
Les avocats de l’ancien ministre de la Défense, Dr Mohamed Diané, ont vivement contesté les accusations portées contre leur client devant la chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Les conseils de l’ex-ministre dénoncent un dossier « sans preuves » et un procès qu’ils jugent profondément inéquitable.
Au cours de sa plaidoirie, Me Sidiki Bérété a fustigé une procédure qu’il estime incohérente et ciblant un seul responsable.
« On fait semblant de juger alors que l’intendant est toujours à son poste et n’est pas inquiété », a-t-il lancé devant la Cour.
L’avocat s’est interrogé sur l’absence de poursuites contre certains responsables administratifs du ministère de la Défense nationale qui, selon lui, auraient dû être entendus dans cette affaire.
« Avant qu’il ne soit affecté, Idiamin servait avec Dr Diané. Pourquoi lui n’a-t-il pas été inquiété ? On fait semblant de juger, mais vous trompez qui ? », a-t-il martelé, mettant en cause la cohérence des poursuites engagées dans ce dossier.
Avant lui, Me Almamy Samory Traoré avait déjà donné le ton de la défense en revenant sur la décision des avocats de se retirer du procès en première instance. Selon lui, il leur était impossible de cautionner une procédure qu’ils jugent biaisée.
« C’est le procès le plus injuste et le plus inéquitable », a-t-il déclaré.
L’avocat a rappelé que la Cour de justice de la CEDEAO avait ordonné la remise en liberté de Dr Mohamed Diané, une décision qui, selon lui, n’a pas été exécutée par la justice guinéenne.
« Nous avons estimé que Dr Mohamed Diané ne pouvait pas bénéficier d’un procès juste et équitable. C’est pour cette raison que nous avons refusé de nous associer à cette procédure », a-t-il expliqué.
Sur le fond du dossier, Me Almamy Samory Traoré a affirmé que la condamnation prononcée en première instance par la CRIEF repose essentiellement sur les déclarations du prévenu et non sur des preuves matérielles.
Il a également contesté la liste des biens attribués à son client dans le dossier.
« L’État lui-même, dans sa volonté de nuire et de diaboliser le prévenu, a pris ses propres biens et les lui a attribués », a-t-il soutenu.
Selon lui, plusieurs anomalies apparaissent dans l’inventaire des biens :
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14 biens seraient non identifiables ;
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12 seraient cités plusieurs fois ;
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certains seraient revendiqués par des tiers, preuves à l’appui.
« Comment voulez-vous qu’il justifie l’origine de biens qui ne sont même pas identifiés ? », s’est-il interrogé devant les juges.
La défense a également remis en cause les montants avancés par l’accusation, notamment les 500 milliards de francs guinéens réclamés par l’État.
Selon Me Traoré, aucun rapport financier ne figure dans le dossier pour étayer ce chiffre.
L’avocat a par ailleurs expliqué que les crédits budgétaires accordés à un ministère par l’Assemblée nationale constituent simplement une autorisation de dépenses.
« C’est un montant qui n’existe pas en réalité. Comment quelque chose qui n’existe pas peut-il être détourné ? », a-t-il fait valoir.
En conclusion, Me Almamy Samory Traoré a demandé à la Cour d’infirmer totalement la décision rendue en première instance et de relaxer son client.
« J’en appelle à votre intégrité, j’en appelle à votre conscience. Nous vous demandons d’infirmer cette décision dans toutes ses dispositions et de relaxer purement et simplement Dr Mohamed Diané », a-t-il plaidé.
De son côté, le procureur spécial près la CRIEF, Aly Touré, a demandé à la Cour de confirmer le jugement rendu en première instance dans toutes ses dispositions. Il a également invité les juges à tenir compte des arguments développés par l’Agent judiciaire de l’État.
En dernier mot, Dr Mohamed Diané a une nouvelle fois clamé son innocence avant de s’en remettre à la sagesse de la Cour.
Après avoir entendu les différentes parties, le juge Daye Mara a mis l’affaire en délibéré pour le 16 avril 2026.

