
Deux jours après l’effondrement tragique d’un immeuble R+5 à Hafia 1, dans la commune de Dixinn, qui a fait au moins cinq morts et neuf blessés, l’émotion reste vive au sein des familles endeuillées. Ce jeudi 13 août, une importante délégation gouvernementale, conduite par le Général Ibrahima Kalil Condé, ministre délégué à la Défense nationale, s’est rendue auprès des proches des victimes pour leur présenter les condoléances du chef de l’État, le Général Mamadi Doumbouya.
Au nom des familles et des victimes, Souleymane Cissé, représentant des sinistrés et ancien ministre du Plan, a exprimé sa reconnaissance aux autorités avant de livrer un plaidoyer en faveur d’une réforme en profondeur du secteur de la construction en Guinée.
Pour la famille éprouvée, la présence des autorités nationales constitue un réconfort dans cette épreuve. « Quand il s’agit d’un décès, c’est un drame. Mais perdre plus de cinq ou six personnes, des jeunes hommes et femmes à la fleur de l’âge, prêts à intégrer le circuit économique, cela devient une tragédie », a déclaré Souleymane Cissé.
Le porte-parole des familles a également salué la réactivité des autorités, notamment du ministère de l’Habitat ainsi que des forces de défense et de sécurité, mobilisées depuis 72 heures sur le site pour les opérations de secours et de déblaiement.
« N’eût été cette intervention diligente, le bilan humain aurait pu être bien plus lourd », a-t-il souligné.
Assumer les erreurs du passé et créer une Task Force
Au-delà de la douleur provoquée par le drame, l’ancien ministre du Plan a appelé à une réflexion collective sur les responsabilités ayant contribué à l’anarchie observée dans le secteur de la construction.
Avec une certaine franchise, il a reconnu sa part de responsabilité en tant qu’ancien responsable gouvernemental : « J’engage notre propre responsabilité. J’ai été ministre du Plan : nous n’avons pas su prendre, au bon moment, des politiques rigoureuses pour sécuriser les constructions. Un immeuble prend des années à bâtir, les défaillances actuelles remontent aux gestions antérieures. »
Face à la répétition des effondrements d’immeubles à Conakry, Souleymane Cissé appelle ainsi les autorités à engager des réformes structurelles. Il propose notamment la création urgente d’une Task Force au sein du ministère de l’Habitat, chargée de :
- identifier les failles techniques et réglementaires liées aux constructions en hauteur ;
- déterminer les causes historiques de l’anarchie observée dans le secteur immobilier ;
- proposer des solutions durables pour sécuriser les bâtiments existants et prévenir de nouvelles pertes en vies humaines.
Le représentant des familles s’est également interrogé sur le paradoxe entre le niveau d’expertise disponible à Conakry et la multiplication des drames liés aux constructions.
« Comment se fait-il que la capitale, qui concentre l’essentiel de nos cadres et experts, enregistre quatre effondrements d’immeubles en quelques mois, alors que l’intérieur du pays est épargné ? », s’est-il interrogé.
Pour Souleymane Cissé, la sécurisation des constructions ne constitue pas uniquement une question humanitaire. Elle représente également un enjeu économique majeur pour le pays.
« Ce sont des bras valides que nous perdons. Leur disparition prive la nation de forces vives nécessaires à notre croissance économique », a-t-il insisté.
Le drame de Hafia 1 replonge ainsi plusieurs familles dans le deuil et remet au premier plan la nécessité de renforcer le contrôle, la réglementation et la sécurisation du secteur du bâtiment en Guinée, afin d’éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.
Les funérailles des victimes seront organisées conjointement par l’État et les familles, dans les meilleurs délais, a-t-on appris au moment où notre équipe quittait les lieux.

