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Fraude aux examens en Guinée : Pr Bano dévoile les failles d’un système à bout de souffle

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Invité ce mercredi 19 août 2026 sur le plateau de l’émission Guinée Today, diffusée sur Télé24, l’ancien ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation, Pr Bano Barry, a livré un diagnostic sans concession des défaillances qui minent l’organisation des examens nationaux en Guinée.

Fraudes, fuites de sujets, failles dans la chaîne de distribution des épreuves, candidats fictifs et insuffisances technologiques : l’ancien ministre a passé en revue plusieurs pratiques qui, selon lui, fragilisent la crédibilité du système d’évaluation scolaire. Il plaide pour une réforme profonde et une digitalisation progressive du processus.

Une compétition « déloyale » et le souvenir du « Bac Avaria »

Pour le Pr Bano Barry, la fraude aux examens ne constitue pas une simple indiscipline individuelle. Elle remet en cause le principe même d’égalité entre les candidats.

« Lorsque vous avez un brouillon ou une formule dans votre poche et que votre voisin ne l’a pas, vous êtes dans une situation de compétition déloyale. C’est un poison pour un système où tous les élèves sont censés concourir dans les mêmes conditions », a-t-il déploré.

Revenant sur l’histoire des examens nationaux en Guinée, l’ancien ministre a rappelé que les fuites de sujets ne sont pas un phénomène nouveau. Il a notamment évoqué le célèbre scandale du « Bac Avaria », survenu sous le régime de Lansana Conté.

« Sous Lansana Conté, il y a eu fuite de sujets. Le Bac Avaria, on l’a appelé comme ça. Il y a eu des fuites massives. Elles étaient tellement importantes qu’on considérait que les sujets se vendaient au marché Avaria », a-t-il expliqué.

Selon lui, malgré l’ampleur de la fraude, les autorités de l’époque n’avaient pas décidé de reprendre les examens, sous la pression des élèves.

L’ancien ministre a également affirmé que, lorsqu’il était à la tête du département de l’Éducation en 2020, certaines fuites internes lui auraient été dissimulées par des cadres de son administration.

Une chaîne de distribution de plus de 250 personnes

Pour Bano Barry, l’une des principales failles du système réside dans le caractère essentiellement manuel de la conception et de l’acheminement des sujets.

« Pourquoi y a-t-il des fuites de sujets ? C’est parce que la chaîne des sujets en Guinée, jusqu’à présent, de la conception à la salle de classe, implique plus de 250 personnes. C’est une chaîne humaine trop lourde », a-t-il expliqué.

Selon son récit, les enseignants proposent les sujets, qui sont ensuite transmis par les directions préfectorales et communales de l’éducation à Conakry. L’Inspection générale procède à leur sélection et à leur correction avant que les sujets retenus ne soient transmis aux responsables chargés de leur choix et de leur impression.

Une fois imprimées, les épreuves sont placées dans des enveloppes et des malles avant d’être transportées à travers le pays. Elles transitent notamment par les autorités préfectorales et les services de sécurité avant de parvenir dans les centres d’examen.

« Quand un sujet passe par autant de mains, de malles et de transports interurbains, le risque zéro n’existe pas », a-t-il estimé.

Des « candidats fictifs » pour gonfler les budgets ?

L’ancien ministre a également soulevé la question de la gestion des effectifs et des budgets consacrés à l’organisation des examens.

Selon lui, les budgets étant calculés sur la base du nombre d’inscrits, certains acteurs pourraient être tentés de créer des « candidats fictifs » afin de gonfler les enveloppes financières.

Cette pratique, qu’il présente comme une piste d’explication au nombre important d’absents régulièrement enregistré lors des examens, mériterait, selon lui, une attention particulière des autorités.

Les cinq visages de la fraude

Interrogé sur les différents acteurs susceptibles d’être impliqués dans les mécanismes de fraude, Pr Bano Barry a identifié cinq catégories.

Il cite notamment :

  • des cadres administratifs intervenant au cœur de la chaîne de gestion des examens ;
  • des enseignants organisant des cours de révision ou créant des groupes WhatsApp payants pour diffuser des informations ou des sujets frauduleux ;
  • certains membres du personnel chargés de la surveillance et du secrétariat, notamment dans la gestion des procès-verbaux et des copies ;
  • des parents d’élèves qui chercheraient à acheter la réussite de leurs enfants ;
  • et, enfin, les candidats eux-mêmes.

Les « triplants », un risque de contagion de la fraude

L’ancien ministre s’est particulièrement inquiété du cas des candidats qui se présentent plusieurs fois au baccalauréat.

« Ne mettez jamais les « triplants » dans les mêmes centres que les primocandidats ! Ils n’ont ni peur ni honte, ils n’ont plus rien à perdre », a-t-il averti.

Selon lui, la présence de candidats récidivistes dans les mêmes salles que des élèves qui composent pour la première fois pourrait favoriser la banalisation et la propagation des pratiques frauduleuses.

La digitalisation comme solution

Pour sortir de ce système qu’il juge vulnérable, Pr Bano Barry préconise une modernisation profonde de l’organisation des examens, notamment à travers la digitalisation et l’informatisation de la chaîne.

« Tout le monde le sait, il faut digitaliser et informatiser le processus. Mais attention : une telle réforme nécessite au moins un à deux ans de préparation. Vouloir tout changer à trois mois des examens, c’est courir droit à la catastrophe », a-t-il prévenu.

L’ancien ministre estime par ailleurs qu’environ 2% des cadres du système éducatif seraient, selon lui, des « fraudeurs incorrigibles ». Il insiste toutefois sur le fait que la grande majorité des enseignants restent intègres.

Pour lui, l’enjeu est désormais de doter l’administration éducative d’outils technologiques capables de réduire les interventions humaines et de mieux sécuriser l’ensemble de la chaîne, de la conception des sujets jusqu’à la proclamation des résultats.

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