
Face aux Conseillers nationaux de la Transition (CNT), ce samedi 28 mars, le gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée, Dr Karamo Kaba, a dressé un tableau à la fois lucide et ambitieux de la situation économique du pays, à l’occasion de la présentation du Projet de Loi de Finances Initiale (LFI) 2026.
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Dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes, la Guinée entend capitaliser sur ses acquis récents pour consolider sa stabilité macroéconomique et enclencher une transformation structurelle durable.
D’entrée de jeu, le gouverneur Dr Kaba a rappelé que l’économie mondiale traverse une zone de turbulence liée notamment aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, qui ont provoqué une flambée des prix de l’énergie et un renchérissement des coûts du transport. Le prix du baril, en forte hausse, illustre selon lui l’ampleur des chocs externes susceptibles d’impacter les économies africaines, dont celle de la Guinée, à travers les importations et les conditions de financement extérieur de plus en plus contraignantes.
Malgré cet environnement défavorable, l’économie guinéenne affiche une résilience jugée remarquable. Portée par le dynamisme du secteur minier, notamment autour du mégaprojet Simandou, ainsi que par les investissements publics et la vigueur de la demande intérieure, la croissance a atteint 6,9 % en 2025 et devrait dépasser 8 % en 2026. Cette performance s’accompagne d’une inflation maîtrisée, maintenue en dessous du seuil communautaire, et d’un niveau de réserves de change en nette progression, offrant près de quatre mois de couverture des importations.
Cette stabilité a permis à la Guinée d’améliorer sa crédibilité sur les marchés internationaux, avec l’obtention d’une notation souveraine encourageante par Standard & Poor’s.
Une avancée qui ouvre la voie à de nouvelles opportunités de financement pour accompagner les ambitions de développement du pays. Toutefois, le gouverneur n’a pas éludé les difficultés persistantes, notamment la crise de liquidités qui affecte le système bancaire et limite l’accès au crédit pour les acteurs économiques.
Sur le plan monétaire, la Banque Centrale de la République de Guinée a adopté une approche prudente mais accommodante, maintenant son taux directeur à 9,75 % après plusieurs ajustements en 2025. Cette politique vise à soutenir la croissance tout en maîtrisant l’inflation et en préservant la stabilité du taux de change. Parallèlement, des réformes ont été engagées pour moderniser les systèmes de paiement et renforcer la supervision bancaire, même si des défis structurels subsistent, notamment la forte dépendance au cash et la thésaurisation.
L’analyse du Projet de Loi de Finances Initiale 2026 révèle, selon le gouverneur, un budget techniquement solide, cohérent et soutenable. Les recettes budgétaires sont attendues en forte hausse grâce aux réformes fiscales et à la digitalisation, tandis que les dépenses privilégient les investissements structurants. Le déficit budgétaire, quant à lui, est contenu autour de 3 % du PIB, traduisant une volonté affirmée de discipline budgétaire.
Au cœur de cette stratégie se trouve le programme Simandou 2040, présenté comme un levier majeur de transformation économique. Bien au-delà de l’exploitation minière, ce projet vise à structurer un véritable corridor de développement, renforcer les infrastructures, développer le capital humain et diversifier l’économie guinéenne.
Les perspectives à moyen terme s’annoncent ainsi prometteuses, avec une croissance potentiellement à deux chiffres et une attractivité accrue pour les investissements étrangers. Néanmoins, ces ambitions restent exposées aux aléas du contexte international, notamment la volatilité des marchés des matières premières.
Pour consolider ces acquis, plusieurs recommandations ont été formulées, parmi lesquelles le maintien de la discipline budgétaire, le renforcement de la coordination entre politiques monétaire et budgétaire, la poursuite des réformes fiscales, la maîtrise de l’endettement et la promotion de l’inclusion financière.
Pour terminer, le gouverneur a souligné que la LFI 2026 se veut un instrument d’« ambition maîtrisée », posant les bases d’une Guinée résiliente, souveraine et en voie d’émergence. La Banque centrale, a-t-il assuré, restera pleinement engagée pour garantir la stabilité monétaire et accompagner cette dynamique de transformation économique ?

