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Les naufragés de l’école : immersion auprès des enfants déscolarisés de Conakry

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« Quand l’école ne parvient plus à retenir un enfant, ce n’est pas seulement un élève qu’on perd, c’est tout un destin qui bascule », avertit un enseignant communautaire

À Conakry, ils sont les visages invisibles de l’échec scolaire. Aux carrefours, dans le tumulte des marchés ou le cambouis des ateliers, des milliers d’enfants ont troqué leurs cahiers contre la survie quotidienne. Plongée dans une réalité où l’école s’efface devant l’urgence de vivre.

L’enfance sacrifiée au coin de la rue

Ils sont partout, mais on ne les voit plus. À Conakry, des enfants en âge de porter l’uniforme hantent les rues jusque tard dans la nuit. Derrière ces regards juvéniles se cachent des trajectoires brisées par la pauvreté et l’absence de perspectives.

Parmi eux, Ibrahima, 13 ans. Il a quitté les bancs alors qu’il n’était qu’en CE2. Un jeudi matin, tandis que les cloches des écoles résonnent au loin, il joue aux billes à même le sol avec des compagnons d’infortune. Son récit est celui d’un basculement précoce :

 « J’ai perdu mon père. Ma mère devait s’épuiser pour nous nourrir, mes frères et moi. J’ai fini par lâcher. En classe, je n’y arrivais plus ; j’ai triplé le CE2. Aujourd’hui, j’aide ma mère à vendre des condiments au marché. Plus tard, je veux apprendre un métier », confie-t-il, d’une voix habitée par une résignation troublante.

Un système à bout de souffle

Comme Ibrahima, beaucoup deviennent les piliers économiques de foyers aux abois, sacrifiant leur instruction sur l’autel de la survie. Mais la précarité n’est pas seule en cause. Le mal est structurel : frais de scolarité prohibitifs, éloignement géographique et redoublements chroniques finissent par user la volonté des familles.

Dans certains quartiers de la capitale, le tableau est sombre : classes surchargées, pénurie d’enseignants et infrastructures délabrées. Ce cocktail décourageant transforme l’école, censée être un refuge, en un lieu d’exclusion.

Une bombe à retardement sociale

Pour les acteurs de la société civile, le constat est sans appel : ces enfants, livrés à eux-mêmes, sont les proies faciles du travail précoce et de la délinquance.

« Quand l’école ne parvient plus à retenir un enfant, ce n’est pas seulement un élève qu’on perd, c’est tout un destin qui bascule », alerte un éducateur communautaire.

Selon lui, ces jeunes ne sont pas des démissionnaires, mais les victimes d’un système incapable de s’adapter aux réalités sociales du pays.

L’avenir au jour le jour

Malgré quelques initiatives locales de réinsertion et de formation professionnelle, la plaie reste béante. Pour ces « naufragés », l’avenir ne se conjugue plus au futur, mais au présent. C’est un combat silencieux qui se joue chaque jour, loin de la lumière des salles de classe, dans l’espoir incertain d’une main tendue.

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