Soul Bang’s : «La Guinée est bourrée de talents, mais elle est en même temps leur cimetière»

13 septembre 2017 8:08:22
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A N’Zérékoré où il a séjourné récemment dans le cadre d’un concert qu’il a tenu au stade du 3 avril, Souleymane Bangoura alias Soul Bang’s, jeune artiste talentueux et lauréat du Prix Découvertes RFI 2016 s’est prêté aux questions de la rédaction régionale de Guinéenews basée à N’Zérékoré. Dans la première partie de cet entretien que nous vous proposons, il parle entre autres de ses débuts de carrière, les secrets de son succès, ses relations avec son beau-père Mory Kanté. Lisez…

Guinéenews : vous êtes aujourd’hui une star qui a conquis le cœur de beaucoup de jeunes guinéens. Mais parfois, on a envie de savoir comment vous vous êtes retrouvé à ce niveau. Autrement dit, comment vous avez embrassé la musique?

Soul Bang’s : d’abord je dois dire  merci à Guinéenews pour cette interview que vous avez bien voulu m’accorder. Il faut comprendre que je suis un enfant qui vient de très loin et aujourd’hui, nous nous retrouvons là où nous sommes grâce au travail. Nous avons travaillé et nous allons continuer à travailler parce que ce n’est qu’un début. Tout ce que nous avons fait ou que nous sommes en train de faire n’atteint même pas les 10% de nos objectifs. Merci au bon Dieu qui est en train de nous guider sur le bon chemin.

Guinéenews : faire de la musique, est-ce qu’un hasard ou une passion pour vous?

Soul Bang’s : on s’est retrouvé dedans mais c’est toujours par passion. Au début je rêvais d’être militaire mais finalement je me suis retrouvé dans la musique parce que c’est mon destin. En outre, je suis vraiment un amoureux, un passionné de la musique. Parce que je suis arrivé à interpréter tout ce que j’entendais comme musique. J’arrivais à le faire parce que c’était un talent en moi et c’était indépendamment de ma volonté. Donc, voilà comment je me suis retrouvé dans la musique.

Guinéenews : et la famille dans tout ça ? Est-ce qu’elle était d’accord pour que vous vous lanciez dans cette carrière ?

Soul Bang’s : généralement en Guinée tout comme ailleurs en Afrique, quand on décide de faire la musique, les parents s’y opposent. Tout simplement parce qu’il y a cette mauvaise interprétation des choses que nous avons réussi à briser.  Aujourd’hui, j’en suis sûr que même si un des fils d’un parent se lève pour faire de la musique pour être comme Soul Bang’s, on ne refusera pas parce qu’il se trouve que le papa même est fier de Soul Bang’s. La musique est marginalisée chez nous et nous avons tous été victimes de cette perception erronée que les parents ont d’elle. Mais il faut se battre pour ce qu’on aime et pour ce qu’on veut. En dehors de ce que les gens pensent de la musique, c’est un facteur de développement et l’Etat même devrait s’investir à valoriser cette musique. Cela peut aider le pays à se développer.

Guinéenews : déjà à 24 ans vous commencez à rafler des prix à l’international. C’est quoi le secret ?

Soul Bang’s : Je l’ai dit au début de l’entretien. C’est le travail et rien que le travail. Mais nous sommes encore loin de l’objectif, car on n’a même pas atteint les 10%. Quand j’ai réorganisé mon équipe, il était question de se fixer des objectifs sur des années et aujourd’hui ça commence à payer petit à petit. Il n’y a pas de magie ou de hasard, quand tu veux réussir il faut travailler.

Guinéenews : parlons à présent de votre musique. Au départ elle était trop critiquée parce que jugée trop occidentale. Mais aujourd’hui on sent qu’il y a du changement notamment à travers le morceau ‘’Faré bonbon mbè’’. Est-ce qu’on peut parler de retour finalement à la source ?

Soul Bang’s : ce n’est pas un changement mais plutôt une évolution. Ce n’est pas un propos déplacé à l’endroit de quelqu’un mais il faut que je le dise, en Guinée on aime la musique mais on ne connait pas la musique et on ne cherche pas à la connaître. Le morceau sur lequel j’ai été taxé d’être imitateur américain, c’était le Cover de Christ Brown alors qu’avant cela je faisais la musique à moi. C’était le RNB afro-guinéen parce que je chantais dans ma langue et tout le monde comprenait ce que je disais. Ce n’était pas forcement le RNB américain et il faut savoir que même le Bembeya Jazz ne faisais pas de la musique guinéenne proprement dite. On ne peut pas me citer un seul grand artiste guinéen qui a fait la musique guinéenne, c’est toujours urbanisé. J’ai été très mal compris au début par des gens, mais maintenant, je peux dire qu’on est en train de me comprendre. Parce que je n’ai jamais changé ma façon de chanter. Je chante toujours de la même façon avec des améliorations bien que j’ai commencé à introduire des instruments traditionnels. Tout ce que j’arrive à faire aujourd’hui comme musique, c’est mixte. C’est ce que j’ai reçu comme éducation musicale, car j’ai écouté R-Kelly, Ibro Diabaté, salif Keita, Mory Kanté, Sekouba Bambino… Donc, j’ai tout ça en moi. Aujourd’hui, le monde est beaucoup plus cosmopolite, il n’y pas de limite surtout dans le domaine de la musique.

Guinéenews : est-ce que le fait d’utiliser des instruments traditionnels ne contribue pas aujourd’hui à vous propulser sur la scène internationale ?

Soul Bang’s : bien sûr ! Même quand tu chantes du RNB dans ta langue ça restera toujours RNB. La seule différence, c’est le fait de chanter dans ta langue. C’est ce qui a été la chose la plus précieuse dans mon premier album. Je ne vais pas continuer à faire cela parce que dans la musique il faut innover, il faut continuer à créer. Donc, le fait d’introduire de l’instrumental traditionnel, cela donne forcement quelque chose et surtout que c’est un métissage. Le morceau ‘’Faré bonbon mbè’’ est aujourd’hui l’un des morceaux phares en Afrique.

Guinéenews : abordons autre chose. Récemment vous avez signé un contrat avec la maison de production SONY. Quels sont les dessous de ce contrat ?

Soul Bang’s : il s’agit d’un contrat d’artiste et un album et le deuxième en option. Je serai très prochainement en studio. Le plus souvent quand on dit qu’un artiste a signé un contrat (rire) tout le monde s’attend à ce qu’on parle de chiffre, mais pas forcément. Quand un artiste signe au sein d’une maison de production, l’argent qu’on te donne est à toi. Par exemple quand je dis que je vais faire un album et que je suis capable d’enregistrer un grand nombre de vente si la maison est d’accord avec toi elle signe. Sinon tu peux toujours signer en ne demandant rien et quand l’album sort et que tu vends ce que tu as promis, tu auras ton argent. Donc, il s’agit d’un contrat licence qui est différent d’un contrat d’artiste. Avec le contrat licence, il se trouve que c’est l’artiste qui fait tout et la maison de production t’aide un peu à faire la promotion parce qu’il y a une question de diffusion et avec les diffuseurs et tout… Avant, j’étais artiste RNB Boss Music et aujourd’hui je suis avec Sony. Donc,  j’attends de faire mon album et on verra ce que ça donnera après tout.

Guinéenews : concrètement, qu’est-ce que cela peut changer dans votre carrière ?

Soul Bang’s : quand tu signes chez des majeurs, il y a toujours une différence. Avant, je m’efforçais à faire seul tout ce que je faisais, mais maintenant, je suis sous contrat et je ne fais plus les choses comme je veux. En dehors de tout cela, ce que cela peut apporter, c’est que je suis sûr que Sony pourra me mettre à un niveau que moi-même ne pouvais pas ou sinon ça prendra du temps.  Surtout qu’en Guinée les moyens ne sont pas déployés, il n’y a aucun magna qui pense à mettre sa main à la poche pour dépenser jusqu’à un million d’euro dans la musique. C’est impossible. Et en Guinée, les gens pensent que lorsqu’on tente tout et qu’on n’y arrive pas, c’est en ce moment qu’il faut faire de la musique. En réalité, ce n’est pas cela. Les premiers pays en termes d’économie en Afrique, c’est grâce à la culture et à l’industrie musicale. Je n’ai rien contre le Nigéria, bien qu’il soit un grand pays en Afrique, il ne dépasse pas la Guinée en matière de talents. La Guinée est un pays bourré de talents mais en même temps un cimetière de talents parce qu’on ne fait rien pour eux. Tu fais de belles choses et s’il y a des gens qui t’apprécient, ce sont tes fans et en dehors, l’autorité ne fait rien. Mais cela ne va pas nous empêcher à faire ce que nous aimons. On va continuer à travailler.

Guinéenews : toujours par rapport à la signature de ce contrat, il se dit que c’est grâce à votre beau-père Mory Kanté qui est une grosse pointure de la musique africaine et qui ferait tout pour vous propulser sur la scène internationale….

Soul Bang’s : (Il rit aux éclats) Arrêtez un peu ! Arrêtez un peu! En fait, il est bien capable de faire une telle chose. Aujourd’hui en Afrique, c’est une légende et je ne vois aucun artiste qui a le niveau de Mory Kanté. Mais…il y en a même qui vont jusqu’à dire que c’est Mory Kanté qui m’a aidé à avoir le Prix Découvertes RFI. C’est comme si on n’est pas conscient du talent que j’ai. C’est quand même absurde de raconter de telles choses. Si c’est Mory Kanté, c’est normal et c’est aussi une bénédiction. Mais si tu sais que ce n’est pas lui à quoi ça sert de faire des rumeurs. Donc, ce n’est pas mon beau-père qui l’a fait mais plutôt mon talent. Tout ce que nous sommes en train de faire aujourd’hui, c’est grâce au talent que nous avons et c’est tout.

Guinéenews : alors quelles sont vos relations avec votre beau-père ?

Soul Bang’s : c’est-à-dire ?

Guinéenews : vous dites vous-mêmes que c’est un monsieur qui a vraiment du talent, une légende et peut-être inégalé…

Soul Bang’s : Attention ! Attention ! J’ai dit que c’est une légende et tout ce que nous pouvons aujourd’hui, c’est de venir lui demander des conseils et il le fait à tout moment. J’entends aussi souvent les propos que les gens avancent, ils disent que je suis malin et que je me suis marié à la fille de Mory Kanté pour que ce dernier puisse me propulser. Ça n’a rien à avoir. On peut être amoureux même de la fille de Barack Obama mais cela ne veut pas dire que c’est pour t’aider à faire tes affaires. Je suis amoureux de ma femme et cela n’a rien à avoir avec Mory Kanté. Il peut bien m’aider mais tout ce qu’on n’a eu aujourd’hui,  ce n’est pas Mory Kanté et tout le monde le sait. Tout le monde sait que Soul Bang’s est un artiste qui se bat et je ne suis pas du genre à me lamenter devant les gens ou sur les réseaux sociaux. Je trouve que ce sont des détails, le plus important pour moi, c’est ma musique. Même des gens qui racontent de telles choses, quand ils écoutent ma musique ou qu’ils me voient sur scène, je les mets d’accord. Mais ils ne trouvent pas autres choses à dire sauf inventer des mensonges. Ce qui reste clair, j’ai une équipe qui se bat du jour au lendemain pour que j’atteigne ce niveau. Donc, il faut reconnaître le travail fourni par ces gens-là.

A suivre !

Entretien réalisé par Facely Konaté, Chef de bureau Guinéenews en région forestière