
Le ministre du Plan et du Développement, Ismaël Nabé, a livré un plaidoyer fort ce jeudi 5 mars devant les Conseillers nationaux de la transition (CNT), à l’hémicycle du Palais du Peuple, lors de la séance consacrée à l’adoption du programme Simandou 2040.
Devant les membres de l’institution, il a présenté ce projet comme une étape décisive dans l’histoire économique et institutionnelle de la Guinée, affirmant que le pays ne se contente plus de gérer son présent, mais se prononce désormais sur son destin.
Selon le ministre, le programme Simandou 2040 constitue un cadre stratégique inédit destiné à organiser la transformation structurelle de l’économie guinéenne sur les quinze prochaines années. « Aujourd’hui n’est pas un jour ordinaire dans la vie institutionnelle de notre pays. La Guinée ne débat pas simplement de textes législatifs ; elle se prononce sur son destin », a-t-il déclaré avec solennité devant l’assemblée.
Ismaël Nabé a expliqué que ce programme repose sur cinq piliers fondamentaux : l’agriculture, l’industrie alimentaire et le commerce ; l’éducation et la culture ; les infrastructures, transports et technologies ; l’économie, la finance et l’assurance ; ainsi que la santé et le bien-être. L’ensemble s’appuie sur 122 mégaprojets et 36 réformes majeures, nécessitant la mobilisation de plus de 200 milliards de dollars sur un horizon de quinze ans, avec pour ambition de permettre à la Guinée d’intégrer le cercle des économies émergentes.
Dans le domaine des infrastructures, le ministre a notamment évoqué la construction de plus de 10 000 kilomètres de pistes rurales au cours des quinze prochaines années afin de renforcer l’accès aux zones agricoles et stimuler le développement local.
« Le programme Simandou 2040 est dynamique, il n’est pas figé. Il fera l’objet d’évaluations permanentes, de contrôles et de mécanismes de suivi qui permettront d’adapter les orientations en fonction des réalités et des besoins », a-t-il précisé.
L’éducation occupe également une place centrale dans cette vision. Le ministre a annoncé un investissement de plus de 17 milliards de dollars dans ce secteur sur quinze ans, accompagné de réformes profondes visant la modernisation du système éducatif et la formation des enseignants. Il a également évoqué la création d’une Académie Simandou, destinée à former une nouvelle génération de cadres capables d’accompagner la transformation du pays.
Ismaël Nabé a par ailleurs mis en avant plusieurs initiatives institutionnelles et économiques visant à renforcer la crédibilité internationale de la Guinée. Parmi elles figure la mise en place prochaine d’un fonds souverain national, actuellement en préparation avec l’appui de cabinets internationaux, dont KPMG. Ce fonds devrait, selon lui, voir le jour dans les prochains mois et servir d’instrument stratégique pour sécuriser les ressources du pays et soutenir les investissements futurs.
Le ministre a également souligné les efforts engagés pour renforcer la présence diplomatique de la Guinée à l’étranger, avec l’acquisition ou la construction de nouvelles ambassades, notamment à Londres, Berlin, Abuja et au Caire, tandis qu’un projet similaire est en cours à Addis-Abeba.
Revenant sur les enjeux démographiques révélés par le dernier recensement général de la population et de l’habitat, Ismaël Nabé a indiqué que la Guinée compte environ 17,5 millions d’habitants, dont une majorité de jeunes. Pour lui, cette réalité constitue une opportunité historique à condition de créer les conditions favorables à l’emploi, à l’industrialisation et à la transformation locale des ressources.
Dans son discours, le ministre a également replacé Simandou 2040 dans la continuité des politiques de planification engagées depuis l’indépendance, notamment les plans quinquennaux, le Document de stratégie de réduction de la pauvreté, le Plan National de Développement Economique et Social (PNDES) ou encore le Programme de Référence Intérimaire (PRI).
Toutefois, il estime que ce nouveau programme marque un tournant décisif. « Le programme Simandou 2040 ne constitue pas un plan supplémentaire. Il représente un changement de modèle économique : le passage d’une économie d’exportation brute à une économie de transformation, d’une croissance fragmentée à une croissance structurée », a-t-il insisté.
Pour le ministre, la loi de plan 2026-2040 et la loi programme 2026-2030, soumises à l’examen du CNT, constituent les instruments juridiques essentiels pour ancrer cette vision dans la durée. La première fixe la trajectoire stratégique du pays, tandis que la seconde organise la mise en œuvre opérationnelle de cette vision à travers une programmation budgétaire pluriannuelle.

