Seinkoun Sylla, ambassadeur de Guinée au Japon à coeur ouvert avec Guinéeews©

26 janvier 2018 12:12:31
0

« Je crois qu’il y a un élan qui se dégage au niveau de nos communautés à l’extérieur, à cause de l’ouverture du pays engagée par le gouvernement pour essayer de valoriser non seulement notre pays, mais aussi le porter au diapason des pays émergents…»

Seinkoun Sylla, ambassadeur de la Guinée au Japon, est à Conakry dans le cadre de la tenue du forum de la diaspora guinéenne. En marge de cette rencontre, nous lui avons posé quelques questions sur ledit forum, la vie des Guinéens dans sa zone juridictionnelle, mais aussi la coopération bilatérale guinéo-japonaise. Il faut rappeler qu’au-delà du Japon, M. Sylla a dans son portefeuille diplomatique la Corée du Sud, les Philippines, l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Singapour et les îles Fidji.

Guinéeews© : Monsieur l’ambassadeur, vous avez un territoire diplomatique très large. Comment parvenez-vous à le gérer ?

Seinkoun Sylla : C’est un engagement d’abord, puis une vision. Tout cela est couronné par une organisation que nous mettons en place à travers une équipe pour essayer de booster la coopération de l’ensemble de ces pays de manière individuelle, mais aussi globale.

Guinéeews© : Comment vivent nos compatriotes dans ces pays sous votre juridiction ?

Seinkoun Sylla : A notre prise de fonction, l’une de nos préoccupations a été de nous mettre en rapport avec nos compatriotes résidant dans ces différentes juridictions. C’est dans ce cadre que nous avions fait des déplacements dans les pays comme l’Australie, les Philippines, la Corée du Sud. Pour le cas spécifique de l’Australie, on s’est rendu compte qu’il y a une communauté extrêmement importante de plus de trois mille Guinéens dispersés dans ce grand continent que constitue l’Australie. Peu à peu, nous avons pu les rassembler, les organiser en associations. Le fait majeur que je souhaiterais vous annoncer à l’occasion, c’est que nous avons réussi à faire l’organisation des fêtes tournantes de l’indépendance de notre pays en Australie. Pour preuve, en 2016, nous avons organisé le 2 octobre dans la mégalopole de l’Australie qui est Sydney et en 2017 dans la cité minière de Pert en Australie de l’Ouest.

Guinéeews© : Vous êtes ici à l’occasion de la mise en place du Haut-Conseil des Guinéens de l’étranger. Quelles sont vos attentes ?

Seinkoun Sylla : C’est d’abord une opportunité majeure pour nos compatriotes de l’étranger de se retrouver. C’est pourquoi, moi, en ma qualité d’ambassadeur de Guinée au Japon et les autres pays dans mon portefeuille diplomatique, je me suis fortement engagé pour que nos compatriotes vivant dans ces pays soient fortement mobilisés pour qu’ils prennent une part active à la mise en place du Haut-Conseil qui servira demain d’organe de consultation entre le gouvernement et la diaspora représentée par nos concitoyens dans cette partie du monde.

Guinéeews© : Quels sont les problèmes récurrents que les Guinéens vivant dans ces pays rencontrent ?

Seinkoun Sylla : On ne peut pas les citer tous aujourd’hui, mais je pense qu’on peut se focaliser sur les plus importants. Il y a une question de coordination. Il y a une dispersion géographique de nos compatriotes dans ces pays. Donc à cause de l’étendue de notre juridiction, il est souvent assez difficile d’avoir un contact direct avec les compatriotes qui vivent dans chacun de ces pays. Mais nous avons mis en place une série d’organisations notamment la constitution d’associations et de groupes qui permettent à nos concitoyens de se fédérer et de se reconnaitre à travers ces associations. Parmi d’autres problèmes, il faut citer la question relative aux passeports. Comme vous le savez, nous avons institué le passeport biométrique. Donc son obtention exige la présence physique des personnes à Conakry. Et quand vous regardez la distance géographique entre la Guinée et ces pays, il n’est pas évident pour tous nos compatriotes de payer un billet d’avion pour venir à Conakry et se procurer un passeport guinéen. Donc c’est l’occasion pour moi de lancer un appel aux autorités pour qu’elles prennent en compte cette situation pour servir dans la manière la plus possible nos compatriotes résidant dans ces communautés.

Guinéeews© : A part l’acquisition du passeport, est-ce qu’il y a d’autres difficultés auxquelles sont confrontés nos compatriotes ? Je veux parler des Guinéens qui voudraient investir dans notre pays, mais qui n’ont pas eu d’occasion de le faire ? Est-ce que vous avez pu remarquer cela ?

Seinkoun Sylla : Je crois qu’il y a un élan qui se dégage au niveau de nos communautés à l’extérieur, à cause de l’ouverture du pays engagée par le gouvernement pour essayer de valoriser non seulement notre pays, mais aussi le porter au diapason des pays émergents. Nous mettons en place une série de contacts notamment avec l’Agence de promotion des investissements privés (APIP) pour que nos compatriotes résidant dans ces pays soient au courant de ce qui se passe et voir quelles sont les mesures incitatives sur lesquelles ils pourront eux aussi se porter pour que ceux qui veulent investir en Guinée dans les manières correctes et légales puissent le faire.

Guinéeews© : Le Japon et la Corée du Sud sont des pays où la technologie est développée. Est-ce qu’il y a une coopération entre vous et ces pays pour permette à des étudiants guinéens d’aller apprendre la technologie chez eux ?

Seinkoun Sylla : Bien entendu, nous avons une coopération forte avec le Japon. Par exemple, nous avons ce que nous appelons l’Initiative Abe pour la valorisation des ressources humaines de notre pays qui consiste à recruter des étudiants postuniversitaires pour poursuivre leur master au Japon. Donc c’est une initiative décidée par le gouvernement japonais dans le cadre de la TICAD (conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique). La Guinée a aujourd’hui quelques étudiants qui sont au Japon et qui intègrent ce processus. En Corée du Sud aussi, nous avons présenté nos lettres de créance et nous avons discuté avec les plus hautes autorités pour établir un pont en matière de formation et de coopération. Donc le processus est là et il suit son cours normal. Nous estimons que, dans un avenir proche, nous pourrions établir une véritable coordination entre nos deux pays en matière de formation postuniversitaire. Il faut quand même rappeler que beaucoup d’étudiants sont actuellement en Corée mais à titre privé. Donc il faut maintenant donner plus de rigueur à cette dynamique pour que les bourses postuniversitaires puissent être accordées à d’autres Guinéens désireux de parfaire leur formation à l’extérieur.

Guinéeews© : Monsieur l’ambassadeur, est-ce que vous avez réussi à envoyer ici en Guinée des entreprises japonaises dans notre pays ?

Seinkoun Sylla : Bien entendu ! Aujourd’hui, vous pouvez le constater et c’est visible partout, les indicateurs qui prouvent l’état de la coopération entre la Guinée et le Japon. Pour ne citer que quelques uns, vous avez le pont Kaka sur la route nationale N°1, inauguré l’année dernière par le président Alpha Condé. Comme poids qui démontre la solidité de notre coopération, monsieur le président de la République a effectué une visite officielle d’Etat au Japon au mois de juin 2017. Cette visite a permis, dans la foulée, des négociations, d’engranger d’importants contrats pour le développement économique de notre pays. Parmi ces contrats, je citerai quelques exemples. Il y a la construction de l’école normale des instituteurs à Mamou ; il y a aussi un projet pour doter la Guinée des infrastructures de qualité notamment le pont Soumba sur la route nationale N°3. Il y a également un appui financier en matière de sécurité alimentaire, la construction des écoles. Le Japon a construit 1500 classes en Guinée. Donc voilà autant d’initiatives qu’il faut porter aujourd’hui à l’actif de la coopération bilatérale guinéo-japonaise. Donc certaines sociétés japonaises sont présentes aujourd’hui en Guinée comme Toyota qui vend des véhicules 4X4, il y a Yamaha qui vend aussi des moteurs hors bord entre autres.

Propos recueillis par Alhassane Bah, à Conakry pour Guinéeews©.