
Après 15 ans d’inertie, le secteur médical guinéen s’apprête à vivre un tournant historique. Le ministère de la Santé a lancé une mission officielle pour le renouvellement du bureau de l’Ordre National des Médecins.
Pour le Dr Fodé Kaba, Directeur du Centre Médico-Communal (CMC) de Ratoma, cette décision est bien plus qu’une simple formalité administrative : c’est une bouffée d’oxygène pour l’éthique, la protection sociale et la crédibilité du corps médical.
Une attente de 15 ans enfin comblée
Le constat était devenu une plaie béante au sein du système sanitaire guinéen : l’absence de renouvellement de l’Ordre National des Médecins pendant plus d’une décennie. « Personnellement, j’accueille cette initiative de façon très favorable », confie le Dr Fodé Kaba. Pour ce responsable de terrain, ce renouveau est la clé pour insuffler « une nouvelle vision et de nouvelles stratégies » au sein d’une profession qui doit se réinventer pour répondre aux défis contemporains.
Structurer, réguler et protéger
Au-delà de l’alternance des hommes, c’est la mise à jour des fondamentaux qui est en jeu. Le Dr Kaba souligne l’urgence de revaloriser les documents normatifs et légaux. Dans un contexte où la pratique médicale doit naviguer entre exigences techniques et rigueur morale, l’Ordre apparaît comme la boussole nécessaire. « Cela permettra d’avoir un levier pour nous conformer aux normes de l’éthique et de la déontologie », précise-t-il.
Vers une couverture sanitaire universelle
L’un des points les plus marquants de l’analyse du Dr Kaba concerne le financement de la santé. En Guinée, ce sont les ménages qui supportent l’essentiel des coûts via le paiement direct, un système lourd pour les citoyens.
« L’Ordre pourrait appuyer le système de protection sociale, notamment les caisses nationales de prévention, pour faire en sorte que la couverture sanitaire universelle soit une réalité dans ce pays », a émis notre interviewé.
En agissant comme un interlocuteur crédible entre les autorités et les agents de santé, le futur bureau de l’Ordre est perçu comme un « rempart » et un « arbitre ». Il ne s’agit plus seulement de sanctionner les fautes, mais de défendre les droits des praticiens, d’améliorer leurs conditions de vie et de garantir qu’aucun médecin ne se sente isolé face à des situations professionnelles complexes.
Un espoir pour l’avenir
L’installation prochaine de ce bureau, espérée à l’issue d’une élection « libre et crédible », marque une étape décisive dans la refondation du système de santé prônée par le ministre Dr Oumar Diouhé Bah. Pour le Dr Fodé Kaba et ses confrères, le message est le suivant : la profession médicale guinéenne est prête à reprendre sa place, structurée et protégée, au service exclusif de la population.

