
Cette étape historique marquera un tournant dans la marche de l’entrepreneur nigérian, Aliko Dangoté, dans la mise en œuvre de sa vision consistant à faire de son groupe, un acteur majeur du développement économique de l’Afrique.
Certains observateurs comparent Aliko Dangoté et son groupe, aux grands entrepreneurs américains des années 1800 et 1900 tels que les J.P Morgan, les Andrew Carnegie, Henry Ford etc., pour avoir été les acteurs structurants du capitalisme américain.
Qu’est ce qui va réellement se passer en octobre et qu’est ce que cela signifie réellement pour l’économie nigériane et régionale ?
UNE IPO HISTORIQUE À FORT IMPACT NATIONAL ET REGIONAL
L’introduction en Bourse imminente de la « Dangote Petroleum Refinery & Petrochemicals » en Octobre 2026 sur la Nigerian Stock Exchange NGX (la bourse du Nigeria) est considérée par les observateurs, comme étant la plus grande introduction en Bourse de l’histoire financière de l’Afrique.
C’est en quelque sorte, l’acte de naissance d’un marché de capitaux africain de nature industrielle et secondaire. L’Afrique entre dans l’ère ou elle est capable de financer ses propres infrastructures majeures.
L’entreprise espère lever environ 5 milliards de dollars, sur la base d’une valorisation globale estimée entre 40 et 50 milliards USD.
L’entreprise a déjà déposé une demande officielle auprès de l’autorité de régulation des marchés boursiers nigériane (la SEC nigériane) et elle doit publier un prospectus en septembre 2026, pour une clôture des souscriptions en octobre 2026.
Il faut savoir que l’entreprise a déjà, dans le cadre d’un placement privé, levé 2.5 milliards de dollars.
En termes d’impact sur le développement des marchés de capitaux africains, cette operation de la Dangote Refinery marque un choc de liquidité et de profondeur pour la NGX (Bourse Nigeriane) dont la capitalisation boursière tourne autour de 60 à 70 milliards de dollars. L’opération du raffineur représente 8% donc de la valeur totale de l’indice Nigérian.
Les experts considèrent que cette opération va certainement attirer les fonds indiciels mondiaux (fonds souverains et fonds de pension) lesquels, pour cause de manque de profondeur, « ignoraient » la place de Lagos.
Cette opération est aussi un levier d’intégration régionale et panafricaine. Pourquoi ? Eh bien parce que la bourse nigériane ne peut absorber toute seule une telle opération.
Il y a donc une stratégie de cotation et de distribution panafricaine qui a été conçue. En effet, il y a des échanges avec la bourse sudafricaine (JSE) les places Kenyanes Rwandaises et Égyptiennes pour une cotation secondaire via des certificats de dépôt.
Le kenya par exemple, vise une mobilisation de son épargne locale autour de 500 millions usd, auprès notamment de ses fonds de pension nationaux pour participer à l’offre.
Le projet d’interconnexion des bourses africaines (African Exchanges Linkage Project) va subir un coup de dynamisme. Ce dernier vise à fluidifier l’achat d’actions transfrontalières, y compris depuis la zone BRVM/UEMOA.
Cette opération boursière historique est considérée par certains observateurs comme étant l’IPO du peuple dans la mesure ou le Groupe Dangote a clairement affiché sa volonté de faire participer les investisseurs particuliers africains. Le principal argument de vente attractif est la promesse de distribution de dividendes en dollars américains, offrant ainsi aux épargnants africains, un outil de couverture contre l’inflation et la dépréciation des monnaies locales (notamment le Naira nigérian) pour le grand public.
LE MOMENTUM HISTORIQUE DE SIMANDOU
Notre pays traverse une étape de son histoire récente, marquée par une transformation économique sans précédent, portée notamment par la mise en exploitation de mégaprojets industriels et miniers d’envergure mondiale, au premier rang desquels le projet Simandou.
Toutefois, force est de constater que le modèle de financement actuel de notre économie présente deux limites structurelles majeures que sont (i) notre dépendance exclusive aux capitaux étrangers pour les grands projets, entrainant une fuite importante de la valeur ajoutée et des dividendes hors de notre pays (ii) un sur-rationnement du crédit bancaire local, qui peine à financer à long-terne les infrastructures publiques et le développement de nos PME.
Au regard donc de cette réalité susmentionnée, le développement d’un marché de capitaux souverain n’est plus une option théorique mais plutôt un impératif d’ordre stratégique.
La réussite de Maroc en matière de développement de place financière comme outil de financement de l’économie, doit inspirer la Guinée. Il est grand temps pour notre pays de se doter des outils financiers lui permettant de capter l’épargne locale et internationale au service de son autonomie financière.
QU’APPORTERAIT UN MARCHÉ DE CAPITAUX À LA GUINÉE ?
Une telle perspective permettrait à notre pays de faire face à plusieurs défis qui se présentent à son économie : (i) En obligeant ou en incitant fortement les multinationales présentes dans nos frontières à coter une partie de leur capital (10% à 15%) à Conakry, cela permettrait à l’État ainsi qu’à des structures comme la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, ainsi qu’aux citoyens de devenir actionnaires de nos ressources minérales. Le principe de souveraineté économiques cher aux plus hautes autorités du pays, se verrait ainsi conforté (ii) l’État disposerait ainsi d’un moyen non-inflationniste de se financer. En effet, permettre au trésor public d’émettre des obligations souveraines à long-terme pour financer les infrastructures (routes, énergie, hôpitaux) en mobilisant l’épargne nationale plutôt qu’en recourant à l’endettement extérieur en devises (iii) Favoriser l’émergence de champions nationaux en offrant aux entreprises privées guinéennes une alternative aux taux d’intérêts bancaires élevés en leur permettant de lever des fonds propres pour moderniser leurs outils industriels. (iv) La présence d’un marché boursier permet de diffuser la culture de la transparence financière, de l’audit et de la bonne gouvernance au sein du tissu économique national, ce qui va grandement moderniser la gouvernance.
QUELLE ARCHITECTURE FINANCIERE POUR LA GUINEE ?
Voici ci-après, un choix d’options que notre pays pourrait envisager :
| Critères | Choix A : Création d’une Bourse Nationale (Modèle Maroc/Ghana) | Choix B : Intégration / Double cotation (Modèle BRVM/Afrique de l’Ouest) |
| Souveraineté | èTOTALE : Contrôle absolu de la réglementation et de la devise (Franc Guinéen) | è PARTAGEE : Soumission à des règles d’une zone monétaire tierce |
| Coût de départ | èÉLEVÉE : Nécessite des infrastructures technologiques et réglementaires. | è FAIBLE : Utilisation d’une plateforme déjà existante |
| Attractivité IDE (Investissements Directs Étrangers) | è PROGRESSIVE : Nécessite du temps pour les fonds mondiaux | è IMMEDIATE : Accès direct à un un pool d’investisseurs régionaux et internationaux |
Cependant, une approche hybride serait conseillée par les experts. La création d’une Bourse des Valeurs de Conakry (BVC) concentrée sur les actifs miniers ainsi que les titres publics en GNF, tout en signant des accords d’interconnexion avec la BRVM, la Bourse de Casablanca, la Bourse de Lagos, JSE, le Kenya, l’Égypte etc., à l’effet d’attirer de la liquidité internationale.
L’IPO de la raffinerie Dangote marque la maturité des bourses africaines, prouvant qu’elles peuvent financer de grands projets d’infrastructure industriels par des capitaux domestiques plutôt que par de la dette extérieure.
Un marché de capitaux en République de Guinée constitue le maillon manquant de la chaine de transformation de notre potentiel industriel et géologique en prospérité financière et inclusive. L’État guinéen dispose de l’opportunité historique d’impulser cette réforme pour une souveraineté économique renforcée et durable.
Abdoulaye Diallo
Économiste.
Chef de Cabinet au ministère de l’Industrie et du Commerce de la République de Guinée.

