Sport : Papa Camara, l’une des étoiles les plus scintillantes du football guinéen s’en est allé aussi!

1

La liste s’allonge comme le temps s’égrène inexorablement.  Parfois et souvent, certains rêves sont précurseurs ou prémonitoires, mais ils sont insaisissables jusqu’à l’annonce de ce qu’ils voulaient signifier. On a rêvé la nuit dernière d’une tombe avec un ballon dans un filet qui le contient.

C’est la nouvelle qui tombe par Tino, ce matin : « Moise, mes condoléances « »- Qui, encore ?- « Tu ne le devineras jamais »- C’est un footballeur ?-« Oui ». En une fraction de seconde, la réponse est venue d’elle-même: Papa Camara ?…

L’une des étoiles les plus scintillantes du football guinéen  vient d’entrer à son tour dans le Trou Noir de la vie comme les étoiles et les planètes du cosmos.

La première fois que j’ai vu Papa sur un terrain de football, c’était en 1971-72, ça fait vieux. C’était lors d’un mach interscolaire et universitaire : le lycée 2 août-université Gamal. Il était en 12ème, j’étais en 11ème. Le match s’était terminé par une victoire du lycée 2 août. Les lendemains de cette victoire, les stagiaires de Poly qui donnaient les cours au 2 août avaient séché les cours.

La tension était telle que Sékou Philo avait fait des démarches à ce sujet pour ramener les Amara Kaba et autres à reprendre les cours. On disait que le ministre et membre du Bureau Politique National Mamadi Kéita s’était personnellement impliqué pour rabibocher. Papa avait été le pivot du 2 août.

Depuis, je l’ai revu avec les Espoirs de Guinée et un jour de décembre 1972, le Hafia FC accéda à la finale de la Coupe d’Afrique des clubs champions pour la première fois de son histoire. Alors que les locaux menaient par 2-0, les Simba-Ouganda se réveillèrent en deuxième période avec un certain Wandera et égalisèrent coup sur coup. On se souvient encore comme d’hier de la frappe de Wandera qui a coupé le terrain de la droite vers la gauche pour envoyer un tir-savonnette que le « chat » Morciré Sylla, malgré toutes les détentes possibles, ne put se saisir, s’il ne l’avait pas poussé dans ses propres filets. Tout le stade du 28 septembre était dans une angoisse et dans un silence de cimetière. A la 25ème minute de la deuxième mi-temps, Budaï fut un changement insolite, il fit sortir Condé Mory pour faire entrer en jeu Papa Camara à côté de Soumah Sény Blinky. Le jeu s’équilibra peu à peu et même que le Hafia prenait le dessus sur les Simba. Chérif Souleymane marqua un but et quelqu’un d’autre avait clôturé le score à 4-2.

Depuis, Papa n’a jamais plus quitté le Hafia et le Syli National dont il fut sinon l’auteur de toutes les victoires mémorables, mais l’artisan incontournable. Au sommet de son art en 75 et 76, la CAF lui refusait abusivement deux ballons d’or pour deux ballons d’argent. En 77, lors du triplé contre les « Cœurs de chêne du Ghana », la victoire et la défaite ne tenaient qu’à un fil d’araignée. Le Hafia était allé gagner 1-0 à Accra, mais au retour, c’était une autre paire de manches. Puisque les Ghanéens réussirent à remonter au score, 2-2 à 5 minutes de la fin du match avec une domination outrancières des visiteurs. Si les Ghanéens avaient gagné ce jour-là par un seul but d’écart, sur l’ensemble des deux matches, ils avaient le goal différentiel favorable.  Une crise cardiaque frappa le chef du quartier Condetto de Dabondy, on ne connait que ce cas, mais on parlait de plusieurs autres à Conakry.

Le président Ahmed Sékou Touré fit son entrée dans l’arène du stade pour casser le jeu. On a vu les joueurs Ghanéens lever les bras de désespoir au ciel. Le jeu fut interrompu pendant des minutes et quand il put reprendre, c’est le Hafia qui reprit le dessus, et sur une chevauchée forcenée de Bangaly   Sylla sur le côté gauche, redressa une balle dans les 11-12 mètres pour Papa Camara qui, d’un tir croisé, marqua le 3/2.

La vérité est historique. Les historiens bonimenteurs ne devraient pas éluder ce paragraphe. On ne sait pas si, actuellement Alpha Condé faisait la même chose, ce que la CAF et la FIFA en diraient, mais le Hafia avait bénéficié  non seulement du 12ème joueur, qui  était son public, mais encore du 13ème  homme, qui était son président. Mais en toute chose, il fallait gagner définitivement cette coupe Kwame Nkrumah, qui fut co-président de la Guinée, quand il fut renversé par un coup d’Etat en 1967.

Depuis, le football guinéen est tombé dans l’oubli, parce que les artisans du football populaires ont été écartés un à un de ce sport. Il ne reste plus beaucoup de survivants de cette belle épopée. Cependant, le premier ballon d’or, Chérif Souleymane, le plus grand avant-centre du continent, le grand frère Petit Sory fument toujours, mais Blinky et Bans sont aussi bien mal en point.

Les actions encourageantes et salvatrices de Siaka Barry n’ont pas été suivies par son successeur. Ne les laissez pas mourir à petit feu dans leur coin.

Pour terminer ces propos, il y a environ deux mois, j’ai rencontré Papa Camara à la BICIGUI de Matam. Il était en dégénérescence physique marquée, mais Thierno Saïdou Diakité l’avait reconnu, c’était une retrouvaille. Je le montrai à mon petit-fils de 12 ans qui vient de la Côte d’Ivoire : si vous connaissez Laurent Pokou, chez nous, ici, voici son égal en popularité, il s’appelle Papa Camara. Il y avait une vingtaine de personnes dans la banque, toutes avaient cessé leurs occupations pour polariser les regards sur l’artiste et n’avaient d’ouï que sur ce qu’on se disait. Pour ne pas que l’on le prenne pour has-been, on l’a tiré dehors. Devant les escaliers, deux belles demoiselles nous rejoignirent. L’une m’adressa la parole tandis que l’autre mettait son appareil au point : « Monsieur, svp, c’est le grand footballeur de la Guinée ? »- C’est Papa Camara, en chair et en os. – Est-ce qu’il nous permet une photo avec lui ? Je regardai Papa interrogativement. Il consentit de bon cœur. J’avais cru qu’il allait s’excuser, vu son état. Si ces demoiselles ont encore cette photo, qu’elles veuillent la mettre en ligne, c’est, à mon avis, la dernière photo de papa Camara sur pied. Faites passer le message.

Si la gloire est éphémère, la reconnaissance est éternelle. Corso, il était temps de se quitter pour un repos bien mérité et éternel. Dors en paix et passe le bonjour à Doyen Pathé et aux autres. On arrive.

  • CONDÉ ABOU

    Excellente analyse mon Cher Monsieur Moise Sidibe et félicitations pour la solidité de la mémoire et la pertinence de la narration que je viens de lire.

    Je prie Dieu pour la paix au paradis éternel à l’âme de l’une des plus grandes gloires nationales du football Guinéen et qui nous a quittés hier Jeudi, en la personne du regretté Papa Camara.

    Que Dieu le Très Haut ait son âme au paradis éternel. C’est une mort dans des conditions pas du tout dignes du service rendu à la Nation par Papa Camara. Et c’est très dommage pour le pays.

    Ceci dit, qui, faut-il blâmer dans ce qui est arrivé à Papa Camara ?
    Le Gouvernement lui seul ne peut pas du tout porter ce chapeau du manque d’assistance à un sportif qui aurait complètement manqué de ressources et de soutien financier au moment où il en avait besoin.

    Il y a indiscutablement une bonne part de responsabilité de son ancien employeur la FEGUIFOOT.

    L’on ne parlera jamais assez de la faute du Gouvernement qui n’a aucune politique claire dans le traitement de faveurs et les avantages à accorder aux anciennes gloires nationales du sport, de la musique et des arts dans ce pays.

    Les dernières interviews des légendaires El Hadj Sékou Le Gros Camara, Hadja Kadé Diawara ou Hadja Binta Laly Sow en disent long. Comment ne pas avoir une pensée affectueuse et de reconnaissance au grand parolier humoriste Kouyaté Lanfia dit Sara de Kankan, rappelé à Dieu le 28 Mai 2017 à l’âge de 85 ans ? Le doyen Pathe Diallo, El Hadj Barry du théatre populaire Lewru Djéré, Aly Badara Diakité de la Radio Télévision publique, leur liste est tellement longue…….

    Qui a écrit et composé l’Hymne national de la Guinée indépendante ? L’histoire que j’ai lue, raconte que la musique vient de l’air traditionnel Alfa Yaya, adapté par le Guinéen Fodéba Keïta, auparavant retravaillé par Djély Mamadou Kandé et les paroles sont du Français Jean Cellier.

    Cet air traditionnel est une mélodie mandingue qui est redevenue populaire après avoir été utilisée en 1904 lors d’une Conférence de Notables du pays, afin de saluer l’arrivée d’Alpha Yaya Diallo, Almamy du Fouta-Djalon, actuelle province de Labé.

    Les paroles de la nouvelle version seraient inspirées des combats que Jean Cellier, Professeur de Musique à Conakry mena dans la Résistance Française et l’anticolonialisme.

    Comment la Nation peut-elle passer par pertes et profits toutes ces oeuvres titanesques chargées d’histoire et de valeurs pour le pays ?

    Ils ont fait tellement de bien pour ce pays, et ils sont très injustement récompensés par la Nation. Quelle injustice du pays à l’encontre de ses meilleurs serviteurs !

    MORALITÉ:

    D’abord, le Gouvernement devrait dégager des ressources budgétaires substantielles en inscrivant des lignes budgétaires spéciales en faveur de toutes les anciennes gloires nationales (sport, musique, arts, etc…) et pour les autres sommités de la recherche scientifique.

    Tous les anciens sportifs, musiciens et artistes devraient se lever et descendre dans les rues pour exiger du Gouvernement une réparation et un accès à leurs droits, puisqu’il ne s’agit pas de charité. Indignez-vous et révoltez-vous, chers compatriotes sportifs, musiciens, artistes et autres anciennes gloires nationales !

    Ensuite, il est inadmissible de la part du Gouvernement, de faire un discours contradictoire en demandant aux Jeunes Guinéens de la génération actuelle, de ne pas aller à l’aventure vers l’Eldorado Européen et Nord Américain, et d’arriver à un bilan aussi dramatique et injuste.

    Tous les jeunes de la génération actuelle, voient tous les jours, le sort que subissent les anciennes gloires nationales et qui avaient cru en leur propre pays en restant sur place.
    Parallèlement, que fait la FEGUIFOOT pour les gloires nationales du football pour ne parler que de ce seul secteur ? Où est la FEGUIFOOT ?

    La FEGUIFOOT a non seulement l’obligation de protéger les footballeurs nationaux en leur accordant des primes très fortes pour leur depart à la retraite et dignes de leur rang, mais pour ceux qui sont encore à la fleur de leur âge sur les stades, au moins une police d’assurance-vie, et une police d’assurance-maladie devraient être soucrites obligatoirement en leur faveur.

    Ceci permettrait d’amortir les terribles chocs et déceptions des vieux jours et de leur démontrer la reconnaissance de la Nation dans un environnement général de plus en plus difficile, que dis-je de plus en plus hyper égoïste et chargé de défis en tous genres.

    Le système d’assurance ne fonctionne pas du tout sur ces deux chapitres de l’assurance-vie et de l’assurance maladie des sportifs. C’est totalement absurde et inacceptable pour le pays.

    En Côte D’Ivoire, le PRADO a pris en 2014 la formidable et généreuse décision de faire identifier les gloires nationales de ce pays voisin et qui étaient au nombre d’environ 75 personnes, puis il leur a accordé au titre des charges présidentielles et de façon définitive, une prime mensuelle de 300 Mille Francs CFA (environ 275 US Dollars), jusqu’à la fin des vieux jours.

    En y ajoutant les primes d’assurance pour ceux qui en avaient, les anciennes gloires nationales se retrouvent dans des conditions de vie plus dignes et plus honorables par rapport à leur statut. C’est tout ce package qui manque cruellement à la Guinée.

    Voilà pourquoi, le décès de notre compatriote Papa Camara devrait interpeller les anciennes gloires nationales, la FEGUIFOOT et le Gouvernement pour un sursaut national pour en finir avec une injustice qui n’a que trop duré dans ce pays.

    Encore une fois, mon Cher Moise Sidibé, grand merci et félicitations pour votre excellente narration. Bonne journée de Vendredi chez vous, et merci pour la courtoisie de Guineenews.