
De la scène comique aux responsabilités culturelles, Mamadou Thug s’est progressivement imposé comme l’une des figures marquantes de la promotion de la culture guinéenne. Artiste comédien, acteur culturel, fondateur du Centre culturel Ka Werde et commissaire général du Festival des Arts et du Rire (FAR) de Labé, il revendique désormais un parcours placé sous le signe de la transmission, de la formation et de la valorisation du patrimoine national.
Après son passage au Conseil national de la Transition (CNT), couronné notamment par son élévation au grade de Chevalier de l’Ordre national du Mérite de la République de Guinée et par plusieurs distinctions nationales et internationales, Mamadou Thug entend poursuivre son engagement autrement : apprendre davantage, créer, accompagner les jeunes talents et faire de la culture un véritable levier de développement.
À l’approche de la 10ᵉ édition du FAR de Labé, prévue du 28 mars au 4 avril 2027 autour du thème « Maturité », l’humoriste revient sur la genèse de Ka Werde, les acquis du festival, ses ambitions pour cette édition anniversaire et ses projets pour l’avenir. Dans cet entretien accordé à Guinéenews, il livre également un regard personnel sur la suite de son parcours, entre formation, retour à la scène et volonté de continuer à servir la culture guinéenne.
Guineenews.org : Bonjour, Honorable Mamadou Thug, et merci de vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas !
Honorable Mamadou Thug : Je vous remercie pour cette opportunité. Je suis Diallo Mohamed Lamine, connu sous le nom de Mamadou Thug, artiste comédien, acteur culturel, commissaire général du Festival des Arts et du Rire (FAR) de Labé et fondateur du Centre culturel Ka Werde, à Labé.
Je suis également Chevalier de l’Ordre national du Mérite de la République de Guinée. À travers mon parcours artistique et culturel, je me suis toujours engagé à promouvoir la culture guinéenne, à accompagner les jeunes talents et à contribuer au rayonnement de notre patrimoine culturel, aussi bien en Guinée qu’à l’international.
Guinéenews : Vous l’avez rappelé, vous êtes le fondateur d’un centre culturel dénommé Ka Werde. Faites-nous la présentation de cet espace et dites-nous quelle idée a-t-elle prévalu à sa mise en place.
Merci. Pour comprendre l’histoire du Centre culturel Ka Werde, il faut remonter à 2013. L’idée est née à la suite d’une formation que nous avions suivie avec des Espagnols au Groupe scolaire Safia à Cosa. Cette expérience nous a permis de réfléchir à la création d’un véritable espace culturel dans le pays.
Avec mon équipe, nous avons travaillé pendant plusieurs années pour transformer cette vision en réalité. C’est finalement en 2021 que nous avons réussi à concrétiser le projet dans la ville de Karmoko Alpha Mo Labé.
Aujourd’hui, le Centre culturel Ka Werde, situé dans la commune urbaine de Labé, au quartier Madina, secteur Thindel, est devenu un véritable espace dédié à la culture, à l’art, à l’artisanat et au tourisme.
Le centre accueille notamment les activités du Festival des Arts et du Rire de Labé, que nous organisons dans la ville depuis 2015.
Ka Werde est composé de plusieurs espaces portant les noms de grandes figures de la culture guinéenne. Nous avons notamment l’espace Italo Zambo, comédien, danseur et acrobate, d’une capacité d’environ 500 places assises, destiné aux spectacles, mariages, conférences et autres événements.
Nous avons également l’espace Amadou Sow, dédié au conte, ainsi que la salle Tibou Tounkara, destinée aux formations, ateliers, projections cinématographiques et autres activités pédagogiques.
Le centre comprend aussi des bureaux d’incubation, des espaces administratifs, Daardja TV, une bibliothèque, des espaces dédiés aux résidences d’écriture, un restaurant, des stands d’exposition et de vente, une aire de jeux pour enfants ainsi qu’un parking.
En résumé, Ka Werde est le fruit d’une vision que nous portons depuis plus d’une décennie : faire de la culture un véritable levier de développement pour Labé et pour la Guinée, tout en favorisant la promotion du tourisme et de l’artisanat.
Guinéenews : Vous êtes l’initiateur du FAR de Labé depuis plusieurs années maintenant. Que peut-on capitaliser en termes d’acquis de cette manifestation depuis sa création ?
Les acquis du Festival des Arts et du Rire de Labé sont nombreux. Tout d’abord, le FAR de Labé est devenu l’un des premiers événements culturels internationaux organisés en dehors de Conakry à réunir plusieurs disciplines artistiques, tout en intégrant également le tourisme et l’artisanat.
Parmi les grands acquis, je peux notamment citer la création du Centre culturel Ka Werde, qui est directement lié à la vision et à la dynamique développées autour du festival.
Le FAR de Labé a également servi de tremplin à de nombreux artistes. Certains ont pu accéder à des formations, gagner en visibilité et participer à des événements à l’international grâce aux opportunités créées autour du festival.
Nous avons également développé un important réseau de partenaires, notamment dans les médias, qui nous accompagnent depuis les premières éditions et contribuent à donner davantage de visibilité aux artistes et aux différentes initiatives.
Si je devais résumer la mission du FAR de Labé, je dirais qu’il s’agit de former, sensibiliser, coacher, promouvoir et offrir des espaces de création et de diffusion aux artistes et aux acteurs culturels.
Au-delà du festival lui-même, notre ambition est donc de créer un véritable écosystème culturel capable de faire émerger les talents et de contribuer au développement économique et touristique de notre région.
Guinéenews : En avril prochain, se tiendra la dixième édition du FAR de Labé. Certes, il est encore tôt pour en parler, mais que prévoyez-vous pour cette édition et en quoi se distinguera-t-elle des précédentes ?
Pour être plus précis, la prochaine édition du Festival des Arts et du Rire de Labé est prévue du 28 mars au 4 avril, au Centre culturel Ka Werde ainsi que dans plusieurs autres espaces de la ville.
Cette année sera particulièrement importante puisqu’il s’agira de la 10ᵉ édition du festival, placée sous le thème « Maturité ».
Ce thème traduit à la fois le chemin parcouru depuis la création du FAR de Labé et notre volonté de nous projeter vers l’avenir. Après dix années d’expérience, nous avons aujourd’hui suffisamment de recul pour mesurer le chemin accompli, mais surtout pour réfléchir à une nouvelle étape dans le développement du festival.
Cette édition anniversaire sera donc exceptionnelle à plusieurs niveaux. Nous aurons notamment la Côte d’Ivoire comme pays invité d’honneur, la région de Nzérékoré comme région invitée, Forécariah comme ville invitée, ainsi que la sous-préfecture de Popodara comme localité immersive.
Nous attendons plus de 200 festivaliers, avec la participation d’artistes, d’artisans, de journalistes, de professionnels de la culture et de bénévoles.
Aux côtés de la Guinée et de la Côte d’Ivoire, plusieurs autres pays seront représentés, notamment le Sénégal, la Mauritanie, le Burkina Faso, la Belgique et la France.
Cette dixième édition sera donc une célébration de dix années de travail, mais également une manière de réaffirmer notre ambition : faire du FAR de Labé une véritable plateforme internationale de création, de rencontre, de formation et de promotion de la culture africaine.
Guinéenews : Et pour clore cet entretien, quelle est l’actualité de Mamadou Thug après son passage au CNT ?
Mon actualité est particulièrement riche ces derniers temps. Comme vous le savez, j’ai eu l’honneur d’être élevé au rang de Chevalier de l’Ordre national du Mérite de la République de Guinée, par décret présidentiel.
J’ai également reçu deux autres distinctions importantes. En Guinée, j’ai reçu le Prix d’Excellence Miroir et, récemment, dans l’État du Maryland, aux États-Unis, j’ai reçu le Community Impact Award, aux côtés de plusieurs personnalités et invités venus de différents horizons.
Je tiens à remercier les organisateurs, notamment QueenB Global Events et Mme Diallo Hawa Barry, ainsi que toutes les personnes qui ont contribué à cette reconnaissance.
Je considère toutes ces distinctions comme une grande responsabilité. Elles ne représentent pas seulement des récompenses personnelles ; elles constituent pour moi une invitation à continuer à travailler et à servir la culture avec davantage d’engagement.
J’ai d’ailleurs dit à ma famille et à mon équipe que j’avais désormais plusieurs cordes à mon arc. Mais une chose est certaine : j’aime profondément la scène et j’y reviendrai.
Avant cela, je souhaite cependant poursuivre ma formation afin de renforcer mes compétences, notamment dans les domaines du management, de la communication et du marketing, qui accompagnent mon parcours depuis plusieurs années.
À mon retour en Guinée, je compte donc me renseigner davantage sur les possibilités de poursuivre des études en master et, si les conditions le permettent, jusqu’au doctorat.
Je considère que, même lorsqu’on possède de l’expérience et une certaine maîtrise de son domaine, on ne finit jamais d’apprendre. La formation continue est essentielle pour se perfectionner, évoluer et mieux servir les projets que nous portons.
Depuis le 22 janvier 2022, date à laquelle j’ai été appelé à siéger au Conseil national de la Transition (CNT) à la suite de la confiance placée en moi par le Président de la République, Son Excellence Monsieur Mamadi Doumbouya, j’ai toujours considéré mon parcours comme une responsabilité au service de la culture et de la nation.
Aujourd’hui, je souhaite continuer à apprendre, à créer, à transmettre et à contribuer, à mon niveau, au rayonnement de la culture guinéenne.

