

Avec les années, la cause est passée d’une dynamique d’action concrète, à de simples commémorations ponctuelles, abandonnant la structure faute de soutien institutionnel.

Guinéenews : 27 ans après, avez-vous un cri de cœur, qu’exigerez-vous aujourd’hui, pour une totale réhabilitation de Yaguine et Fodé ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Il y’a plus de 10 ans, que j’ai proposé aux autorités, le soutien pour la création d’une journée internationale contre l’immigration. Il y a plusieurs journées qui sont célébrées de par le monde (le VIH, le Cancer, et autres). Le drame Yaguine et Fodé fut porté aux nations-unies, et rien n’en a été, et pourtant jusque-là, ce sujet brûlant, continue d’endeuiller des familles.

Guinéenews : Pouvez-vous nous décrire vos différentes conditions de vies actuelles ?

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Moi je dirais qu’on est pauvres, mais pas misérables. Si notre Etat nous avait écoutés, et qu’il avait porté le cri de cœur de Yaguiné et Fodé, je pense que l’immigration n’allait certes pas disparaitre complètement, mais ce fléau allait s’amoindrir.

Sékou Tounkara (Frère de Fodé Tounkara) : Ce drame a réellement impacté sur mon éducation et celle de nombreux membres de ma famille. J’étais en classe de 10ème année au collège du Camp Alpha Yaya, quand ce drame se produisait, et cela a perturbé pendant 3 ans mes études, partant d’une enquête à une autre, puisque mes deux parents n’étaient pas instruits, et il fallait être là.

Finalement, il a fallu que je me réoriente dans une école professionnelle de la marine. Je suis mécanicien marin, et pour survivre aujourd’hui, je fais le gardiennage au compte d’une société au port autonome de Conakry. Je lance un appel à l’Etat, afin de faire face à notre situation.

Guinéenews : Quels messages avez-vous à lancer à l’endroit de toutes ces autorités, organisations non gouvernementales, associations impliquées dans la gestion de ce dossier Yaguine Koita-Fodé Tounkara.

Liman Koita (Père de Yaguine Koita) : Je me dis qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Yaguine et Fodé sont partis, l’immigration continue. Je pense que toutes ces autorités, organisations non gouvernementales, associations impliquées, peuvent toujours réagir pour réhabiliter la mémoire de Yaguine et Fodé.

Entretien réalisé par LY Abdoul pour Guinéenews.

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