
Le procès des créateurs de contenus Ahmed Saadate Diallo et Mamadou Alpha Barry s’est poursuivi ce mercredi devant le Tribunal de première instance de Dixinn. Les deux hommes sont poursuivis pour « atteinte à l’ordre public et à la dignité des individus par le biais d’un système informatique », sur la base de l’article 32 de la loi relative à la cybersécurité et à la protection des données à caractère personnel.
À la barre, Ahmed Saadate Diallo a tenté d’expliquer le contexte de l’interview controversée réalisée avec l’artiste Hadya Monéné, dont les extraits relayés sur les réseaux sociaux ont suscité une vive polémique.
Le prévenu affirme que l’entretien avait pour objectif principal de promouvoir la sortie d’une chanson de l’artiste. Selon lui, le concept de son émission repose sur des échanges directs et provocateurs afin de pousser les invités à s’exprimer librement.
« Le but de l’émission, c’est de provoquer l’artiste pour obtenir des réactions spontanées », a-t-il expliqué devant le tribunal.
Le juge et le Ministère public se sont longuement intéressés au statut professionnel du prévenu. Interrogé sur l’existence d’une carte de presse reconnue par la Haute Autorité de la Communication (HAC), Ahmed Saadate Diallo a reconnu ne pas en posséder.
Le procureur a alors estimé qu’il ne remplissait pas les conditions pour exercer le métier de journaliste. Une analyse rejetée par le prévenu, qui soutient travailler pour une une télévision privee de la place.
Au cours de son audition, Ahmed Saadate Diallo a insisté sur le fait que les déclarations controversées concernant Belligham ne venaient pas de lui mais de l’artiste elle-même.
« Quand je lui ai demandé le titre de sa musique et sa signification, elle a commencé à développer certains sujets », a-t-il déclaré.
Le Ministère public lui reproche cependant d’avoir poursuivi l’interview dans le même sens malgré le caractère sensible des propos tenus. Le procureur estime également que la diffusion de la vidéo a contribué à porter atteinte à la dignité de certaines personnes et à alimenter le trouble à l’ordre public.
Questionné sur certaines questions adressées à l’artiste, notamment sur son physique et sa situation matrimoniale, le prévenu a expliqué qu’il cherchait simplement à maintenir l’échange dans un ton « libre et naturel ».
Ahmed Saadate Diallo a par ailleurs affirmé avoir obtenu l’accord de l’artiste avant la publication de l’entretien sur les réseaux sociaux.
De son côté, Mamadou Alpha Barry a reconnu que la vidéo avait finalement été supprimée après les nombreuses réactions suscitées en ligne.
« On ne pensait pas que cela allait prendre une telle ampleur », a-t-il indiqué, ajoutant que l’objectif était selon lui de « conscientiser » les internautes.
Une justification immédiatement contestée par le Ministère public, qui s’est interrogé sur la pertinence d’un tel contenu pour sensibiliser l’opinion.
Lors des débats, l’avocat de la défense a demandé la mise en liberté des deux prévenus. Ils estiment que leur maintien en détention ne se justifie plus, d’autant qu’aucune autre personne n’est recherchée dans le cadre de l’enquête.
La défense a également fait valoir que les prévenus disposent de garanties suffisantes pour répondre aux convocations de la justice.
Le Ministère public s’est opposé à cette demande, rappelant que l’affaire continue de susciter de nombreuses réactions et que les faits reprochés concernent un trouble présumé à l’ordre public.
Le tribunal a rejeté la demande de remise en liberté et a renvoyé l’affaire au 10 juin pour la poursuite des débats.

