
Mercato politique, manifestations, rebondissements, crises, mutations et innovations ont rythmé l’année 2025 dans la région administrative de Labé. Une année singulière, qui s’est nettement démarquée des précédentes sur plusieurs plans. De la politique aux faits divers, en passant par l’agriculture, l’élevage, le commerce, les travaux publics et la justice, la rédaction régionale de votre quotidien électronique Guinéenews vous propose cette grande rétrospective.
Tensions politiques et recompositions partisanes
La transition politique est demeurée au cœur des préoccupations. Les tensions apparues en 2024 se sont prolongées dès les premiers jours de 2025. Le 6 janvier, la cité de Karamoko Alpha a massivement suivi le mot d’ordre de manifestation lancé par les Forces vives de Guinée. Des affrontements ont opposé des jeunes aux forces de l’ordre, nécessitant l’intervention de véhicules blindés pour disperser les manifestants dans certains quartiers dits « chauds ».
Le paysage politique local a également été marqué par des ralliements de poids au pouvoir en place. Le 26 avril 2025, à Mamou, Cellou Baldé, ancien coordinateur des fédérations de l’UFDG et ex-député de Labé, est sorti de son silence. Aux côtés de Joachim Milimouno, autre figure dissidente, il a publiquement appelé au soutien du général Mamadi Doumbouya.
L’année s’est achevée avec le scrutin présidentiel du dimanche 28 décembre 2025, censé mettre fin à la transition. À Labé, le vote s’est déroulé dans le calme, mais sous un impressionnant dispositif sécuritaire. Un désintérêt progressif des électeurs a toutefois été observé au fil de la journée, de nombreux bureaux de vote se retrouvant quasiment déserts dès la mi-journée.
Une économie régionale asphyxiée par les pénuries
Le quotidien des populations de Labé a été durement affecté par une succession de crises d’approvisionnement. La pénurie de carburant, en début d’année, a fortement paralysé les activités économiques. Le litre s’est négocié jusqu’à 25 000 GNF au marché noir, tandis que de longues files d’attente se formaient devant les rares stations ouvertes.
Le secteur du bâtiment n’a pas été épargné. Une crise inédite du ciment, aggravée par l’état dégradé de la route Mamou-Labé, a découragé les transporteurs. En pleine saison des pluies, le sac de ciment, devenu rare, a vu son prix atteindre 100 000 GNF, entraînant l’arrêt de nombreux chantiers.
À cela s’est ajoutée une grave pénurie de farine, plongeant la filière boulangère dans une situation critique. Conséquence d’un déficit en blé et de problèmes logistiques, cette rupture d’approvisionnement a frappé de plein fouet la commune urbaine de Labé. Les boulangers, incapables de se procurer des sacs de farine même à 400 000 GNF, ont été contraints de fermer presque tous les fours de la ville.
Travaux publics : des avancées en pointillé
Le développement urbain a connu une évolution irrégulière. L’ouverture de la campagne présidentielle a permis le bitumage d’environ cinq kilomètres de voirie à Labé. Cependant, les travaux se sont brusquement interrompus à la fin de la période électorale.
En revanche, les préfectures de Tougué et de Koubia ont enfin bénéficié du bitume en 2025. Malgré tout, les axes routiers menant vers Mali et Lélouma, ainsi que la reconstruction de la route Mamou-Labé, restent des chantiers en souffrance, en dépit des promesses répétées.
Environnement et climat : entre catastrophes et signaux contrastés
Le 11 septembre 2025, de violentes pluies, durant près de cinq heures, ont provoqué des inondations dans plusieurs quartiers de Labé, notamment Paraya et Tata. Le pont de Ley-Dheppol, sur la nationale N°5, a été emporté, coupant le trafic vers Pita pendant 48 heures. Une réparation provisoire a été réalisée grâce à une intervention d’urgence du gouvernement, appuyée par l’entreprise Henan Chine.
Sur le plan environnemental, l’année a également été marquée par un fait tragique à Salambandé, dans la préfecture de Mali, où un éleveur a abattu un lion pour venger son bétail, un acte sanctionné par la justice. À l’inverse, l’inspection régionale de l’environnement s’est félicitée de l’augmentation de la population de chimpanzés, notamment dans la zone du Bafing-Falémé. Toutefois, la dégradation de leur habitat naturel et la rareté de la nourriture poussent ces primates à se rapprocher des villages périphériques de Labé, générant de nouveaux conflits avec les populations locales.
Justice : une main ferme contre la criminalité
Le Tribunal de première instance de Labé a marqué les esprits par la rigueur de ses décisions lors des audiences criminelles d’octobre 2025. Sur 24 dossiers examinés, plusieurs accusés ont écopé de peines allant jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle, notamment dans des affaires d’assassinat et de meurtre intrafamilial, dont des cas de parricide et d’homicide sur ascendant.
Agriculture et élevage : un secteur en perte de vitesse
Le constat est amer pour l’agriculture locale. Le Fouta Djallon, jadis considéré comme le « grenier de l’Afrique de l’Ouest », dépend désormais largement des importations. Plus de 80 % du riz consommé provient d’Asie, tandis que la viande est massivement importée du Mali pour combler les déficits saisonniers.
La concurrence étrangère touche également les fruits : bananes du Sénégal et mandarines d’Afrique du Sud envahissent les marchés, au détriment des productions locales. En fin d’année, le prix de la pomme de terre a doublé, passant de 7 000 à 14 000 GNF le kilogramme. Selon la Fédération des paysans du Fouta Djallon, cette flambée s’explique par des pluies dévastatrices et une attaque de mildiou ayant ravagé les cultures de contre-saison.
Faits divers : le drame de l’aérodrome
L’année 2025 restera aussi marquée par la noyade de cinq enfants, le 15 mai, sur le chantier de l’aérodrome de Labé. Les victimes ont trouvé la mort dans une mare d’eau formée sur la piste en construction, un site alors dépourvu de mesures de sécurité adéquates. Ce drame a suscité une vive émotion et provoqué un sursaut des autorités, qui ont depuis accéléré les travaux de clôture afin d’éviter de nouveaux accidents.

