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Immersion dans le quotidien du Dr Wang, ce médecin chinois qui sauve des cœurs à Conakry

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La Guinée et la Chine entretiennent, depuis 1959, des relations de coopération solides et multiformes. Dans le domaine de la santé, cette amitié se concrétise et se perpétue à travers la mission médicale chinoise, dont les membres se relaient en Guinée tous les 18 mois.

Instituée en 1968, cette délégation regroupe des dizaines d’hommes et de femmes, tous professionnels de santé – médecins, infirmiers et autres spécialistes. Leur unique leitmotiv : appuyer le personnel sanitaire guinéen et contribuer qualitativement à l’amélioration des soins prodigués aux patients. Cette initiative hautement salvatrice en est aujourd’hui à sa 31ᵉ mission.

Dans ce reportage exclusif, la Rédaction de Guinéenews met le projecteur sur le quotidien du Dr Wang Gang, l’un des 24 membres de l’actuelle mission médicale chinoise en séjour de travail à Conakry, précisément à l’hôpital de l’Amitié sino-guinéenne, leur quartier général.

Dr Wang est cardiologue et relève du département cardiologie de l’hôpital de l’Amitié de Pékin, affilié à l’Université de Médecine de la Capitale. Affectueusement surnommé “Dr Henri” par ses collègues, il cumule près de vingt ans d’expérience clinique en cardiologie. Le diagnostic et le traitement de pathologies courantes telles que la coronaropathie, l’hypertension, l’hyperlipidémie, l’insuffisance cardiaque et les arythmies, sont ses spécialités.

Il réalise des interventions coronariennes percutanées, maîtrise des techniques de pointe telles que la stimulation temporaire, la contre-pulsion par ballon intra-aortique (IABP), la tomographie par cohérence optique (OCT) et l’échographie intravasculaire (IVUS). Par ailleurs, Dr Henri jouit d’une solide réputation dans la prise en charge interventionnelle de cas complexes, notamment chez des patients atteints de coronaropathie associée à une insuffisance rénale, à des tumeurs, à des défaillances multiviscérales ou présentant des antécédents d’allergie aux agents de contraste.

Comme tous les membres de la mission médicale hébergés à la résidence qui leur est réservée à Conakry, la journée du Dr Wang débute ou se termine par une séance de sport. Convaincu des bienfaits de l’activité physique sur l’équilibre du corps et de l’esprit, il consacre de manière alternative chaque matin entre 30 et 45 minutes à ses disciplines favorites en fonction de son agenda : vélo en salle, haltérophilie, tennis de table, handball ou encore basket-ball.

Après ses exercices physiques, il prend une douche avant de rejoindre, vers 7h30, le réfectoire pour le petit-déjeuner. Un moment de convivialité partagé avec les collègues. Une fois ce rituel achevé, notre cardiologue va au vestiaire, enfile sa blouse blanche et prend le chemin de l’hôpital.

La résidence de la mission médicale et l’hôpital n’étant séparés que par un simple mur mitoyen fait d’une petite porte servant de passerelle, Dr Wang, à l’instar de l’ensemble du personnel, rejoint aisément son lieu de travail. En quelques minutes de marche et après avoir longé un vaste couloir du bâtiment B, il atteint son bureau.

Une fois installé, Dr Henri peut enfin entamer sa longue journée de consultations. Habituellement, il reçoit des patients souffrant d’hypertension, de diabète ou de maladies cardiovasculaires. Mais ce mardi, un cas particulier l’attend. Le patient X comme nous l’avons surnommé, est un militaire d’active. Il présente une pathologie complexe associant cardiopathie, diabète et insuffisance rénale. En raison de la gravité et de la singularité du cas, une approche multidisciplinaire est mise en place, mobilisant autour du cardiologue chinois sept autres professionnels guinéens, médecins et infirmiers.

Avant de passer à la consultation, l’équipe guinéenne fait un point détaillé à Dr Henri sur l’état du patient. En une dizaine de minutes, le briefing est bouclé.

Dr WANG GANG, Cardiologue, ChinoisAccompagné de son interprète chinoise, Mme. Niu Hongyi, dite “Julie”, et de quelques médecins guinéens, Dr Henri se rend ensuite dans la salle C1-24 où le patient X est hospitalisé. Il est alors 9h45. Assis sur son lit, recouvert d’un drap blanc, le patient affiche un soulagement en voyant à son chevet Dr Henri et son staff… Puis, s’en suit un échange approfondi entre l’expert chinois et le patient X. Malgré la gravité et la complexité de son état, celui-ci répond avec lucidité aux questions posées. La consultation se déroule dans une parfaite synergie entre Dr Henri, l’interprète Julie et les médecins guinéens, qui interviennent parfois pour reformuler les questions ou réponses afin d’affiner le diagnostic. Tout au long de la consultation, Dr Henri observe, analyse et consigne chaque paramètre clinique et aucun détail ne lui échappe.

La consultation, qui s’achève vers 10h 15, est suivie d’une réunion de débriefing dans la petite salle attenante au bureau du cardiologue. Dr Henri y présente une première analyse de la situation du patient, avant de donner la parole à chacun des membres de l’équipe. Les échanges, d’une grande qualité scientifique et humaine, durent près d’une heure et débouchent sur un premier diagnostic.

Tout en insistant sur la nécessité de réaliser des examens complémentaires approfondis, l’expert chinois esquisse les grandes lignes d’un protocole de prise en charge adapté à la complexité du cas.

C’est précisément dans cette adaptation du protocole que réside la principale difficulté pour tout spécialiste, en particulier lorsqu’il s’agit d’un expatrié confronté à des réalités sanitaires et organisationnelles parfois différentes de celles de son pays d’origine. Dr Henri n’échappe pas à cette règle. Toutefois, fort de sa longue et riche expérience, il parvient à établir des diagnostics appropriés et à ajuster les stratégies thérapeutiques.

Depuis près de dix mois que je suis ici en Guinée, j’ai souvent été confronté à de telle réalité. Selon mes habitudes de travail en Chine, je n’ai pas pu travailler ici exactement de la même manière. On ne peut pas appliquer directement les protocoles chinois en Guinée. Il faut combiner ce qui se fait en Chine avec la réalité locale. Il est indispensable de s’adapter aux conditions locales, à l’organisation du système de santé guinéen, au fonctionnement des équipes médicales, des médecins comme des infirmiers, ainsi qu’au concept même de prise en charge des patients. Cette adaptation est essentielleIl est également important d’informer les collègues sur le concept de traitement, car il existe des différences entre les pratiques. Cela concerne notamment l’administration des médicaments, les dosages, les protocoles, ainsi que l’évaluation des risques et de la sécurité à chaque étape ”, souligne-t-il.

Au-delà de cette problématique, Dr Henri évoque d’autres défis majeurs dont la formation continue du personnel médical guinéen afin de lui permettre de s’approprier les techniques à tous les niveaux : de la consultation au suivi post-opératoire, en passant par le diagnostic, l’évaluation préopératoire, l’intervention et les gestes opératoires.

« Il est donc essentiel que les médecins et les équipes médicales maîtrisent parfaitement les techniques d’intervention. Cela nécessite de nombreuses séances de formation. D’importants efforts ont été déployés pour former les infirmiers et les médecins locaux à la réalisation de ces interventions. Il s’agit d’un processus de formation continue, couvrant toutes les étapes : l’évaluation préopératoire du patient, la préparation, les gestes opératoires et le suivi post-opératoire. Chaque détail compte. Je participe personnellement à toutes ces phases afin d’assurer une bonne coordination et un consensus au sein des équipes médicales.

Cette collaboration est très enrichissante. Les échanges sont cordiaux et l’ambiance de travail, harmonieuse. Les collègues comprennent et soutiennent mes idées. Ils posent de nombreuses questions, notamment dans leur domaine de spécialité, preuve de leur intérêt et de leur engagement. Certains ont même étudié en Chine et parlent le chinois, ce qui facilite grandement la communication avec les patients et le personnel local. Leur soutien est précieux, notamment lors des consultations », a-t-il indiqué.

 Abordant l’état du patient militaire, le Responsable de l’équipe guinéenne du service de cardiologie, Dr Ousmane Konaté, apporte, de son côté, des précisions sur les examens réalisés.

« Il s’agit d’un patient ayant présenté un infarctus du myocarde, communément appelé crise cardiaque. Dans ce type de situation, nous procédons à ce que l’on appelle une angioplastie primaire. Cela consiste à conduire le patient en salle de cathétérisme cardiaque pour intervenir immédiatement afin de déboucher les artères obstruées, rétablir la circulation sanguine et sauver la vie du patient. Ces examens sont extrêmement importants. Il convient de rappeler qu’ils n’existaient pas auparavant en Guinée. Aujourd’hui, cette prise en charge a permis de sauver de nombreux patients, ce qui constitue un progrès majeur. Toutefois, certaines contraintes subsistent.

Par exemple, un patient souffrant d’insuffisance rénale ne peut pas toujours bénéficier de cet examen sans précautions particulières. C’est pourquoi nous parlons de prise en charge multidisciplinaire. Un avis de néphrologie est nécessaire pour déterminer si le patient est apte à subir une angiographie. De même, un avis de diabétologie est requis afin de s’assurer que la glycémie est correctement équilibrée », a-t-il expliqué.

Dr Ousmane Konaté, HASIGUI, Cardiologue,S’agissant de la collaboration entre le personnel sanitaire guinéen et la mission médicale chinoise, Dr Konaté salue les qualités intellectuelles et communicationnelles du Dr Henri, ainsi que son rôle déterminant dans l’encadrement et la formation des équipes locales.

« En ce qui concerne le partenariat, il faut reconnaître qu’il est particulièrement fructueux. La coopération médicale chinoise avec notre hôpital est exemplaire. Même à deux ou trois heures du matin, lorsqu’un cas urgent se présente, les équipes sont disponibles. Nous nous réunissons rapidement, échangeons nos avis, puis intervenons au bloc opératoire. Il s’agit souvent de grands experts et professeurs qui n’hésitent pas à partager leur expertise pour la prise en charge des patients. Cette disponibilité et ce transfert de compétences sont essentiels et contribuent considérablement à l’amélioration de la qualité des soins », témoigne-t-il.

Dr WANG BIN, Infectiologue, Chef de Mission, ChinoiseCe travail à la chaîne, cette interaction quotidienne entre, d’une part, les professionnels de santé guinéens et chinois et, d’autre part, les médecins chinois et les patients guinéens, est coordonné par l’expérimenté et l’excellent infectiologue, Dr Wang Bin, Vice-directeur de l’Hôpital de l’Amitié de Pékin.

 En sa qualité de Responsable en chef de la 31ᵉ Mission médicale chinoise en Guinée, Dr Wang Bin exprime sa fierté à l’égard des 24 membres de son équipe qui contribuent activement à l’amélioration qualitative des soins médicaux en Guinée.

C’est pour moi un grand honneur de me retrouver à la tête de cette mission. Notre équipe compte 24 membres, dont 22 proviennent de l’hôpital de l’Amitié de Beijing affilié à l’Université médicale de la capitale. Parmi eux figure le professeur Wang Gang. Ces collègues sont issus de différentes écoles et départements de l’Université. Ils sont venus nous appuyer afin d’améliorer la qualité des soins médicaux. Nous travaillons en étroite collaboration avec les médecins guinéens pour contribuer ensemble au développement de la médecine. Comme vous l’avez constaté ce matin, nos activités couvrent plusieurs domaines : la recherche, les interventions chirurgicales et l’enseignement…  Aujourd’hui, j’ai travaillé aux côtés de collègues de l’hôpital, et cette collaboration m’a permis d’obtenir de bons résultats. Chaque prise en charge d’un patient a un impact direct sur le travail des professionnels de santé. En tant qu’équipe médicale, nous avons également des spécificités et des atouts importants”, a précisé Dr Wang Bin.

Derrière le succès de chaque prise en charge médicale, se cache un leadership fondé sur un plan, une stratégie bien affinée et exécutée avec rigueur à tous les niveaux. Pour Dr Bin, la réussite de l’équipe médicale chinoise repose sur un certain nombre de principes fondamentaux notamment l’unité, l’organisation, la méthode de travail et l’engagement.

Nous fonctionnons comme une équipe unie. Nous organisons régulièrement des réunions, deux fois par semaine, pour discuter des cas complexes ou graves. Cette approche multidisciplinaire constitue l’un des principaux avantages de notre méthode de travail. Bien entendu, la réussite de nos traitements dépend aussi fortement de l’appui et de l’engagement des médecins guinéens… », a confié le Chef de la Mission médicale.

Afin de consolider durablement ces acquis, Dr Bin appelle vivement à une collaboration harmonieuse et intelligente renforcée entre médecins Guinéens et Chinois dans le cadre de la coopération bilatérale sino-guinéenne. 

 

Reportage réalisé par Camara Amara Moro avec la collaboration de Bah Alhassane et Diallo Mamadou Saliou pour Guinéenews

 

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