
Dans les archives judiciaires et les récits qui entourent le grand banditisme à Conakry, certains noms ont traversé les décennies. Derrière ces noms se cachent des trajectoires souvent marquées par les arrestations, les condamnations, les récidives et, parfois, des destins définitivement brisés.
Parmi ces figures, Mamady Kaba, alias « Ivoirien », et Thomas Félix Katty occupent une place particulière. Deux parcours différents, mais une même constante : une plongée progressive dans la criminalité, jusqu’à des condamnations qui ont fini par les éloigner durablement de la société.
Ivoirien, de dix ans de prison à la perpétuité
Dans la nébuleuse du grand banditisme de Conakry, Mamady Kaba, connu sous le surnom d’« Ivoirien », n’est peut-être pas le nom qui revient le plus souvent. Pourtant, son parcours judiciaire raconte à lui seul, plusieurs décennies d’une lutte acharnée entre la justice et les réseaux criminels de la capitale.
En 1995, alors que Conakry est secouée par un procès retentissant contre plusieurs figures du milieu, Ivoirien est condamné à dix ans de réclusion pour recel. Une première lourde sanction qui devait, en principe, mettre un coup d’arrêt à son parcours délinquant. Mais après près d’une décennie dans les géôles, il retrouve la liberté en 2004. Cette liberté sera de courte durée.
En 2009, Mamady Kaba retombe dans les filets de la justice. Cette nouvelle arrestation marque un tournant beaucoup plus sévère dans son parcours judiciaire. Cinq ans plus tard, en 2014, le verdict tombe : la réclusion criminelle à perpétuité, pour recel et complicité de vol.
De dix années de prison à une peine sans limite de temps, le parcours d’Ivoirien illustre la mécanique implacable de la récidive. Une trajectoire commencée dans les années 1990 et qui s’est progressivement refermée derrière les murs de la prison.
Thomas Félix Katty : quand la prison devient une école du crime
L’histoire de Thomas Félix Katty est encore plus singulière. Né en 1974, il est issu d’un milieu qui, à première vue, semblait devoir le tenir éloigné du grand banditisme. Descendant d’un souverain qui a marqué l’histoire du Rio Pongo, Thomas Katty grandit dans une famille d’intellectuels, connue et respectée, aussi bien à Conakry qu’à Boffa.
Il avait donc, en apparence, tous les atouts pour emprunter une trajectoire différente. Pourtant, ses premiers pas dans la délinquance vont progressivement l’éloigner de cet environnement.
À ses débuts, Thomas Katty n’est pas encore le gangster que les années suivantes vont révéler. Il est décrit comme un petit voleur de quartier, s’attaquant à des biens de faible valeur, notamment des vêtements.
L’épisode de l’attaque de Photo Star à Madina est révélateur de cette époque. Alors que des échanges de tirs opposent Kalil »le Général » aux agents de sécurité, Thomas prend la fuite. La peur prend le dessus. Il n’a pas encore le profil ni le sang-froid des grands braqueurs qu’il deviendra plus tard.
Mais quelque chose le distingue déjà : son intelligence et son niveau d’instruction. Avec feu Denka Mansaré, il figure parmi les accusés les plus instruits du groupe. Puis vient le premier grand basculement.
Janvier 1995 : la première condamnation
En janvier 1995, Thomas Félix Katty est arrêté après avoir été dénoncé par Kalil, son acolyte, décédé dans la nuit du 31 décembre 1994. Son implication dans plusieurs opérations lui vaut d’être traduit devant la justice. Il est condamné à sept ans de prison, une peine qu’il purge à Kindia.
Mais cette première incarcération, qui aurait pu constituer un temps de rupture et de réinsertion, va produire l’effet inverse. La prison devient son école. Depuis sa cellule de détention, Thomas Félix Katty acquiert de nouvelles connaissances, rencontre d’autres profils criminels et gagne progressivement en assurance. Lorsqu’il retrouve la liberté, il n’est plus exactement le même homme. Il ressort donc de prison avec une expérience nouvelle et une détermination renforcée.
Du petit voleur au braqueur
À peine libéré, Thomas replonge. Mais cette fois, le niveau change. Les petits larcins laissent place aux vols à main armée. Celui qui, quelques années plus tôt, pouvait prendre la fuite, face au danger, devient progressivement un acteur aguerri du grand banditisme. Son ascension est rapide. Mais elle sera, elle aussi, brutalement interrompue.
De nouveau arrêté, Thomas Félix Katty voit son passé judiciaire peser lourd dans la balance. La justice lui inflige cette fois une peine de vingt ans de prison. Il purgeait cette condamnation à la Maison centrale de Conakry jusqu’au transfèrement des pensionnaires de cette concession carcérale survenu récemment.
Un destin brisé
L’histoire de Thomas Félix Katty interpelle autant par sa trajectoire que par son point de départ. Comment un homme issu d’une famille cultivée, descendant d’une figure royale et disposant d’un potentiel intellectuel certain, a-t-il pu progressivement devenir un criminel aguerri ?
Son parcours rappelle que le basculement vers la criminalité ne se fait pas toujours en un jour. Il peut être le résultat d’une succession de choix, de mauvaises fréquentations, d’opportunités manquées et d’un environnement qui finit par renforcer les mauvaises trajectoires.
Chez Thomas Katty, la prison aurait pu être une parenthèse. Elle est devenue un tournant.
De petit voleur à braqueur, de l’arrestation à la condamnation, son histoire raconte moins une ascension qu’une chute. Celle d’un homme qui avait, semble-t-il, toutes les cartes en main, mais qui les a progressivement jouées contre lui-même.
Mamady Kaba Ivoirien et Thomas Félix Katty. Deux hommes, deux trajectoires, deux condamnations. Et en taule, une même réalité : dans le grand banditisme, la liberté peut parfois se perdre progressivement, jusqu’au jour où elle ne revient plus.

