
Depuis plusieurs semaines, les réseaux sociaux bruissent des rumeurs les plus fallacieuses et les plus farfelues au sujet de l’état de santé du Président. Le genre de ragots qui, en d’autres temps, aurait simplement fait sourire tant ils sont loufoques et saugrenus. Mais voilà : dans la Guinée actuelle, les dirigeants semblent accorder une importance démesurée à toutes les sottises qui circulent en ligne, ce qui donne à ces balivernes une résonance qu’elles ne méritent absolument pas.
Il faut dire qu’un Président de la République est, par essence, un personnage public exposé à tous les fantasmes. Le moindre signe de fatigue, un furoncle sur le nez, un œil rougi par le manque de sommeil ou une simple claudication due à un faux pas lors d’un footing matinal… et voilà les oiseaux de malheur annonçant un apocalypse présidentiel imminent. Autrefois, ce rôle revenait aux magazines people, souvent marginalisés et à l’impact limité. Aujourd’hui, ce sont les réseaux sociaux qui ont pris le relais, avec leur caisse de résonance infernale — et leur pouvoir amplifié par les calculs politiques du moment.
Pourtant, ici comme ailleurs, les rumeurs les plus folles sur l’état de santé des chefs d’État ont toujours existé. Rien de nouveau sous le soleil : seulement une nouvelle manière, plus rapide et plus bruyante, de propager l’absurde.
La santé des présidents est un terrain fertile, un terreau idéal pour les théories les plus extravagantes : décès secret soigneusement dissimulé, utilisation de sosies, masques en silicone, mise en scène d’apparitions publiques… On connaît la chanson. Et les exemples abondent.
Qui a oublié le cas de l’ancien président sénégalais Abdoulaye Wade ? À plusieurs reprises, notamment en 2016 alors qu’il avait déjà 90 ans, des tweets alarmistes et des sites spécialisés dans les intox ont annoncé sa mort. En 2020, c’est même une bourde informatique de RFI publiant par erreur des nécrologies pré-rédigées qui a relancé toute la machine à fantasmes. Wade est toujours vivant.
En Côte d’Ivoire, en 2014, la longue absence d’Alassane Ouattara, parti en France pour soigner une sciatique, a donné lieu à une avalanche de spéculations : mort cérébrale, cancer foudroyant, prise de pouvoir en coulisses… Rien n’y avait échappé. Ouattara est toujours vivant!
En Guinée, ce phénomène n’a rien de neuf. En mars 2003, dans une salle comble de responsables réunis à Conakry, Lansana Conté avait dû monter au créneau. D’un ton ferme et presque amusé, il avait lancé :
« La date de ma mort n’est pas arrivée. Et si ça devait arriver, Dieu ne me demandera pas mon avis, alors attendez ! »
Une manière directe de balayer des spéculations qui affirmaient déjà qu’il était soit mort, soit totalement incapable de gouverner.
Même scénario en juin 2020. Alors que des rumeurs insistantes évoquaient son décès ou une grave maladie, Alpha Condé avait choisi de prendre la parole en direct dans la matinale de la radio privée Sabari FM. Avec son ironie habituelle, il avait déclaré :
« Je rassure le peuple guinéen : je me porte comme un charme, et je suis certain que j’enterrerai beaucoup de gens qui souhaitent ma mort ! »
Bref, la rumeur autour de la santé d’un chef d’État est un vieux feuilleton, éternellement remis au goût du jour. Et Mamadi Doumbouya, comme tous ceux qui ont occupé le fauteuil avant lui, ne pouvait pas y échapper. Car dans un pays où la politique se vit autant sur les places publiques que sur les fils Facebook, la moindre photo, le moindre silence, la moindre absence suffit à alimenter les scénarios les plus délirants.
Le pouvoir attire la lumière. La lumière révèle les ombres. Et les ombres, sur les réseaux sociaux, deviennent très vite des fantômes inventés de toutes pièces.

