Ses débuts, son nouvel album, sa rencontre avec Baba Maal, sa vie de famille, Binta Laly à bâtons rompus

0

Guinéenews, votre quotidien en ligne, dans sa rubrique interview, s’intéresse cette semaine à l’artiste Binta Laly Sow, la Diva de la musique pastorale peule dont les chants ont bercé l’enfance de plus d’un. Elle a, à son actif, une dizaine d’albums et a voyagé dans plusieurs pays de la sous-région, de l’Europe et aux Etats-Unis. Mais en dépit de tout, elle continue de mener une vie de miséreuse. Cette septuagénaire fait partie actuellement des artistes qui animent les assemblées générales de l’UFDG où des femmes lui lancent quelques billets de banque. Lisez !

Guinéenews : qu’est-ce qui explique cette longue absence de Binta Laly sur la scène, est-ce la vieillesse ?

Binta Laly Sow : non, pas du tout. Vous allez bientôt m’entendre s’il plait à Dieu. Je suis actuellement en train de travailler sur deux albums. Le premier  va bientôt sortir et le second mettra un peu de temps avant d’être mis sur le marché.

Guinéenews : pourquoi deux albums à la fois?

Binta Laly Sow : vous savez chez nous en Guinée, ce n’est pas facile de travailler en musique. Nous rencontrons beaucoup de difficultés surtout financièrement. Avant que tes morceaux ne soient sur le marché, tu auras beaucoup sué. C’est pourquoi j’ai voulu faire deux albums, sinon l’inspiration ne me manque pas (rire). Mon manager Mamadou Massa Diallo s’active pour la réalisation et la sortie de ces albums.

Guinéenews : et pourquoi avoir attendu pendant tout ce temps pour sortir un album ?

Binta Laly Sow : C’est compte tenu de plusieurs facteurs. Vous savez dans la vie, si tu veux t’éviter des soucis et des problèmes, prend la vie comme elle se présente.

Guinéenews : expliquez-nous comment êtes-vous arrivée dans la musique?

Binta Laly Sow: j’avais entre 10 et 15 ans quand j’ai commencé à chanter. On était à l’époque des jeunes gens qui chantaient dans le village au clair de lune.  A l’époque au Fouta, c’était presque une tradition que tous les jeunes gens de la même génération sortent pour chanter et danser quand la lune apparait. On organisait aussi des bals en dehors du village où tous les jeunes de la même génération se retrouvaient.

Après, ma voix s’est distinguée de celles des autres. Aussitôt, les gens ont commencé à me solliciter pour chanter lors des « Kilèdji » (les labours collectifs, littéralement traduit en poular.) Après, un vieux griot est allé voir mon père pour qu’on chante ensemble. Mais mon père s’est catégoriquement opposé. Il lui a dit que j’étais son unique  enfant et qu’il ne voulait pas que je chante. Le vieux a insisté, arguant que je pourrais devenir demain une grande icône de la musique. Il a donc demandé à mon père de me le confier et que rien, en dehors de la volonté divine,  ne pourra m’arriver. Au finish, il a cédé, non sans exprimer son mécontentement. Voilà comment j’ai rejoint l’équipe de ce vieux griot. Mais, j’ai commencé à chanter véritablement lors de la campagne de Sékou Touré qui voulait succéder aux blancs. Avec ma nouvelle équipe donc, on organisait des soirées folkloriques dans des villages, sous-préfectures ainsi que dans des grandes villes. C’est ainsi que j’ai connu d’abord tout le Fouta et la plupart des villes d’autres régions de la Guinée. Après cette étape, j’ai créé mon propre  groupe équipe avec lequel j’ai traversé les frontières de ma Guinée pour aller notamment à Dakar, Banjul, Bissau pour jouer.

Guinéenews : avez-vous aussi visité d’autres pays en dehors du continent africain?

Binta Laly Sow : oui. Je suis allée aux Etats-Unis, au Portugal, en France, en Espagne, en Belgique, en Hollande, en Suisse,  en Allemagne, en Italie…

Guinéenews : votre tout premier album est sorti en quelle année ?

Binta Laly Sow : je ne connais plus la date, mais  il y a longtemps. Paix à l’âme de Djouldé Sall, c’est lui qui m’a amené à Abidjan pour réaliser pour la première fois un album avec un clip, l’album walliabhè Fouta. En tout, on a réalisé 5 albums à Abidjan : bhouloun Djouri, Foulanihou, Forêt Bali et Union Sacrée.

Guinéenews : vous avez enregistré un morceau avec l’artiste sénégalais Baba Maal. Dites-nous comment vous avez fait sa connaissance ?

Binta Laly Sow : on s’appréciait l’un et autre, Baba Maal et moi. On s’est rencontré pour la première fois lors d’une veillée au Sénégal. Et à partir de ce moment,  on a tissé une amitié. Et un jour, il m’a dit, la prochaine fois que tu sortiras un album, je chanterai avec toi. Ainsi dit, ainsi fait. On a enregistré ensemble « l’union sacré » dans son propre studio à Dakar.

Guinéenews : vous avez sorti plusieurs albums et visité beaucoup de pays, est-ce que c’est cette musique qui vous fait vivre en réalité ?

Binta Laly Sow : non, pas du tout. Le seul gain, c’est la célébrité. Au lendemain de la sortie d’un album par exemple, les gens nous offrent beaucoup de cadeaux. On m’a offert trois voitures dont une en France. Les tournées aussi nous rapportent un peu. C’est à travers ces voyages que j’ai pu construire chez moi à Télimélé. Malheureusement, je n’ai pas construit à Conakry, faute de moeyns. A dire vrai, chez nous le gouvernement n’aide pas les artistes. Regardez par exemple, le BGDA ne me donne que 1 700 000 par an. Ce montant est pratiquement insignifiant par rapport à nos besoins.

Guinéenews : Comment vous menez votre vie de famille avec la musique?

Très bien. J’ai eu un mari qui m’a soutenu et encouragé jusqu’à sa mort. Actuellement, je mène une vie paisible avec mes enfants adoptifs, parce que moi, je n’ai pas eu d’enfant vivant. J’ai fait quatre fausses couches. Mais, je vous avoue ma maison n’a jamais désempli. J’ai élevé au moins 20 enfants, filles et garçons. Certains sont mariés et ont fait des enfants, d’autres sont avancés dans les études.

Guinéenews : quand est-ce que Binta Laly va décider de raccrocher le micro?

Comme je vous l’ai dit tantôt, je suis en train de préparer deux albums, c’est après cela que je pourrais vous dire avec exactitude quand j’arrêterais de chanter.

Entretien  réalisé par Nassiou Sow