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Sidya Touré : « Le pouvoir veut utiliser la force pour régler les problèmes de droit »      

A peine rentré d’un séjour à l’étranger, Guinéenews a tendu son micro à Sidya Touré, président de l’Union des Forces Républicaines (UFR) qui a cru devoir s’exprimer sur certains sujets de l’actualité, nationale, l’incarcération du Dr Faya Millimono, les interpellations d’opposants au changement de la Constitution ou encore l’exemple de l’alternance en Mauritanie, qu’il qualifie de leçon pour les autres pays de la CEDEAO, entre autres. Lisez :  

Guinéenews: monsieur Sidya Touré, vous êtes président de l’Union de Forces Républicaines (UFR), après un séjour à l’étranger, vous rentrez au pays au moment où Dr Faya Millimono, président du Bloc Libéral, membre du FNDC (Font national pour la défense de la Constitution) comme vous est en prison pour avoir confondu le fameux Mamadou Lamine Fofana, alors porte-parole de la rébellion contre la Guinée, à l’actuel ministre de la Justice. Il est incarcéré alors qu’il a reconnu son tort et a même présenté ses excuses. Comment réagissez-vous à cette arrestation ?

Sidya Touré: Faya est un leader politique connu reconnu en Guinée. Ce n’est donc pas une personne qui peut disparaitre. Il n’a non plus pas la capacité de faire disparaitre quelque preuve que ce soit. Dans ces conditions, on n’a pas besoin de le garder en prison avant que le jugement ne se tienne. Dans aucun pays cela ne peut se faire. Notre propre Constitution est contre ce genre de chose. Mais vous savez aujourd’hui on veut régler les comptes par la loi. Et quand la loi ne suffit pas, on veut modifier, modeler la loi de telle façon que cela soit conforme aux désidératas des dirigeants du pays. Donc je m’élève absolument contre cela et je demande que la justice se saisisse de ce problème. Le temps que le jugement soit fait, on ne peut pas garder Faya en prison. Il doit absolument être en liberté pour pouvoir présenter ses arguments. Et le juge seul pourra déterminer dans ce cas s’il doit être condamné ou pas.

Guinéenews: vous dites qu’on veut régler des comptes. A quoi faites-vous allusion ?  

Sidya Touré: on veut régler des comptes aux politiques. En fait ce qu’on ne peut pas régler sur le plan politique, on veut utiliser la justice pour cela. Nous le voyons tous les jours.

 Guinéenews: vous êtes de ceux qui se battent pour l’alternance en Guinée. Vous avez certainement suivi l’exemple mauritanien où le président sortant qui est un militaire a passé la main à un autre militaire dans un climat de convivialité. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Sidya Touré: c’est une leçon que des militaires mauritaniens nous ont donnée. Ce qui va dans l’intérêt de votre pays, c’est ce qui vaut la peine de se battre. Aujourd’hui il n’y a aucun pays de la CEDEAO qui s’inscrit dans le cadre d’un mandat permanent. Il n’y a que chez nous que cette idée continue de perdurer. La Mauritanie n’est pas un pays de la CEDEAO. Et le régime est un régime militaire. Je crois que ce monsieur avait la capacité, si ce n’était qu’il était très préoccupé par les intérêts de son pays, de poursuivre son mandat. Donc cela dénote tout simplement de l’isolement du chef de l’Etat guinéen sur un sujet qui, aujourd’hui, ne peut être accepté nulle part dans les pays de la CEDEAO et partout notamment dans le monde occidental, tout le monde s’élève pour dire que c’est totalement inacceptable.

 Guinéenws: en Guinée aujourd’hui, tous ceux qui s’élèvent contre le changement de la Constitution ou à un éventuel 3ème mandat pour le président Alpha Condé sont inquiétés par les autorités policières et judiciaires. Quel est votre commentaire là-dessus?

Sidya Touré: mon commentaire c’est que nous sommes en train de rentrer dans un système où le pouvoir veut utiliser la force pour régler les problèmes de droit. Bien sûr que nous ne l’accepterons pas. Nous sommes tous là, le moment venu, je crois que tout le monde aura à s’exprimer sur ces questions-là. Ce débat est totalement inutile à mon sens. Les Guinéens n’accepteront pas un troisième mandat d’Alpha Condé. Cela va de soi. Et nous serons là pour le dire haut et fort. Je crois que le jour où tout ceci va s’engager, ils entendront la voix des Guinéens. 

Guinéenews: vous avez toujours dit qu’une politique qui ne permet pas de répondre aux besoins élémentaires de la population n’a pas sa raison d’être. Aujourd’hui vers Guéckédou, depuis plusieurs jours des centaines de personnes sont restées bloquées en brousse à cause de l’état de la route. A Conakry, c’est l’eau de ruissellement qui emporte des gens par manque de canaux d’évacuation, l’insalubrité continue de faire parler d’elle, entre autres. Quelle analyse faites-vous de ces situations ? 

Sidya Touré: simplement que encore une fois, nous sommes en train de nous faire avoir. Neuf ans après, le débat en Guinée qui devrait s’instaurer, ce serait sur le bilan du Président Alpha Condé. C’est de cela qu’on devrait parler aujourd’hui. Qu’est-ce ces neuf années de régime nous ont apporté. Au lieu de cela, nous passons notre temps à discuter d’un problème qui n’est pas en réalité un problème constitutionnel, qui est juste un problème de préservation de mandat à vie pour Alpha Condé. C’est un débat totalement stérile et inutile. Qu’avons-nous tiré de ce régime. Quand tu vois l’état de nos routes, quand tu vois des prématurés qui meurent aujourd’hui dans les hôpitaux à cause du manque d’électricité en pleine saison des pluies, quand tu vois toutes ces choses-là et quand tu vois la manière dont la Guinée est traitée et regardée à l’extérieur, disons que nous valons mieux que ça.

 Guinéenews: le prix du litre de carburant à la pompe vient d’être revu à la hausse…

Sidya Touré: ça encore c’est quelque chose sur laquelle je ne veux même pas intervenir. La question essentielle, c’est arrêtons de discuter de rien et revenons aux fondamentaux. Avons-nous eu des écoles, des logements sociaux, des routes, l’eau, l’électricité, l’assainissement, le travail, des hôpitaux, ainsi de suite ? Rien de tout cela n’existe. Ne serait-ce que ça, ça devait nous permettre de faire en sorte que ce régime s’achève le plus rapidement possible.

Entretien réalisé par Guilana Fidel Mômou

 

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