
Elle s’est imposée sans tambour ni trompette, mais ses effets sont déjà perceptibles sur le terrain. Depuis la mi-2025, la stratégie dite du « zéro cash » engagée par la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) marque un tournant dans la gestion des pensions sociales en Guinée. Longtemps annoncée comme un objectif ambitieux, la dématérialisation des paiements est désormais une réalité pour des milliers de bénéficiaires.
Premiers concernés : les titulaires de pensions de vieillesse, d’invalidité et les bénéficiaires de pensions de réversion. Désormais, ces assurés sociaux perçoivent leurs droits mensuels sans avoir à effectuer de déplacement physique. Les versements s’opèrent par virement bancaire ou via les services de transfert d’argent par téléphonie mobile, selon l’option choisie par le bénéficiaire.
Cette évolution met fin aux files d’attente devant les agences, souvent éprouvantes pour des personnes âgées ou à mobilité réduite. Elle réduit également les contraintes logistiques et les coûts indirects liés aux déplacements, notamment pour les retraités résidant à l’intérieur du pays.
Au plan institutionnel, la réforme s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation administrative. En supprimant progressivement la circulation d’espèces, la CNSS renforce la traçabilité des paiements, sécurise les transactions et limite les risques de fraude ou d’erreurs liés à la manipulation de liquidités. Pour plusieurs observateurs du secteur social, il s’agit de l’un des chantiers structurels les plus significatifs engagés ces dernières années dans l’administration publique.
Cette transformation s’aligne avec l’orientation affichée par les autorités de la transition, sous l’impulsion du Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, qui a placé la réforme et la digitalisation des services publics au rang des priorités gouvernementales.
Cependant, la dématérialisation s’accompagne d’un renforcement des mécanismes de contrôle. Dans les prochaines semaines, la vérification de l’existence des bénéficiaires – communément appelée « preuve de vie » – sera effectuée à travers un dispositif de reconnaissance faciale baptisé « VitalPreuve ». Cet outil, qui sera déployé dans les agences et antennes préfectorales, vise à garantir que les prestations sont effectivement versées aux ayants droit et à prévenir les paiements indus.
Au-delà de l’innovation technologique, cette réforme traduit une mutation profonde du rapport entre l’administration sociale et ses usagers : plus de proximité numérique, davantage de transparence et une volonté affichée d’inscrire la protection sociale guinéenne dans les standards contemporains de gestion publique.
Une réforme discrète, mais aux implications durables pour la gouvernance du système de sécurité sociale en Guinée.

