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De l’étang à l’assiette : le pari d’Amadou Oury Baldé pour révolutionner l’aquaculture

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Alors que la sécurité alimentaire devient un défi mondial, l’aquaculture s’impose comme la nouvelle frontière économique de l’Afrique. Pourtant, dans les plateaux du Fouta Djallon, cette « révolution bleue » restait jusqu’ici un potentiel inexploité.

C’est dans ce vide qu’Amadou Oury Baldé a décidé d’agir. Jeune entrepreneur, il ne se contente pas d’élever des poissons. Il a créé un écosystème circulaire où l’eau des bassins fertilise la terre et où chaque poisson devient un produit gastronomique fini, selon un constat de guinéenews.

 « C’est ici que je me suis lancé. J’avais vu des gens le faire, du côté de Forécariah, mais pratiquement pas à Labé, où l’on ne me parlait que de l’étang de Popodara. Je trouvais cela étonnant : avec un tel environnement, les gens ne maximisent pas le potentiel », entame-t-il.

Pour transformer son intuition en réalité, notre interlocuteur a su s’entourer. Soutenu par la Direction préfectorale de la pêche, il a bénéficié d’une rencontre providentielle. « J’ai croisé accidentellement un jeune expert béninois, ici à Labé. Je cherchais un technicien pour m’assister dans la gestion, après que le directeur régional m’a aidé à mettre en place l’infrastructure. J’ai recruté ce jeune immédiatement, et l’aventure avance doucement. »

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Aujourd’hui, la ferme compte onze bassins. Des bassins dont la gestion demande une rigueur scientifique, notamment pour éviter que les poissons ne se dévorent entre eux. « Les Silures ou poisson-chat sont les plus nombreux et c’est cette catégorie qu’on propose au restaurant. Lui (silure) est élevé pour sa chair ferme. Ensuite on a le Tilapia qui est très prisé dans la sous-région, notamment pour accompagner l’attiéké. Dès que les poissons-chats grandissent, on les transfère au bassin 11, signe qu’ils sont prêts pour la sortie. On ne peut pas les mélanger, car ils sont cannibales. Chaque mois, nous procédons à un contrôle de pêche pour les trier, sinon on risque de tout perdre », explique l’entrepreneur.

Côté rendement, les résultats sont là. Partis d’une base de 500 poissons, la ferme compte aujourd’hui environ 2 000 tilapias grâce à leur reproduction rapide. La force du modèle imposé par Amadou Baldé réside dans l’interconnexion des activités. Les résidus de l’un deviennent la richesse de l’autre. « Le bénéfice majeur, c’est que l’eau que nous vidons des bassins de poissons sert à arroser nos cultures de pastèques, de carottes et de maïs », précise-t-il.

Cette eau, naturellement fertilisée par les déjections des poissons, nourrit une terre qui produit à son tour les ingrédients du restaurant de la ferme. Des jus de fruits naturels aux volailles locales et importées, tout est garanti 100% bio. Même l’alimentation des poissons tend vers l’autonomie : « Mes collaborateurs de Forécariah m’ont envoyé une formule locale. Depuis qu’ils fabriquent la nourriture sur place, les poissons gagnent plus de poids. C’est la preuve que le local fonctionne mieux. »

Pour Amadou Oury Baldé, le message aux jeunes entrepreneurs est clair. La fortune ne se trouve pas dans la récolte brute, mais dans la transformation. « Si tu veux maximiser ton revenu, il faut contrôler la chaîne de valeur. Un silure vendu sous forme de boulettes ou de poisson pané rapporte bien plus qu’un poisson à l’état pur. Il y a une valeur ajoutée qu’on ne soupçonne pas. » Son ultime conseil : l’humilité et la patience. « J’invite les gens à commencer petit, comme moi avec un seul bassin, et surtout à trouver des partenaires techniques. Il faut arrêter de penser uniquement à la récolte et commencer à transformer en produits finis. C’est cela qui permet de rentabiliser énormément » lance Amadou Oury Baldé.

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