
Mélanger les gènes pour transformer l’économie rurale. À Téliré, dans la préfecture de Mali, Mamadou Yaya Barry et un collectif de jeunes éleveurs tentent d’imposer le métissage des petits ruminants. Mais entre ambitions de modernisation et désert vétérinaire, le combat est rude. Reportage sur une résilience qui cherche son second souffle.
À Téliré, l’élevage n’est plus seulement une tradition contemplative ; c’est devenu un laboratoire d’innovation à ciel ouvert. Ici, des jeunes diplômés et des autodidactes se sont donné une mission : rompre avec l’élevage extensif contemplatif pour basculer vers une exploitation intensive et rentable.
« Ce que nous pratiquons majoritairement en Guinée n’est pas de l’élevage, c’est de l’errance bovine », tranche Mamadou Yaya Barry, figure de proue de ce mouvement au carrefour Téliré. « Élever, c’est entretenir, suivre et soigner. Cette prise de conscience gagne du terrain chez les jeunes d’ici, et c’est ce qui me porte. »
Le mur invisible de la santé animale
Si la volonté est là, le plateau technique fait cruellement défaut. Le principal goulot d’étranglement ? La couverture vétérinaire. Dans cette zone enclavée, les pathologies animales dictent encore leur loi.
« Il y a six mois, une épidémie de diarrhée foudroyante m’a coûté près de dix bêtes », confie l’éleveur avec amertume. Face à des services vétérinaires souvent impuissants ou absents, ces pionniers en sont réduits à l’automédication ou aux remèdes ancestraux. Une précarité sanitaire qui met en péril leurs investissements les plus précieux : les tentatives de métissage.
L’amélioration génétique : un chemin de croix
Le groupe ne se contente pas de gérer l’existant. Ils ont tenté d’introduire des chèvres sahéliennes de Bamako et les célèbres chèvres rousses de Maradi (Niger). L’objectif est clair : croiser la robustesse des races locales avec la productivité (viande et lait) des races étrangères.
Mais l’acclimatation est un métier. Sans diagnostic précis ni protocole de quarantaine rigoureux, les premières tentatives se sont soldées par des pertes sèches. Loin d’être découragés, ils préparent déjà une nouvelle vague d’importation, misant sur des spécimens plus rustiques.
Un appel à l’État pour sécuriser l’auto-emploi
Pour Mamadou Yaya Barry, le courage ne suffira pas. Il interpelle directement les pouvoirs publics :
-Encadrement technique : Déployer des agents de santé animale formés.
-Soutien à l’installation : Créer des mécanismes d’incitation pour les jeunes de la diaspora.
-Infrastructures : Faciliter l’accès aux intrants et aux circuits de vaccination.
« Je demande à l’État d’encourager nos frères à l’étranger à revenir investir nos terroirs. Le salut de notre souveraineté alimentaire est dans nos districts, pas ailleurs », lance-t-il.
Le dynamisme de la jeunesse de Téliré est un signal fort pour le secteur agropastoral guinéen. Mais sans une politique de santé animale cohérente et un accompagnement technique de proximité, ces “révolutionnaires” du Fouta risquent de voir leurs espoirs fauchés par la prochaine épizootie. L’indépendance alimentaire du pays passe par la réussite de ces micro-projets.

