Dernières Nouvelles de la Guinée par les Guinéens
CIAO

Mission médicale chinoise : une diplomatie sanitaire active en Guinée depuis 58 ans, le cas de la 31e équipe

2AGBA

En octobre 1959, la Chine établissait des relations d’amitié et de coopération avec la Guinée. Alors que celle-ci venait d’accéder, un an plutôt, à son indépendance. Dans les annales de l’histoire de la diplomatie en Afrique, la Guinée demeure le premier pays au sud du Sahara à avoir noué des relations avec l’Empire du Milieu. Au fil du temps, cette coopération s’est intensifiée en couvrant de nombreux domaines stratégiques dont celui de la santé.

Aujourd’hui, la Mission Médicale Chinoise est l’institution la plus emblématique et la plus aboutie de cette diplomatie sanitaire entre Beijing et Conakry.  Le 8 juin prochain, elle soufflera ses 58 ans d’existence en terre guinéenne.

En prélude à cet important évènement, votre quotidien en ligne, Guinéenews est allé à la rencontre de l’équipe qui représente la 31ème Mission Médicale Chinoise en Guinée. Ce reportage exclusif réalisé au quartier général de la Mission, sis à l’hôpital de l’amitié Sino-guinéenne de Conakry, met en lumière les contours de coopération médicale.

Le chef de mission, Dr Wang Bin, est revenu en détail sur les enjeux et les bénéfices de cette collaboration entre professionnels de santé guinéens et chinois, visant à améliorer la qualité des soins prodigués aux patients. Il a également évoqué l’organisation de son équipe, le déploiement des spécialistes dans les services clés de l’hôpital, ainsi que la prise en charge des cas critiques.

Les consultations, le traitement des pathologies les plus courantes, les équipements médicaux utilisés, les zones d’intervention et l’apport de la médecine traditionnelle chinoise ont été aussi abordés. Sans oublier les défis auxquels fait face cette initiative, tout en esquissant ses perspectives pour les années à venir.

Les Priorités de la Mission Médicale Chinoise en Guinée

 

La diplomatie sanitaire entre la Chine et la Guinée, portée par la Mission médicale s’est toujours matérialisée par une collaboration très étroite entre les professionnels de santé des deux pays, a indiqué Dr WANG Bin. Ces derniers s’évertuent, a-t-il précisé, conformément aux lois et règlements en vigueur en Guinée, à la prévention des maladies et à la prise en charge des patients.

« Les deux parties encouragent les établissements médicaux des deux pays à établir des relations de coopération ciblées et à développer des technologies spécialisées dans des domaines cliniques et pathologiques spécifiques précis, notamment à travers l’échange et à la formation du personnel, la démonstration et l’enseignement pratique des actes médicaux, les consultations médicales à distance, etc. L’objectif est de renforcer continuellement les capacités cliniques locales », affirme le Chef de la 31ème Mission Médicale Chinoise.

 

Quelques statistiques portant sur les 14 premiers mois d’activités de la Mission

 

A pied d’œuvre depuis près de 14 mois en Guinée, l’équipe de la 31ème Mission médicale chinoise dirigée par Dr Wang nous a présenté un premier bilan de ses activités, en attendant la consolidation complète de ses données.

En effet, au cours de cette période, la mission a organisé 10 activités scientifiques, 68 séances de formation, 5 campagnes de santé publique et de sensibilisation, formant 658 professionnels de santé.

Sur le plan des prestations médicales, la Mission a assuré 1 216 consultations externes et participé à 2 43 Tables-rondes médicales dans les services hospitaliers. Elle a également pris en charge 167 patients dans un état critique et réalisé 703 interventions chirurgicales. Par ailleurs, 587 anesthésies ont été administrées.

Les consultations en médecine traditionnelle chinoise ont atteint 1 453 cas, tandis que 513 patients ont bénéficié de consultations médicales gratuites.

Parallèlement, souligne le Dr Wang, la mission entretient une collaboration institutionnelle active avec le bureau de l’OMS en Guinée, le ministère de la Santé ainsi que d’autres services concernés.

« La mission poursuit le projet « Recherche sur les stratégies de prévention et de contrôle du paludisme dans les établissements collectifs de Guinée ». Dans ce cadre, elle a mené 1 319 questionnaires, organisé 2 séances de formation mixte (en ligne et sur place) sur la prévention et le contrôle du paludisme regroupant plus de 400 participants, et distribué plus de 500 dépliants bilingues (français-chinois) sur ce thème. Elle participe également activement à des événements sanitaires, comme des activités d’échange sur la santé et la culture avec l’Institut Confucius de l’Université de Conakry (où elle a partagé l’expérience chinoise en matière de santé), des actions caritatives de santé à l’orphelinat Regina Maris en collaboration avec plusieurs institutions, des campagnes de sensibilisation série sur la « Journée mondiale de l’hygiène des mains » à l’Hôpital de l’Amitié Sino-Guinéenne  (en réponse aux principales problématiques de santé locales et aux journées thématiques de santé), et a produit la série de programmes de vulgarisation sanitaire « Parlons de la santé avec Julie », dans laquelle des experts chinois et guinéens analysent conjointement des questions de santé, diffusée sur les médias locaux », a-t-il rapporté.

Les pathologies les plus courantes

 

Au terme des consultations menées durant les six premiers mois, il ressort que les pathologies les plus fréquemment rencontrées en Guinée sont majoritairement des maladies infectieuses, notamment le paludisme et la fièvre typhoïde, a indiqué le Dr Wang. Il souligne également que les traumatismes liés aux accidents de la route ou aux chantiers de construction figurent parmi les cas régulièrement pris en charge.

Par ailleurs, dans le même tableau des maladies courantes, le médecin et chercheur chinois relève une augmentation notable, ces dernières années, des maladies cardio-vasculaires et cérébro-vasculaires. Face à cette évolution préoccupante, des experts chinois et guinéens collaborent chaque année afin de prendre en charge de nombreux cas complexes.

À titre illustratif, en 2024, l’Hôpital de l’Amitié sino-guinéenne a enregistré 13 223 consultations externes, 2 796 hospitalisations et réalisé 840 interventions chirurgicales. Des chiffres qui, selon lui, pourraient encore augmenter sur la période 2025-2026.

 

Quelles sont les zones d’intervention

 

D’après notre interlocuteur, ‘’la mission travaille non seulement à l’Hôpital de l’Amitié Sino-guinéenne à Conakry, mais également mène des consultations médicales gratuites dans des régions de Boké et Kindia, et effectue des visites médicales de routine dans des projets clés tels que la centrale hydroélectrique de Souapiti, le site Simandou et le port de Moribaya.’’

 

La médecine traditionnelle chinoise, très prisée par des patients guinéens

 

Dans le cadre du traitement des patients, nous collaborons avec des médecins traditionnels guinéens pour dispenser diverses formes de traitement telles que l’acupuncture, le massage et les exercices de réadaptation, indique Dr Wang. Puis de révéler : ‘’ces méthodes ont permis d’obtenir d’excellents résultats dans l’allègement de certaines maladies chroniques et de douleurs. De nombreux patients souhaitent apprendre, eux-mêmes, certaines techniques de médecine traditionnelle chinoise pour soulager leurs malaises chez eux par la suite.’’

 

Quand l’introduction des équipements d’IRM 1,5T et des outils d’IA, révolutionne le diagnostic et le traitement des AVC et la chirurgie orthopédique

 

« L’équipement d’IRM 1,5T actuellement disponible à l’Hôpital de l’Amitié Sino-guinéenne a été mis en service en 2023 dans le cadre de la deuxième phase de construction de l’hôpital. Cet équipement peut effectuer des scanners du cerveau, de la moelle épinière, de la colonne vertébrale, des articulations et de la région abdomino-pelvienne. En synergie avec le scanner CT, il répond pleinement aux besoins diagnostiques d’imagerie des activités médicales quotidiennes, et joue un rôle crucial dans le traitement intégral des maladies cardio-vasculaires et cérébro-vasculaires aiguës au sein de la plateforme de diagnostic et de traitement intégrés. Il peut détecter des lésions d’ischémie cérébrale précoce qui ne sont pas visibles sur le CT, fournissant ainsi une orientation précieuse pour le diagnostic et le traitement. Par exemple, nous avons eu un patient atteint d’ischémie cérébrale aiguë (AVC) qui, grâce au diagnostic précoce par IRM et au traitement rapide par les neurologues, a été rétabli et a quitté l’hôpital avec une fonction locomotrice presque revenue à son état antérieur à la maladie, pouvant même reprendre la conduite.

La chirurgie de prothèse totale de hanche assistée par IA consiste à reconstruire les données CT de la hanche du patient avant l’opération pour évaluer précisément les lésions osseuses. Ces données sont transmises à une plateforme de calcul big data, où un logiciel de planification IA recommande la position et le modèle de la prothèse acétabulaire et fémorale, générant finalement une simulation opératoire visualisable sous 360 degrés. Un rapport de planification opératoire complet est ensuite élaboré pour guider la chirurgie clinique, améliorant ainsi le taux de succès opératoire et réalisant une chirurgie précise, intelligente et personnalisée. Le jour de l’opération, le plan opératoire est confirmé à nouveau avec les médecins locaux avant de procéder à la chirurgie, et les expériences opératoires seront discutées et résumées après l’intervention. Grâce à cette planification précise, la chirurgie se déroule en toute sécurité et le patient peut reprendre la marche tôt pour sa réadaptation.

 

Grâce à la Mission médicale, la Guinée a pu réaliser avec succès et au cours des 14 derniers mois 40 premières opérations et interventions jamais effectuées sur place

’Avec le développement rapide de la technologie numérique moderne, la médecine fait également des progrès spectaculaires. Grâce à la collaboration entre les professionnels de santé chinois et guinéens, nous avons réalisé plus de 30 premières opérations et interventions jamais effectuées en Guinée au cours des six derniers mois. Ces avancées techniques sont dues au soutien du gouvernement chinois au développement du secteur de la santé en Guinée, en particulier la construction des phases I et II de l’Hôpital de l’Amitié Sino-Guinéenne et l’équipement moderne mis à disposition. De nombreux patients atteints de maladies complexes, graves ou aiguës ont ainsi retrouvé espoir de survie, de nombreuses maladies congénitales ont été traitées, et de nombreux patients traumatisés ont récupéré leur capacité à vivre une vie normale. Par exemple, avec l’aide de la mission médicale, l’Hôpital de l’Amitié Sino-Guinéenne peut désormais réaliser indépendamment des interventions d’urgence cardio-vasculaires et cérébro-vasculaires, permettant à de nombreux patients qui devaient autrefois se rendre à l’étranger pour se faire soigner de rester en Guinée pour leur traitement et leurs consultations de suivi. ’’

Les défis majeurs

L’un des plus grands défis rencontrés lors des activités médicales locales est, affirme le médecin chercheur, Dr Wang, la pénurie de médicaments et de consommables médicaux, ainsi que les difficultés de réparation des équipements défectueux.

Des problèmes qui entravent gravement le traitement de nombreux patients complexes et nécessitent un soutien actif du gouvernement guinéen, a-t-il commenté.

Face au casse-tête posé par ce manque de médicaments et de consommables, Dr Wang rassure que le gouvernement chinois a déjà fourni à la Guinée une grande quantité de médicaments, d’équipements et de consommables médicaux ayant permis de sauver la vie de nombreux patients guinéens.

‘’Actuellement, pour garantir le bon fonctionnement des équipements concernés, le gouvernement chinois s’efforce de promouvoir un projet de don pour la maintenance des équipements médicaux à l’Hôpital de l’Amitié Sino-guinéenne, dans l’espoir qu’un fonctionnement commercial permette finalement aux Guinéens de maîtriser complètement la maintenance des équipements’’, a-t-il déclaré.

Face aux cas critiques comment médecins chinois et guinéens collaborent ?

Lorsqu’il s’agit de cas graves, les professionnels de santé guinéens et chinois collaborent très étroitement, soutient-il. Cependant, lorsqu’un cas grave est admis aux services d’urgences, les médecins guinéens, confie-t-il, nous contactent par téléphone et nous organisons immédiatement un soutien d’experts multidisciplinaires. ‘’Nous effectuons des opérations conjointes au bloc opératoire et dispensons un enseignement pratique de bout en bout pour les interventions. L’objectif est de permettre aux médecins guinéens de maîtriser pleinement les capacités de secours d’urgence’’, explique Dr Wang.

Des perspectives structurantes pour la Guinée devant lui permettre de devenir un hub médical en Afrique de l’ouest

Dans le cadre de l’initiative du Président Xi Jinping, « Action Partenaire pour la Santé » lancée lors du sommet de la coopération sino-africaine de Beijing en 2024, la Guinée franchit une nouvelle étape dans sa coopération sanitaire avec la Chine. Le premier Centre de médecine conjoint sino-africain a été inauguré à l’Hôpital de l’Amitié sino-guinéenne de Conakry, en présence de hauts responsables des deux pays.

Au-delà de la portée diplomatique, ce projet s’inscrit dans une dynamique de transformation du système de santé guinéen. Un accord bilatéral a été signé pour encadrer le développement de ce centre, marquant ainsi un tournant dans le partenariat médical entre Conakry et Beijing.

Ce centre ambitionne de devenir un pôle régional de référence en Afrique de l’Ouest, notamment dans la prise en charge des maladies cardio-vasculaires et cérébro-vasculaires, ainsi que dans le développement de la chirurgie mini-invasive et des technologies médicales assistées par intelligence artificielle.

Pour la Guinée, les retombées attendues sont multiples :

  • un renforcement des capacités du personnel de santé grâce à la formation spécialisée ;
  • un transfert de technologies médicales avancées ;
  • une amélioration de la qualité des soins et des normes hospitalières ;
  • le développement de la recherche médicale et de l’innovation ;
  • une meilleure prise en charge locale de pathologies complexes, réduisant les évacuations sanitaires à l’étranger.

À terme, l’Hôpital de l’Amitié sino-guinéenne pourrait s’imposer comme un hub médical régional, attirant patients et professionnels de santé de toute la sous-région.

En misant sur l’innovation, la formation et la coopération internationale, ce projet ouvre ainsi des perspectives prometteuses pour la modernisation durable du système de santé guinéen et le positionnement du pays comme acteur clé en matière de santé en Afrique de l’Ouest.

Bref historique de la Mission médicale chinoise en Guinée

L’initiative hautement humanitaire à l’origine de la Mission médicale chinoise trouve ses racines à Labé, principale ville du Fouta-Djallon, en Moyenne Guinée, située à environ 400 km de Conakry. C’est en 1964, à l’occasion de la visite officielle du Premier ministre chinois de l’époque, Zhou Enlai, que l’idée d’envoyer des équipes médicales en Afrique a germé. Sans doute, touché par les conditions d’accès à de meilleurs soins sanitaires dans cette région, le Chef du gouvernement chinois a pris la décision historique de déployer des missions sanitaires à travers le continent.

Quatre ans plus tard, en 1968, cette décision se concrétise avec l’arrivée à Conakry de 36 experts issus de plusieurs établissements médicaux de Pékin. Cet acte marque le début d’un nouveau chapitre dans l’histoire de la coopération sino-guinéenne, mais aussi dans celle de la diplomatie sanitaire entre la Chine et l’Afrique.

Cinquante-huit ans après, la Mission médicale chinoise poursuit son engagement en Guinée, en renforçant progressivement ses actions au service des populations. Son personnel s’inspire toujours du slogan fondateur : « Ne pas craindre les difficultés, être prêt au sacrifice, sauver des vies, soigner les blessés et cultiver un amour sans frontières ».

Au cours de plus d’un demi-siècle, la Chine a déployé près de 23 000 professionnels de santé dans une quarantaine de pays africains, permettant la prise en charge d’environ 240 millions de patients.

Parallèlement, plusieurs projets médicaux ont été mis en œuvre à court et moyen termes sur le continent. À titre d’exemple, le navire-hôpital chinois Arche de la Paix a effectué des missions en Afrique, offrant des soins médicaux humanitaires à des milliers de patients.

Au cours de la dernière décennie, la Chine a également joué un rôle important dans la gestion de crises sanitaires majeures en Afrique. Lors de l’épidémie de virus Ebola en 2014, qui a durement touché l’Afrique de l’Ouest, dont la Guinée, elle a rapidement mobilisé des ressources en envoyant plus de 1 000 experts, parmi lesquels des médecins, infirmiers et spécialistes en santé publique, malgré les risques encourus.

Enfin, cette diplomatie sanitaire a largement contribué au renforcement des systèmes de santé africains. Depuis 2000, la Chine a construit et équipé plus de 130 hôpitaux et cliniques sur le continent, améliorant significativement les conditions de prise en charge des patients dans les pays bénéficiaires.

 

Grand Reportage réalisé par Camara Amara Moro, Bah Alhassane et Diallo Mamadou Saliou pour Guinéenews

 

Lire également l’article suivant en cliquant sur les liens ci-dessous : 

 

https://guineenews.org/2026/01/26/immersion-dans-le-quotidien-du-dr-wang-ce-medecin-chinois-qui-sauve-des-coeurs-a-conakry/

 

https://youtu.be/3lOz-N3Asao

 

 

 

 

 

 

vous pourriez aussi aimer
commentaires
Loading...