Sénégal : Laboratoire de la relation renouvelée de la France avec l’Afrique

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Après la France-Afrique et la Françafrique pour donner à certains de se demander sur la couleur noire du cheval de Zorro, la dernière trouvaille est la France AVEC l’Afrique,  main dans la main ? En tout cas tout semble le faire entendre ainsi par Emmanuel Macron.  Les relations entre la France et ses anciennes colonies ont été à la fois bénéfiques et maléfiques ou plus l’un que l’autre, on prendra le temps de réfléchir sur le sujet.

Quoi qu’il en soit, ceux qui ont prôné la rupture du cordon ombilical sont ceux qui sont exaspérés et  qui gardent les acrimonies d’un passé pas lointain, quand une partie de l’aide au développement destinée à l’Afrique retournait dans des mallettes ou quand la France se faisait obéir à la lettre par les roitelets et empereurs de village. Un exemple édifiant de cette Françafrique à plusieurs facettes :

En 2008, c’était le 3 février, heureusement qu’on nous le rappelle bien, des colonnes de blindés, de pickups et de motos venant du Darfour et du Soudan faisaient leur entrée à Ndjamena pour renverser Idris Deby. N’eût été l’intervention des avions français, qui ont bombardé la colonne des blindés, le conte d’Idris Deby Itno était déjà à la mer. Des personnes auraient vu l’opposant Mahamat Saleh dans les environs de la présidence de Ndjamena. Depuis, personne n’entend parler de Mahamat Saleh.

Plus tard, il y a eu cette saugrenue affaire de l’Arche de Zoé concernant les enfants orphelins à adopter que cette ONG voulait trafiquer pour des couples nullipares de France moyennant pas rien, en tout cas. Quand l’affaire tourna au vinaigre, l’étonnement général a été que ces enfants dits orphelins avaient de père et mère pour condamner le trafic et demander réparations. On se rappelle que Nicolas Sarkozy avait exigé la libération des gens de l’Arche de Zoé, il s’en était vanté en clamant qu’il les libèrerait « quoi qu’ils aient fait », exactement comme Florance Cassez, qui broyait du noir dans les geôles du Mexique.

En 2014 avec François Hollande, le même Idris Deby Itno  est tombé dans un autre piège. On dit que les mercenaires sud-africains qui défendaient François Bozizé furent balayés par une offensive des rebelles musulmans soutenus logistiquement par le Tchad. La France avait tapé sur la table pour le retrait des forces tchadiennes mais n’avait pas voulu ou n’avait pas pu ramener Bozizé, qui s’était carapaté loin du Tchad. Dans cette affaire, François Hollande avait été déterminant en disant qu’il ne peut pas garder celui qui n’a rien fait ou qui a laissé faire la rébellion. Mais entretemps, la Mali tomba sous les attaques du nord, et voilà Idris Deby qui se porte volontaire dans ce conflit en mettant hommes et moyens pour aider la France à contenir les assauts des terroristes. Il a gardé son fauteuil mais la chute du prix du pétrole  ne lui permet plus de tenir la route au Sahel. Les fonctionnaires écument les rues. Personne ne doit s’étonner du prochain désengagement du Tchad au Mali.

Au vu de cet exemple du Tchad, certains ont jugé utile de tuer la Françafrique, mais c’est une hydre coriace. La France et l’UE sont les premiers bailleurs de fonds des pays africains, riches en matières premières ou démunis. Hormis  l’aide au développement, les financements des élections dans bien des pays, les populations de ces pays cherchent à immigrer vaille que vaille vers la France ou vers l’Europe. Comment couper le cordon ombilical ? Le fonds de contribution des pays  de 0,2% pour le fonctionnement de l’UA rencontre des réticences qui ne vont pas encourager les réticents à mettre la main à la poche, cette contribution risque à la longue de perdre de la vitesse et  se bloquer.

Les pays confrontés aux différentes guerres au Sahel, au Soudan, en Centrafrique, en RDC et autres, auront des difficultés prochaines à suivre et à soutenir ce fonds pour la marche sur place de l’UA, qui ne se penche point du tout sur leurs situations. Cela doit être envisagé dès à présent pour ne pas plus tard se trouver dans l’impasse.

Emmanuel Macron est venu à Dakar avec un programme qui soulagerait tant soit peu les pays : « Le partenariat mondial pour l’éducation » est le premier élément de recherche du Laboratoire de la relation renouvelée de la France avec l’Afrique.

Ainsi, après la France-Afrique et la Françafrique, on expérimente à présent la France avec l’Afrique. Même quand le cordon ombilical est supposé coupé, il ne faut pas être à l’écart ou en être trop éloigné.