
Après plusieurs jours de tension judiciaire, les membres du groupe Sagatala ainsi que le jeune rappeur Opinel ont recouvré la liberté ce 23 février 2026, à l’issue d’un procès suivi de près par l’opinion publique.
Interpellés le 16 février dernier puis placés sous mandat de dépôt à la Maison centrale, les artistes étaient poursuivis pour des propos jugés injurieux et attentatoires aux bonnes mœurs dans certaines de leurs productions musicales.
Dès l’annonce de leur interpellation, le Ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, dirigé par Moussa Moïse Sylla, s’est impliqué activement dans le suivi du dossier. Selon les responsables du département, l’objectif était double : veiller à ce que la procédure se déroule dans des délais raisonnables et s’assurer que les jeunes artistes bénéficient d’un traitement équitable, dans le strict respect de l’indépendance de la justice.
À leur arrivée au commissariat, les représentants du ministère ont découvert qu’un mandat avait déjà été signé, rendant inévitable le transfèrement des artistes à la Maison centrale.
« Lorsque l’affaire est judiciarisée, notre marge de manœuvre devient limitée », a rappelé le ministre, soulignant qu’aucune autorité politique ne peut se substituer à la justice une fois la procédure engagée.
Au terme du procès, le tribunal s’est montré relativement clément. Les prévenus ont été condamnés à des peines assorties de sursis ainsi qu’au paiement d’amendes, leur permettant ainsi de regagner leurs domiciles après sept jours de détention. Une décision saluée par leurs proches, mais également présentée comme un avertissement.
Moussa Moïse Sylla n’a pas caché sa déception quant au contenu des œuvres incriminées. « L’émulation artistique est saine, la rivalité peut exister dans le rap. Mais elle ne doit jamais devenir une incitation à l’injure, encore moins à l’atteinte à la dignité des familles », a-t-il insisté. Selon lui, la liberté d’expression ne saurait justifier des propos susceptibles de fragiliser le tissu social.
Le ministre a également lancé un appel aux aînés du milieu artistique présents, notamment Gwada Maga, Wandian Dimèdi, Tad & L’Afrique noire et Fresh DD, les invitant à jouer pleinement leur rôle d’encadrement auprès de la jeune génération.
« Les soutiens sur les réseaux sociaux ne peuvent remplacer un accompagnement responsable. La célébrité virtuelle ne protège pas face à la loi », a-t-il averti.
De leur côté, Sagatala et Opinel ont exprimé des regrets et promis de revoir leur ligne artistique. Ils se sont engagés à produire désormais des œuvres qui éduquent, sensibilisent et divertissent sans verser dans l’invective. Sur instructions du ministre, un message de sensibilisation commun sera très prochainement porté par les parties à l’endroit de leurs fans respectifs.
Si cette affaire marque un tournant pour ces jeunes talents, elle relance surtout le débat sur les limites de la créativité artistique en Guinée. Entre liberté d’expression et respect des valeurs sociales, la ligne est parfois fine. Mais pour les autorités comme pour les artistes, une leçon semble avoir été retenue : le talent peut élever, à condition de ne pas franchir les bornes de la loi.

