
Quand la majorité des habitants de Conakry ferme les yeux, une autre ville s’éveille. Plus discrète, plus silencieuse, mais tout aussi essentielle. Dans l’ombre de la nuit, des hommes et des femmes travaillent pour que la capitale continue de fonctionner au lever du jour.
À partir de minuit, les klaxons se font rares, les rues se vident peu à peu. Pourtant, derrière les portes closes et sous les lampadaires vacillants, certains commencent leur journée de travail.
Les boulangers : nourrir la ville avant l’aube
À Cobayah, dans une petite boulangerie de quartier, la chaleur est étouffante. Il est 2 heures du matin, quand Abdoulaye Camara enfourne les premières fournées.
« Si on ne travaille pas la nuit, il n’y aura pas de pain le matin. À 6 heures, les gens attendent déjà. Et surtout, avec ce mois de pénitence, la demande a doublé », explique-t-il.
Pour ces travailleurs nocturnes, le sommeil est fragmenté. Beaucoup dorment le jour, au prix d’une vie sociale réduite.
« Le corps n’est jamais vraiment reposé », confie Abdoulaye.
Pour les chauffeurs de taxi et de moto, la nuit est paradoxalement plus sûre et plus risquée à la fois. Ibrahima, conducteur de taxi, préfère les courses nocturnes. « Il y a moins d’embouteillages, on roule mieux. Mais il faut être très vigilant. On ne sait jamais qui on prend. »
Entre clients pressés, travailleurs de nuit et urgences imprévues, ces conducteurs assurent une continuité invisible, mais indispensable.
Dans les centres de santé et hôpitaux de Conakry, la nuit est souvent synonyme d’urgences. Aïssatou Bah, infirmière de garde, raconte « Les nuits sont parfois calmes, parfois très lourdes. Accidents, accouchements, crises. On doit être prêt à tout, même avec peu de moyens. On tient, parce qu’on sait que des vies dépendent de nous », ajoute-t-elle.
Devant les banques, les maisons ou les chantiers, les vigiles montent la garde, souvent seuls, toute la nuit. À Matoto, Mamadou Diallo, vigile depuis six ans, enchaîne des nuits entières, sans abri adéquat.
« Le plus dur, c’est la fatigue et le froid. Mais on n’a pas le choix. Il faut protéger les biens. »
Peu visibles, rarement reconnus, ils assurent pourtant la sécurité de nombreux quartiers. Une fatigue silencieuse, peu reconnue.
Travailler la nuit à Conakry, c’est vivre à contretemps. Troubles du sommeil, isolement social, fatigue chronique. Les conséquences sont nombreuses, mais rarement prises en compte.
« Quand tu dors le jour, on pense que tu ne fais rien », résume un travailleur nocturne.

