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Quand le retard de l’État redore le blason des variétés de semences locales

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Entre lourdeurs administratives et accès limité aux intrants modernes, les agriculteurs guinéens boudent les semences améliorées fournies par l’État. Pour sauver leurs récoltes, ils opèrent un retour massif vers les variétés locales, forçant les autorités à revoir d’urgence leur stratégie.

Un gouffre financier pour un impact dérisoire, pourtant, l’ambition était là. Pour la campagne agricole 2026, l’État n’a pas lésiné sur les moyens en injectant des fonds massifs dans l’achat d’intrants. Le plan de distribution annonçait des chiffres prometteurs : 3 000 tonnes de semences de riz (pour couvrir 43 000 hectares et viser 86 000 tonnes de production), 1 500 tonnes de maïs et plus de 700 tonnes de cultures maraîchères. Sur le terrain, la réalité est tout autre : l’acquisition de ces semences est devenue un parcours du combattant. Les chiffres de la dernière enquête agricole (2025-2026) sont sans appel. Sur les 1 172 574 ménages agricoles que compte le pays, 91,8 % continuent de semer local, laissant à peine 8,2 % de parts de marché aux variétés améliorées. Seule exception à la règle : la région de Kindia, qui sort du lot avec un taux d’utilisation de 35,2 %, loin devant le reste de la nation.

Le cœur du problème ne vient pas d’un manque de volonté, mais d’une machine administrative grippée. C’est le Secrétaire général du ministère de l’Agriculture, Oumar Barry, qui le reconnaît lui-même : « La compétitivité de notre agriculture passe par l’utilisation des semences améliorées et la mécanisation. Le vrai problème, c’est la longueur des procédures, de la commande à la livraison. Parfois, le retard est tel que la campagne agricole est déjà terminée, lorsque les semences arrivent. Elles deviennent alors totalement inutiles pour les producteurs.»

 Face à ce calendrier déconnecté des réalités climatiques, les paysans refusent de jouer leur survie à la loterie administrative. À Siguiri, Hamadi Cissé a tranché : « J’utilise les semences locales car cela réduit mes dépenses. En plus, ça me met à l’abri des tracasseries et des retards du gouvernement. » Même son de cloche à Dinguiraye pour Ali Touré : « Les semences améliorées accusent trop de retard. Je préfère me contenter de ce que j’ai sous la main. Et finalement, le local donne de très bons résultats. »

Le plan B du ministère de l’agriculture : certifier le terroir acculé par les faits, le ministère de l’Agriculture tente aujourd’hui de transformer ce dysfonctionnement en opportunité. Faute de pouvoir livrer ses propres semences à temps, l’État a lancé un programme d’identification et de traitement des semences locales. L’objectif ? Repérer les meilleurs producteurs traditionnels, sécuriser leurs stocks et les traiter pour les redistribuer. « Il y a des soucis sur le terrain, mais nous mettons en place des actions immédiates pour corriger le tir », promet Oumar Barry.

 En voulant imposer la modernité par le haut, l’administration s’est heurtée au calendrier impitoyable de la nature. Mais en poussant, malgré elle, les paysans à perfectionner leurs propres traditions, la crise aura au moins eu un mérite : prouver que l’avenir de la souveraineté alimentaire de la Guinée passera peut-être moins par des importations coûteuses que par la valorisation de son propre terroir. Reste à savoir si ce « plan B » suffira à nourrir le pays, ou s’il ne fait que masquer l’urgence d’une profonde réforme logistique.

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