

Fondée en 2013 et basée à Shanghai, Xiaohongshu revendique une croissance rapide de sa communauté d’utilisateurs au cours de la dernière décennie.
« En 2018, nous avions 50 millions d’utilisateurs actifs mensuels. En 2019, nous avons atteint 100 millions, puis 200 millions en 2021 et 400 millions en 2025 », a expliqué ZHANG Xinbo.
Selon le responsable, ces quelque 400 millions d’utilisateurs actifs mensuels, ou MAU (Monthly Active Users), se trouvent aussi bien en Chine que dans d’autres pays.
Articles, photos et vidéos pour raconter son quotidien
Face aux journalistes africains, le responsable a également présenté les principales possibilités offertes par l’application. RedNote permet notamment de publier des textes, des photos et des vidéos autour de la vie quotidienne, des expériences personnelles, des centres d’intérêt ou encore des réflexions de ses utilisateurs.
La plateforme permet également à ces derniers de découvrir différents contenus ainsi que des marques chinoises et internationales.
Pour Xiaohongshu, l’Afrique représente aussi un espace où RedNote souhaite renforcer sa présence. ZHANG Xinbo a ainsi lancé une invitation aux utilisateurs du continent. « Nous souhaitons vraiment accueillir nos amis africains sur RedNote et les encourager à partager leur vie quotidienne, leurs expériences et leur culture », a-t-il déclaré.
L’ambition affichée est également de faire de la plateforme un espace de découverte réciproque entre les populations chinoises et africaines. « Ils pourront découvrir la vie quotidienne des utilisateurs chinois sur RedNote. Nous espérons ainsi permettre aux utilisateurs africains et chinois de mieux se connaître, d’apprendre les uns des autres et d’approfondir leur compréhension mutuelle », a-t-il ajouté.
Cabrel Domche : « Nous devons raconter nous-mêmes nos histoires »
Présent à la rencontre, le journaliste financier et influenceur camerounais Cabrel Domche fait partie des créateurs africains déjà actifs sur la plateforme. Installé en Chine depuis 2018, où il a suivi des études jusqu’à l’obtention d’un Master en journalisme financier, il a ensuite travaillé pour Honor comme expert en localisation avant de créer sa propre entreprise.
Son arrivée sur RedNote remonte à la période de la pandémie de Covid-19. Pour lui, le développement de la plateforme représentait une opportunité pour les créateurs africains, mais surtout un moyen de participer à la construction d’un autre récit sur le continent. « J’ai toujours pensé que nous, Africains (et je ne représente pas seulement le Cameroun, mais le continent africain) avons une mission importante : changer le récit sur l’Afrique », explique-t-il.
À ses yeux, l’un des problèmes réside dans le fait que l’Afrique continue très souvent d’être racontée de l’extérieur. « Que ce soit dans les médias occidentaux ou maintenant dans certains médias chinois, beaucoup de gens racontent nos histoires à notre place. Mais nous n’avons pas suffisamment de personnes pour raconter nous-mêmes nos propres histoires », regrette-t-il.
C’est dans cette logique qu’il commence à produire sur RedNote des contenus consacrés à la culture africaine, à la musique, aux artistes et à différents aspects de la vie sur le continent.
Au fil du temps, ses publications gagnent en visibilité, notamment grâce aux recommandations de la plateforme. Une expérience qui lui permet également, dit-il, de contribuer à une meilleure connaissance du continent auprès du public chinois.
Une niche pour les contenus africains
Pour Cabrel Domche, la présence encore limitée des contenus consacrés à l’Afrique constitue paradoxalement une opportunité pour les créateurs du continent. « La culture africaine et l’Afro-dance ne constituent pas encore une grande niche sur l’application », fait-il remarquer.
Il estime également que le fonctionnement de RedNote peut permettre à des créateurs qui ne disposent pas encore d’une importante communauté d’obtenir de la visibilité.
« Vous n’avez pas nécessairement besoin d’être déjà un grand influenceur. Si vous produisez du bon contenu, la plateforme peut vous donner du trafic », explique-t-il.
L’influenceur évoque aussi les mécanismes de monétisation que RedNote continue de développer. Il y voit une piste intéressante pour les créateurs, même si ces possibilités sont encore en évolution.
« L’Afrique n’est pas le futur, l’Afrique est le présent »
Au-delà de la création de contenu, Cabrel Domche insiste sur un autre enjeu : l’adaptation des entreprises étrangères aux réalités africaines. Pour lui, s’implanter sur le continent ne doit pas se limiter à y commercialiser des produits. Les entreprises doivent apprendre à comprendre les sociétés auxquelles elles s’adressent.
« Localiser un produit ne consiste pas simplement à savoir où l’on se trouve. Cela signifie comprendre la culture locale, la respecter et tenir compte des normes et des réalités du pays », soutient-il. Une approche qu’il considère indispensable pour les entreprises chinoises ou internationales souhaitant conquérir les marchés africains. Et son message se veut sans ambiguïté : « L’Afrique n’est pas le futur, l’Afrique est le présent. »
La séance de présentation organisée à Beijing dans le cadre de la Semaine culturelle audiovisuelle Chine-Afrique 2026 aura ainsi permis aux médias africains de découvrir davantage l’écosystème RedNote, mais aussi de poser la question de la place que les créateurs du continent pourraient occuper sur une plateforme qui revendique désormais 400 millions d’utilisateurs actifs mensuels.

